Marjorie Thery

JOURNALISTE À BILAN

Bourse: pourquoi Tesla veut divorcer

La raison première pour laquelle les entreprises entrent en bourse est simple: elles ont besoin de lever de l’argent rapidement pour financer leur développement. Un besoin accru pour les entreprises technologiques, qui doivent vite conquérir des marchés naissants et s’assurer une place de leader. Mais la patience des investisseurs a ses limites: Tesla a beau être en pointe dans les voitures électriques, la société n’a jamais dégagé de bénéfices sur une année entière en quinze ans d’existence. Le scepticisme des investisseurs sur son modèle d’affaires pourrait finir par faire capoter sa valorisation et nuire à l’entreprise. 

La solution imaginée par Elon Musk: sortir de la bourse. Si les exemples de retrait de la cote de cette envergure sont assez rares - Tesla est valorisée à plus de 60 milliards de dollars - ce n’est pas forcément un mauvais calcul. Prenons l’exemple de Dell Technologies. Je me souviens encore de ce mois de mai 2016, à l’occasion de la conférence annuelle du groupe américain à Las Vegas. Sur scène, un Michael Dell tout sourire. Et pour cause, il était désormais à la tête de la plus grande société technologique privée au monde, à la suite du rachat d’EMC quelques mois plus tôt. 

Société «privée» car non cotée en bourse. Ou plutôt: plus cotée en bourse. En 2013, Dell annonçait son intention de quitter la bourse pour «se mettre à l’abri des marchés financiers». L’entreprise est alors rachetée par Michael Dell, avec l’appui d’investisseurs. Coup de théâtre il y a quelques semaines: Dell annonce qu’il veut revenir en bourse. Une belle opération car l’entreprise est désormais valorisée 8 fois plus cher qu’il y a cinq ans. 

ADN entrepreneurial

Il y a quelques jours, quand Elon Musk annonçait sa volonté de sortir Tesla de la bourse via Twitter, la nouvelle a pris de court les marchés, provoqué une flambée de l’action et entraîné une interruption du négoce. Mais Elon Musk n’en a cure. L’entrepreneur n’a jamais caché son aversion pour les spéculateurs, dont il se moque régulièrement. Pour ceux qui comme lui se considèrent visionnaires, le court-termisme des marchés, des analystes, des journalistes, ne peut être que méprisable. De petites fourmis insignifiantes qui s’agitent à chaque résultat trimestriel tandis que lui dessinerait l’avenir du monde.

Elon Musk n’est pas Michael Dell, et leurs styles sont bien différents. Leur ADN entrepreneurial les unit pourtant. Le premier est connu pour être un serial entrepreneur issu de la «PayPal Mafia», le second arrête ses études à 19 ans pour se consacrer entièrement à Dell. Pour les deux hommes, leurs entreprises leur sont chevillées au corps et il est inconcevable que des spéculateurs remettent en question leur pérennité. N’oublions pas qu’Elon Musk détient toujours 20% du capital de Tesla. Retrait de la bourse ou pas, gageons qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir pour la protéger.  

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