Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Brexit: on ne tue pas un cadavre

Rien n’y a fait. Dans l’isoloir, le peuple britannique n’a pas tremblé. Ni les déclarations d’amour de la presse allemande, ni la perspective d’une chute imminente du PIB n’ont infléchi la tendance qui se dessinait depuis plusieurs semaines. Pas plus que l’assassinat de la députée travailliste Jo Cox dans un contexte délétère de nationalisme exacerbé, qui pensait-on, ferait pencher la balance en faveur du maintien.

A en croire les observateurs, le relent d’insularité britannique constituerait un séisme menaçant l’Europe entière. Curieuse inversion de l’Histoire. C’est au contraire l’échec de la construction européenne qui est responsable de la montée des nationalismes, et pas uniquement en Angleterre.

On se rappelle que l’idéal européen, porté par la social-démocratie au sortir de la guerre, visait un approfondissement des relations entre partenaires qui seul, pensait-on, permettrait d’éviter une nouvelle flambée nationaliste. Tristement prophétique. L’échec d’une diplomatie commune, d’une armée commune, d’une politique commune ont tué le projet dans l’œuf il y a plus de 50 ans. Une situation que l’entrée de la Grande-Bretagne, cheval de Troie atlantiste, avait avalisé au début des années 70.

Accuser la Grande-Bretagne de mettre en péril l’Europe est donc anachronique. On ne tue pas un cadavre. Tout au plus le Brexit acte-t-il la mort de l’idéal d’Europe des peuples. Cantonnée au marché unique, incapable de trouver une légitimité populaire, la construction européenne enchaîne depuis 15 ans les désaveux.

Du rejet net de la constitution par la France en 2005, au refus grec l’été dernier d’un plan d’austérité - en théorie synonyme de Grexit - la défiance envers Bruxelles a été systématiquement réaffirmée par des populations généralement exclues du jeu démocratique. Le vote britannique n’a dès lors rien d’une surprise, ni d’un particularisme insulaire. D’ailleurs, les instances européennes, qui craignent par dessus tout un effet domino, sont bien conscientes du risque, à défaut de réaliser leur responsabilité historique.

Le constat minimise aussi la portée du référendum. Contrairement aux menaces de Wolfgang Schäuble d’une fermeture de l’accès au marché unique pour le Royaume-Uni, le nécessaire sera certainement fait pour ne pas entraver un libre-échange profitable à toutes les parties. Les Britanniques qui bénéficiaient déjà de clauses d’exception les garderont avec ni plus ni moins de souveraineté, excepté peut-être sur la question migratoire. Côté européen, certains rêvent même à une relance d’une politique diplomatique de «troisième bloc», au moment où la Russie revient en force, et renouer ainsi avec les idéaux de Schumann et Monnet.

Ce serait oublier que le ver nationaliste est déjà dans le fruit européen.

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