Patrick Zanello

ENTREPRENEURS DANS LES MÉDIAS - NEWS & SPORT FACTORY SA

A 46 ans, Patrick Zanello a un parcours professionnel jalonné par les médias, sa passion !

Une carrière professionnelle qui est passée du monde des radios locales à la presse, en passant par des agences de publicité ainsi que la télévision, au sein de sociétés telles que Ringier, Publigroupe, L’agefi, Heinz Heimann, Sonor ou Concept Media/CSM, au service de marques comme « L’Hebdo », Audemars Piguet, « Tribune de Genève », Supra, « L’agefi », « L’illustré », « TF1 », « Edelweiss », « Le Matin »…

Doté d’un esprit créatif et orienté « objectifs » qui lui a permis de développer de nouvelles activités dans les différentes entreprises avec lesquelles il a collaboré, que ce soit en marketing, vente ou organisationnel. Son parcours professionnel lui a permis de créer des attaches fortes avec la Suisse alémanique, la France et l’Italie (autant d’occasions de découvrir de nouveaux spots pour la course à pied dans chacune des villes visitées).

Amoureux des médias, du contenu tant autant que du contenant, il développe une activité d’entrepreneur des médias depuis quelques mois qui se concrétise à travers la création de News & Sport Factory SA depuis l'été 2013. Factory active dans les métiers de régie publicitaire crossmedia, dans l'activité de marketing, dans la création de contenu et dans l'événementiel pour des médias référents autour de l'information et du sport.

C'est fait, Ringier possède un quotidien en Romandie

Ils étaient deux sur la ligne de départ à pouvoir réellement prétendre reprendre le quotidien. Au finish, c'est Michael Ringier qui a gagné face à Tamedia ! 

"Le rachat du quotidien "Le Temps" par Ringier est une affaire de coeur !" Telle a été l'affirmation du CEO de Ringier, Marc Walder, lors de la conférence de presse qui a suivi l'annonce de l'achat par sa société de la participation de Tamedia dans le capital du quotidien.

Si "Le Temps" rejoint Ringier, c'est le choix d'un homme, d'un éditeur, Michael Ringier. Esthète, amoureux de la presse, homme de goût, il aime le papier noirci des journaux, en particulier des journaux qui participent à former l'opinion avec des journalistes porteurs d'idées.

Il connaît bien les rouages du "Temps" en ayant administré ce titre pendant de nombreuses années et sa décision a été prise pour au moins trois raisons:

1) il a écouté des voix romandes qui voyaient dans cette reprise une occasion, unique, pour Ringier de posséder, un quotidien dans cette région de Suisse,

2) les conditions financières étaient intéressantes pour Ringier, alors que les propositions faites par des repreneurs éventuels sous-évaluaient le titre, donc la valeur des actions détenues par Ringier (le rachat des 46% de Tamedia vont coûter, sans doute, un peu plus de CHF 9 Mio à Ringier)

et 3) une partie de son management était opposée à ce projet de reprise.

Au printemps dernier, Ringier ne voulait pas du "Temps"

Il faut se rappeler qu'il y a moins d'un an, Ringier ne voulait pas garder "Le Temps", préférant troquer, avec le même Tamedia, ses actions dans ce quotidien contre "Le Matin semaine". "Le Matin semaine" aurait pu être rapproché de l'autre quotidien du groupe, le "Blick" afin de créer une plateforme nationale (synergie improbable avec "Le Temps" sur le plan rédactionnel). 

L'opération ne s'est pas faite et il y a eu du chemin à faire jusqu'à la reprise du quotidien genevois. Au final, c'est Tamedia qui vend sa participation dans "Le Temps" à Ringier (le travail de justification auprès de la Comco pour expliquer cette reprise par Tamedia aurait été long, fastidieux avec des risques sur le portefeuille actuel de l'éditeur zurichois).

Des voix romandes ont compté. Celle de Jacques Pilet a été déterminante. Homme de projet, il est aussi le père du "Nouveau Quotidien", quotidien fusionné avec "Le Journal de Genève" pour fonder "Le Temps" en 1998. Observateur averti de la presse de qualité, sur papier comme sur les nouveaux supports, il est convaincu que la Romandie doit avoir une voix forte, indépendante de l'Etat, qui doit porter à Berne, Zürich et au-delà de nos frontières à côté de celle de la NZZ. "Le Temps" en a le potentiel et la vocation !

Quant à Daniel Pillard, le directeur de Ringier Romandie, il oeuvre depuis longtemps pour un rapprochement entre "L'Hebdo" et "Le Temps" et pour une reprise du quotidien par Ringier. Il voit ses idées récompensées en se retrouvant à la tête du dispositif pour rassurer le personnel des deux entités romandes de Ringier, Ringier Romandie et "Le Temps", tout en mettant en place les synergies annoncées, sur le plan rédactionnel, du marketing et des annonces. Sur le futur projet rédactionnel, peu d'information à ce stade, à part le probable retour du sport dans le quotidien genevois (annoncé à Forum).

Le CEO de Ringier, Marc Walder, est venu expliquer à Genève l'importance, à ses yeux, de la Romandie tout en s'employant, en parallèle, à développer son groupe à travers le monde, y compris en Afrique ou dans le sport (voir sa dernière interview au Tagi). 

Des objectifs financiers clairs

Daniel Pillard l'a détaillé sur les ondes de la RTS, "Le Temps" doit demeurer rentable en visant une marge de 8%.

Possible ? Oui, sans aucun doute, mais le chemin sera compliqué car le marché lecteurs comme le marché annonceurs ne sont pas orientés à la hausse de manière naturelle. Il faudra les (re)séduire avec un projet aussi ambitieux que ceux initiés par "Le Monde", "Le Figaro" en France ou le "Guardian" en Angleterre. Quant aux charges, le contrat d'imprimerie dure jusqu'en 2016, donc pas d'économies à attendre sur ce plan avant 2017.

Une édition dominicale pourrait représenter un tremplin naturel pour "Le Temps" pour deux raisons (avec ou sans "TV8" ou "L'Hebdo" comme supplément): le marché publicitaire dominical bénéficie d'une élasticité sous-exploitée en Romandie et "Le Matin dimanche" occupe un crénau qui laisse de la place à un journal du dimanche intelligent (sans être élitiste) axé sur la politique, l'économie, la culture (avec une part de lifestyle) dans une forme basée sur l'opinion et la réflexion.

Quant à la digitalisation, le paywall, initié par Valérie Boagno, la directrice générale du "Temps", représente déjà près de 15% de la diffusion papier du "Temps". C'est un chiffre conséquent en Suisse. Ce chiffre démontre la pertinence du modèle payant pour un titre de qualité. Il s'agit maintenant de passer à une autre dimension, celle de la vidéo et de contenus sectoriels à forte valeur ajoutée.

En 2013, pour la première fois de l'histoire de la presse aux États-Unis, les revenus des journaux étaient majoritairement soutenus par la vente de contenus payants, et les revenus du numérique ont relancé les ventes papier. C'est une véritable inversion de tendance. En Suisse, nous ne sommes pas encore au point bas, nous aurons encore deux à trois années difficiles.

Il s'agit donc, pour un titre comme "Le Temps", de se déployer correctement sur le digital, de tenir ses positions tout en conservant son ADN, afin d'espérer bénéficier à moyen terme d'une dynamique similaire à celle observée aux USA.  

Sur le plan du développement, les pistes évoquées par le Cercle des Amis du Temps sont intéressantes et le projet, alimenté en grande partie par Serge Michel, paraît être une piste très pertinente. Sans oublier une autre piste, iconoclaste, celle de rapprocher "L'agefi" du "Temps", soit le projet d'Antoine Hubert au moment où il a exprimé sa volonté d'acheter "Le Temps".

Le travail commence maintenant

A titre personnel, je me réjouis de savoir que "Le Temps" va pouvoir se développer auprès d'un éditeur professionnel qui place le journalisme au coeur de son projet en Romandie! Une reprise par Tamedia aurait abouti à la même conclusion de ma part sur le professionalisme de l'éditeur. C'était la gouvernance bicéphale du "Temps" qui était ingérable dans une "météo" qui devient de plus en plus difficile.

L'annonce publique d'une mise en vente du titre m'avait surpris car, généralement, ce sont des affaires qui se font en direct car les candidats potentiels sont facilement identifiables (Lagardère a procédé de la même manière en France pour vendre ses 10 magazines, mais ils étaient non prioritaires et non stratégiques). La durée des négociations et la grande instabilité pour le marché publicitaire, pour les lecteurs et le personnel, ont été perturbantes et ont sans doute péjoré le titre au cours des dernières semaines (Victoria Marchand en parle dans sa tribune publiée sur le site de "Com In").

J'ai une tendresse particulière pour beaucoup de personnes que je connais dans les équipes du "Temps", et c'est un véritable ouf ! de soulagement qui a a été poussé du côté de Cornavin vendredi dernier. Il ne faut toutefois pas se voiler la face, le travail débute maintenant ! 

Les chantiers sont nombreux et ils porteront de "doux" noms comme: synergies, déménagement, intensification de la digitalisation, mutualisation... sans parler qu'il faudra régler la question des actionnaires minoritaires ("Le Monde" va-t-il rester le partenaire du "Temps" ?), créer éventuellement une newsroom commune entre les différents titres de qualité de Ringier en Romandie (voire une régie publicitaire commune) tout en définissant un nouveau projet rédactionnel pour le quotidien genevois et constituer les équipes qui vont réaliser ces différents chantiers.

De plus, le Cercle des Amis du "Temps" peut devenir un caillou dans la chaussure de Ringier, sauf s'il trouve une place dans le développement du journal. 

La presse demeure un placement à long terme

Le rachat par Ringier du "Temps" démontre que, même s'il n'est pas facile de trouver en Suisse un Jeff Bezos capable d'investir une petite partie de sa fortune dans une marque média, la valeur d'une marque de presse suisse reste élevée car les éditeurs continuent d'animer ce marché. La deuxième démonstration de l'exercice "Le Temps" est qu'il est de plus en plus difficile d'avoir des partenariats entre plusieurs acteurs du marché pour faire croître une marque de presse (il faudra observer au cours des prochains mois les évolutions capitalistiques en Suisse des titres ayant plusieurs actionnaires et acteurs du marché de la presse).

Même si les autorités vaudoises et genevoises se disent soulagées de ce dénouement pour "Le Temps", nous entrons dans une phase de grande redistribution des cartes dans la presse suisse et romande, comme l'a amorcé la vente de Publicitas à Aurelius au début du printemps (Publicitas était la régie publicitaire du "Temps" jusqu'à la fin de l'année dernière). Ce sont donc de nouveaux chapitres de la presse suisse et romande qui s'ouvrent maintenant.

 

 

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