Bernard Radon

DIRECTEUR GÉNÉRAL DE COACHING SYSTEMS SARL

"Il y a chez Bernard Radon une quête perpétuelle pour comprendre les mécanismes de la stratégie et du management. Mais comment s’y prend-t-il pour coucher sur papier ce foisonnement d’expériences d'accompagnement de cadres et de cadres dirigeants? Je crois qu’il s’amuse à noter ses idées sur un petit calepin imaginaire. Il les transcrit ensuite sur des petits morceaux d’étoffe qu’il range soigneusement dans une boîte. Et quand le besoin de publier se fait pressant, il les sort, les trie, les arrange et enfin les coud soigneusement les uns avec les autres pour en faire un patchwork très ordonné dont l’image est non seulement cohérente, mais aussi d’une pertinence logique qui interpelle ses lecteurs. Il dit d’ailleurs en substance dans ses différents livres que l’on apprend à connaître son environnement par touches successives, comme si on reliait entre eux les morceaux d’un vaste puzzle. Au final, après avoir pris du temps, acquis et comparé toutes nos connaissances, c’est l’image d’ensemble qui se dégage: les organisations humaines dans toute leur complexité".

Cadre décroché à 50 ans

Bertrand a 50 ans. Il est directeur adjoint à la Banque P. En fin d'année, il a posé sa candidature pour le poste de son supérieur hiérarchique, devenu vacant. Un chasseur de tête a été mandaté pour recruter tant en interne qu'à l'externe. Bertrand a passé des interviews, fait un assessement. Il est arrivé parmi les trois papables. Coup de théâtre: son collègue, plus jeune, mais avec un parcours plus international, a été retenu.

Depuis 20 ans dans la banque, Bertrand avait pourtant fait un parcours sans faute, progressant de mandataire commercial à fondé de pouvoir, puis à son poste actuel de cadre. Bien entendu, sa hiérarchie a compris sa déception, l'a rassuré. On l'a remercié chaleureusement de sa postulation, saluant au passage son courage. Bien entendu, on compte sur lui, sur son engagement. Bref, des propos bien habituels destinés à ceux qui sont arrivés en fin de potentiel ou presque.

Bertrand ne comprend pas. Il le dit lui-même à la ronde: "Après tout ce que j'ai fait pour la banque, mes 400 heures supplémentaires non récupérées, mes vacances raccourcies pour faire avancer un projet stratégique…". Puis, il commence à commettre une suite de fautes irréversibles. Il considère son nouveau chef comme un collègue et le traite en tant que tel, s'opposant directement à lui pendant les séances, critiquant ses décisions, arguant que "si l'on continue comme cela, on va se planter contre le mur, à pleine vitesse…".

Dans la réalité, Bertrand ne comprend pas les changements de paradigme qui se préparent dans sa banque… Son nouveau chef prend son temps, consulte la hiérarchie et les ressources humaines de la banque, évalue le comportement de Bertrand lors d'entretiens d'appréciation qui se terminent constamment en incompréhension. Mais un jour, la sanction tombe: avec ses indemnités de départ, Bertrand a 12 mois pour retrouver un nouvel emploi.

Des prescriptions pour agir

Le cas de Bertrand est un grand classique des maladies qui guettent les cadres autour de 50 ans: myopie, égocentrisme, routines d'action et de pensée, arrogance, le tout renforcé par un manque total d'observation de l'évolution de son environnement. Il lui aurait été nécessaire de faire allégeance. Si le terme" allégeance" peut sembler quelque peu excessif, il n’en mérite pas moins d’être assimilé à la notion de fair-play, et de respect des règles.

L’archétype de cette loyauté est caractérisé par l'impérieuse nécessité de collaborer avec son supérieur hiérarchique, quels que soient les griefs qu'on peut avoir contre lui. S’il n’y a pas d'entente, il n’y a pas de relation possible. Bertrand se trouve dans un contexte de contraintes organisationnelles sur lesquelles il n’a pas de prise. Il aurait dû comprendre que, dans une organisation, tout le monde n'a pas de droit à la parole. S'il veut court-circuiter son supérieur hiérarchique en passant par le directeur général, il n'a aucune chance de se faire entendre. C'est trop tard pour lui. Pour Bertrand, l'accepter serait faire preuve d’une forme d'intelligence, d’une capacité à se remettre en question, même si cela reste difficile à vivre au quotidien.

 

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