Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Bourse: des fois t’es juste mauvais, mais des fois tu ne sers à rien

Il y a bien longtemps, je suis entré dans une salle de trading comme on entre en religion. Avec ferveur et passion. À cette époque alors, j’étais encore jeune et naïf – alors qu’aujourd’hui je ne suis plus que « et » - lorsqu’un analyste parlait dans le téléviseur ou dans un journal financier, j’étais SÛR qu’il savait. J’étais certain qu’il avait une sorte de magie, de talent, de compétence hors du commun qui faisait qu’ils SAVAIENT, qu’ils ne pouvaient pas se tromper.

Puis les années passant, les déceptions s’accumulant, je commençais à me dire que la recherche fondamentale ressemblait plus à du bricolage qu’à de la science, et que lire l’avenir dans le marc de café avait l’air tout autant efficace.

J’ai souvent critiqué les prévisions de certains, je me suis souvent gaussé et j'ai remis en doute les compétences des uns et des autres, tellement gaussé que par moment, je me suis même posé la question de savoir si je n’en faisais pas une croisade personnelle…

Aujourd’hui, je suis rassuré.

Rassuré, parce que je me rend compte que, selon les données publiées ci-dessous, les recommandations des analystes et autres banquiers d’affaires, sont à peu près aussi efficaces, si ce n’est moins efficaces que de jouer ses décisions d’investissements et sa caisse de retraite à pile ou face!

Commençons tout d’abord par le premier graphique qui simule le cas hypothétique où vous achèteriez chaque recommandation faite par les 16 banques d’affaires sélectionnées, et ceci sur une période de 12 mois – dans ce cas-là, sur la totalité de l’année 2015.

Source : Intertrader.com

En résumé, vous auriez un taux de réussite inférieur à la bonne vieille technique du pile ou face… mais en plus de cela, en investissant sur TOUTES les recommandations de l’année, votre rendement est NÉGATIF de 4.79%! À ce rythme-là, autant se péter une jambe.

Le second graphique montre la performance de la Deutsche Bank individuellement… Ce n’est pas pour dire du mal de la Deutsche, ce n’est d’ailleurs pas les pires, de loin pas. Mais vous noterez que sur l’année 2015, ils perdent 8,93% sur leurs recommandations, avec un taux de réussite de 41%  - sur 22 propositions, ils sont faux 13 fois, avec deux recommandations qui perdent près de 50%.

Source : Intertrader.com

Notons au passage que Canaccord remporte la palme de la pire performance de 2015 avec une perte de près de 16% - en revanche, Credit Suisse gagne 3.4% sur l’année. Comme quoi tout n’est pas bon à jeter.

Terminons avec deux graphiques, le premier représentant le taux de réussite des 16 banques. Vous noterez que sur 16 banques, 6 ont un taux de réussite supérieur ou égal à 50% - ce qui veut dire, en résumé, que près de deux tiers des banques qui font des recommandations, ne servent à rien… 

Source : Intertrader.com

Le second et dernier graphique représente les performances de chaque banque durant l’année 2015… Là aussi, c’est édifiant. Sur seize banques, deux seulement peuvent se targuer d’avoir une performance positive. C’est tout simplement phénoménal ou catastrophique, c’est selon. A noter que durant l’année 2015, le S&P500 a offert une performance de 2%... Pour faire simple, en achetant un bon vieux tracker sur le S&P500, vous faisiez 2%, en écoutant quatorze banques d’affaires, vous faisiez pire, voire bien pire…

Source : Intertrader.com

La conclusion s’impose d’elle-même.

Nous pouvons analyser la chose comme bon nous semble, une chose est certaine ; la finance et l’investissement ne sont pas une science exacte, bien au contraire. Ce n’est d’ailleurs même pas une science du tout. Il est illusoire et utopique de croire qu’une banque d’analystes va pouvoir deviner à coup sûr ce qui va se passer…

Peut-être qu’il serait temps de se rendre compte que ces recommandations n’ont pour but que d’attirer le chaland et de lui faire croire que « l’on sait mieux que lui »… D’aussi loin que je me souvienne, ces prévisions n’ont été réellement efficaces dans les marchés où personne ne pouvait se tromper. Et encore, on n’aborde même pas le fait suivant: toujours plus d’analystes sont « positifs » plutôt que « négatifs » sur leurs recommandations, sachant que pour leurs départements « Fusions et Acquisitions », ça fait mauvais genre d’avoir des recommandations négatives. Alors on s’accommode, on se débrouille, on se met « neutre » ou on laisse tomber la couverture quand ça ne nous arrange pas.

Bref, ces quelques graphiques me rappellent agressivement que, parfois, le sentiment que les opinions des banques ne servent à rien n’est pas qu’un sentiment, mais une simple réalité.

Je ne suis pas là pour vous donner des conseils ou pour vous expliquer comment investir, mais une chose est sûre, croire que les choses publiées par des professionnels sont parole d’évangile, serait une erreur majeure et fondamentale… Se faire sa propre idée et savoir pourquoi nous prenons telle ou telle décision, semble bien plus logique que d’écouter des gens qui jouent leurs décisions à pile ou face… et qui se gourent quand même…

L’étude en question a le mérite d’exposer concrètement ce que l’on pensait tout bas depuis longtemps. Vous pourrez trouver toute l’étude en détail sur le site Intertrader.com, mais je vous préviens tout de suite, vous pouvez manipuler les données dans tous les sens, à la fin, certaines banques sont toujours aussi nulles… Mais ce n’est pas de leur faute, c’est surtout qu’il faut juste admettre que parfois la finance est indomptable, même pour les meilleurs…

(Article publié sur le site Investir.ch, le 13 décembre 2016)

Thomas Veillet

Fondateur du site Investir.ch

 

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