Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CAROUGE/Le "Parcours Céramique" a commencé

J'en sors, et j'avoue ne rien avoir remarqué. C'est le site du «Parcours céramique carougeois» qui vient de me révéler le thème choisi pour 2015. Il s'agit «la ligne». Probablement une ligne de conduite. Ou alors de fuite. Tous les styles se voient en effet représentés dans les 25 lieux accueillant jusqu'au 27 septembre une exposition dans leurs murs. Normal, après tout. La poterie actuelle se caractérise par sa diversité, que ce soit celle des matériaux, des dimensions ou même des fins. Quel rapport entre la sculpture de terre, la vaisselle, le bijou fantaisie et ces grands classiques que demeurent le vase et le bol? 

Comme Venise, en plus modeste, le Parcours, constitue une biennale. «Tout a commencé en 1987 au moment d'un concours céramique au Musée de Carouge», se souvient Marianne Brand, qui travaillait à l'époque la terre (terre chamottée, bien entendu). La Carougeoise pense alors à une manifestation pour 1989, qui servirait de tremplin à la création locale. «Il y avait à l'époque une douzaine d'ateliers dans la ville.» Elle demande à l'UBS de prêter ses vitrines. C'est oui. «La première fois nous étions cinq, et en 1991 dix.»

Un événement aujourd'hui pérenne

Il fallait officialiser la chose. Deux maires vont beaucoup y aider. «Nous devons une fière chandelle à Jean-Paul Santoni, puis à Dominique Haenni.» Il s'agissait cependant de faire tenir debout la chose, grâce au bénévolat. «J'ai tenu bon jusqu'à la douzième édition.» Tout a changé pour celle de 2013. Le Parcours a acquis un caractère pérenne grâce à la Fondation Bruckner, permise par le legs d'une vieille dame sans postérité, Charlotte Bruckner. Les villes doivent toujours beaucoup aux gens dépourvus d'enfants. Mais l'univers carougeois a évolué en trente ans. Les artisans n'ont pas résisté au rouleau compresseur bobo. «Il n'existe aujourd'hui plus que trois ateliers céramique.» 

L'idée de départ s'est cependant maintenue. «Il fallait montrer que la poterie restait bien vivante chez nous.» Si le public se fait moins acheteur de pièces courantes (vive le plastique!), il apprécie le caractère artistique du grès, de la faïence ou de la porcelaine. Il y avait donc un joli public, samedi 19 septembre, premier jour du Parcours, afin de découvrir le programme mis en place par Emilie Fargues et Mélanie Varin. Un public d'habitués, cependant. Nous sommes ici en marge du petit monde de l'art contemporain. Un microcosme qui se méfie comme de la peste du beau métier et du fait main. Le Parcours, c'est tout sauf design au sens industriel du terme...

Une Britannique au sommet

Il y a peut-être 25 lieux au programme (un programme difficile à consulter, vu l'approximation de sa carte). N'empêche que, comme toujours, il comporte de grandes inégalités. De véritables artistes côtoient des prestations anecdotiques et le tout-venant d'un marché sur la place de Sardaigne. Une foire où j'ai tout de même vu un Hugues de Crousaz qui mériterait ailleurs un meilleur sort. Il existe ainsi un abîme entre les bijoux de Claire Marfisi (vus chez Anne-Claude Virchaux) et les porcelaines noires et blanches de Karin Bablok (découvertes chez Michelle Dethurens). Anita Manshanden (à l'Atelier Orange) peine aussi à se voir comparée aux œuvres, fines comme une feuille de papier, de son compatriote néerlandais Henk Wolvers (à la Galerie Treize). 

Dans cette manifestation complétée par une foultitude d'événements en tous genres, certaines présentations se situent encore plus haut. Gustavo Perez fait grande impression chez Marianne Brand. Il se voit néanmoins éclipsé dans mon souvenir par les pièces d'Ursula Morley-Price, une Anglaise de 79 ans installée en France. Sur une armature noire, ou crème, la dame accroche des ailettes étirées vers l'extérieur. «Elle invente le plein à partir du vide», comme le dit bien le texte de présentation de la galerie Séries Rares. Un seul problème. Cette vedette céramique se vend à des prix anglo-saxons. Des pays où le genre se voit nettement mieux considéré qu'en Europe continentale... (1)

Luminaires en concours 

Reste encore à parler du Concours céramique 2015. Pour sa dix-septième déclinaison, il tourne autour de la lampe, après avoir traité presque tous les autres sujets possibles. Ici, pas d’échappatoire. Il fallait que les luminaires proposés par les candidats fonctionnent de manière pratique et correcte. Il est venu à Carouge 493 dossiers. Les jurés en ont sélectionné 58 pièces, aujourd'hui présentées dans quatre salles. Trois prix étaient à disposition. Après délibérations, celui de la Fondation Bruckner est allé à la Britannique Sarah Jenkins. Le Swissceramics, le mieux doté, au collectif suisse Los Pecaros. D'autres Helvètes, Damian Fopp et Laurin Schaub, ont enfin remporté celui de la Ville de Carouge. On aurait pu à mon avis opérer d’autres choix dans cet ensemble d'objets tout blancs (et visiblement lavables), mais il fallait bien décider. 

(1) Allez! Je vous dis tout. Les petites pièces sont à 3000 euros, les autres à 8000.

Pratique

«14e Parcours Céramique carougeois», divers lieux dans la ville, jusqu'au 27 septembre. Tél. 022 300 07 18, site www.parcoursceramiquecarougeois.ch Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h30, samedi et dimanche de 11h à 17h, dimanche 27 septembre jusqu'à 16h. Photo (DR): Une des céramiques d'Ursula Morley-Price présentées chez Séries Rares.

Prochaine chronique le lundi 21 septembre. Le Musée du Luxembourg, à Paris, propose «Fragonard amoureux».

 

 

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