Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CAROUGE/La Suisse vue par Arthus-Bertrand

Coucou, le revoilà! A l'heure où le Père Noël descend dans les cheminées (enfin, celles qui subsistent), Yann Arthus-Bertrand a atterri en douceur à Carouge. Il occupe avec ses images suisses la galerie Krisal, qui avait déjà montré le photographe français. Christine Ventouras présente cette fois des vues toutes récentes. On sait que le photographe aérien a été invité en 2014, dans le cadre d'une campagne de Suisse Tourisme, à mettre en valeur les merveilles naturelles du pays. Vu de haut, presque tout est beau. 

Il eut été impensable d'attendre une originalité du propos. Depuis 1994, sous l'égide de l'Unesco, notre homme zonzonne au-dessus de la Planète afin d'en dévoiler les aspects à la fois les plus lumineux et les plus menacés. Un gros livre en est sorti, il y a quinze ans. "La Terre vue du ciel" a fait le beurre (et même la confiture) des éditions de La Martinière. Il s'en est vendu, en tout, trois millions d'exemplaires dans 24 langues, même s'il est clair que le poids des mots n'égale pas ici le choc des images, pour reprendre le slogan de "Paris Match".

Une formule bien rôdée 

Depuis cette époque, Yann Arthus-Bertrand rentabilise sa formule, qui ressort désormais du procédé, pour ne pas dire du truc. Venu au début du millénaire au BFM genevois présenter ses vues exotiques, il est ainsi réapparu peu après dans la ville, avec une première commande helvétique. La banque Lombard Odier Darier et Hentsch (l'actuelle Lombard Odier) montrait le résultat au parc des Bastions. Il s'agit donc aujourd'hui d'une redite, même si l'artiste s'est dit à la TV romande "frappé par la variété des paysages suisses." 

On peut s'attendre qu'à 69 ans, le photogrtaphe rabâche un peu. Disons plutôt qu'il se révèle inégal à la galerie Krisal, où le public peut voir les alignements de La Chaux-de-Fonds comme la Grande Dixence ou les chutes du Rhin. Yann est vraiment à son aise quand il stylise son paysage jusqu'à l'abstraction. Autrement, la carte postale menace, d'autant plus que nous restons toujours dans le joli. Le gentil. On se souvient des attaques du journal "Libération" contre ce défenseur de la nature trop consensuel et trop ennemi des (indispensables, hélas) conflits écologiques.

Le danger de la carte postale 

Il suffit donc aux visiteurs de bien choisir. Il y a trois ou quatre images fortes au milieu d'autres qui semblent empruntées au film promotionnel diffusé en boucle sur le Cisalpino entre Genève et Venise. Il est vrai qu'il y a de siècles maintenant que l'on célèbre la Suisse et ses glaciers sublimes. Au cinéma, je me souviens de la "Pastorale suisse" de Nicolas Gessner (1976), qui me semble la matrice de tout ce que l'on peut voir aujourd'hui, avec ses ballets d'hélicoptère supposés faire décoller le spectateur de son siège. Comment mieux parler du "plancher des vaches" qu'en Suisse?

Pratique

"Yann Arthus-Bertrand, La Suisse vue du ciel", galerie Krisal, 25, rue du Pont-Neuf à Carouge, jusqu'au 17 janvier 2015. Tél. 022 301 21 88, site www.krisal.com Ouvert du mardi au vendredi de 14h30 à 18h30, le samedi de 13h30 à 17h ainsi que le dimanche 21 décembre. Photo (Yann Arthus-Bertrand): Le photographe est à l'aise quand il stylise jusqu'à l'abstraction. Où sommes-nous vraiment ici?

Texte intercalaire, lié par le biais des galeries carougeoises à celui sur Sophie Favre, situé juste au-dessous.

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