Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

C’est toujours la France qui s’y colle!

Qu’on se le dise: l’armée européenne, c’est la France. Qu’on le reconnaisse: une armée commune aux 28 membres de l’Union européenne, cela n’existe pas. En matière de défense de l’Europe, c’est Paris qui propose, qui dispose, qui agit et qui se bat.

Accessoirement, c’est aussi la France qui paie. Plus d’un milliard d’euros par an, c’est actuellement le budget (largement dépassé) des opérations extérieures au territoire national. Le président de la République française, en sa qualité de chef des armées, est – de fait – le seul leader européen à pouvoir déployer quelque 30  000 hommes sur les différents théâtres d’opération.

Voilà pourquoi, tout récemment, lorsque le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker se déclarait en faveur d’une «armée européenne», il se hâtait de féliciter Paris pour l’action de ses forces armées. Et M. Juncker de conclure: «Sans la France, l’Europe serait sans défense!»

Les théâtres d’opération? Les Français sont partout: 3300 soldats participent à l’opération Barkhane, contre les extrémistes islamistes dans la zone du Sahel. C’est la France, et elle seule, qui avait envoyé 2000 de ses hommes au Mali lors de l’opération Serval. Ce sont tout autant les militaires français qui, régulièrement, opèrent en Libye. Plus au sud, c’est l’ancienne puissance coloniale qui aide les gouvernements nigérian, nigérien, tchadien et camerounais à lutter contre Boko Haram. C’est le gouvernement français qui a décidé le principe et la mise en œuvre d’une participation européenne (!), sur le terrain, en Irak, à la campagne aérienne de bombardements sur des cibles de Daech.

Au total, 15  000 militaires portant l’écusson tricolore assurent une sécurité qui concerne le plus concrètement qui soit cette «sécurité européenne» dont chacun reconnaît qu’elle est fragile, menacée en cette année 2015 par toutes sortes d’extrémistes djihadistes.

La France disposerait-elle ainsi, et comme par miracle, de tous les moyens de ses ambitions? Certes non! Sous couvert d’anonymat, certains officiers lâchent des confidences qui sont autant d’appels au secours au niveau de leur budget militaire. Faut-il passer sous silence qu’au Mali, les hélicoptères français tombent en panne, les uns après les autres, en raison du manque de filtres à sable performants, cela entraînant un remplacement fort coûteux des turbines de toute la flotte?

A quand une réelle «armée de l’Europe»?

Et les autres? Les autres pays européens? L’Allemagne? Si peu désireuse d’intervenir à l’étranger, avec une Bundeswehr dont seuls 40% des équipements sont en état de fonctionnement… La Grande-Bretagne? Avec un budget militaire global à hauteur de 2,5% de son PIB (contre 1,5% pour la France), le Royaume-Uni serait le seul pays à pouvoir participer à la défense européenne. Les élections, la montée de l’europhobie et les très mauvais souvenirs d’opérations menées avec les Américains (en Irak) et avec les Français (en Libye) agissent comme autant d’éléments de paralysie dans tout processus d’action.

Et pourtant, au niveau européen, il existe bel et bien des structures politiques et militaires, telle la PESC, la politique européenne de sécurité commune. Il existe, par ailleurs, des formations militaires communes (la brigade franco-allemande) et même une Agence européenne de défense, créée en 2004, mais qui n’est qu’une simple unité de coopération en matière d’armement.

En attendant la création, hypothétique, d’une réelle «armée de l’Europe», la réalité est que, en matière d’opérations extérieures, c’est toujours et encore la France qui s’y colle!

On patientera en rappelant que l’idée d’une armée commune aux pays européens avait été émise il y a cinq siècles déjà. Le Jean-Claude Juncker de l’époque, c’était le roi de Bohême!

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