Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BRUXELLES/Le Musée royal des beaux-arts tombe en ruines

Crédits: Musée royal des beaux-arts, Bruxelles 2018

Quand j'avais vu le Musée royal des beaux-arts de Bruxelles il y a deux ans, j'avais été épouvanté. C'était une ruine. Toute l'attention du directeur Michel Draguet s'était portée sur la création d'un Musée Fin de siècle (entendez par là fin du XIXe siècle) brouillon et inutile au fond de cette sorte de cette sorte de garage souterrain que constitue le Musée d'art moderne. La chose avait ouvert en décembre 2013. Le reste des lieux demeurait en friche. La partie ancienne restait peu ou prou dans l'état où l'avait laissée une rénovation calamiteuse des années 70. 

Tout était à l'abandon. Une partie moderne, conçue pour exposer l'admirable collection de primitifs flamands, était fermée. Désamiantage, si mes souvenirs sont bons. Quant au premier étage, l'institution proposait sous un éclairage glauque le reste des œuvres, ou du moins une partie. Des murs entiers étaient veufs de tableaux. Infiltrations d'eau. Il y avait juste une petite photo donnant l'idée des toiles disparues. Notez que l'eau semblait particulièrement ravageuse. Comment avait-elle pu s'attaquer aux cimaises mobiles installées au milieu des salles?

Abandon total 

Eh bien, rien n'a changé en deux ans! La sécurité à l'entrée se révèle certes un peu plus sévère. La cafétéria du rez-de-chaussée a disparu sans motif avoué. Régime sec. La partie moderne vouée aux primitifs joue les maisons closes, mais sans raison déclarée. Quelques tableaux supplémentaires me semblent avoir été décrochés. Sous la timide lumière naturelle d'hiver, les chefs d’œuvres de Rubens, Jordaens, Bruegel, Van der Weyden, David ou Ingres ressemblaient en effet à des tableaux noirs. C'était une forme de black out. 

Il me paraît tout de même étonnant que l'une des principales institutions d'une capitale européenne (que dis-je, de la capitale de l'Europe!) soit laissée dans un tel état d'incurie. Je ne connais pas de musée provincial français arrivé à une telle décrépitude, à part peut-être les Augustins de Toulouse. Comment Bruxelles, qui n'est je l'avoue pas une cité en bonne condition physique, peut-elle tolérer cela, alors que le Musée royal des beaux-arts d'Anvers se retape depuis 2011 et que le Rijksmuseum d'Amsterdam a connu une mue incroyablement coûteuse? Mystère. Mais à cette aune-là, je me dis qu'avec notre Musée d'art et d'histoire genevois, nous possédons en fait un bien-portant.

Photo (DR): «La chute des anges rebelles», l'un des six ou sept Bruegel le Vieux que compte le musée.

Texte intercalaire.

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