Invisible Man

BANQUIER

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Bonus des banques: statu quo en 2013 ?

Alors que les grandes banques publient leur rapport annuel, les articles de presse autour des bonus bancaires se multiplient. Malgré la volonté de l’Europe de les plafonner, les grandes banques cherchent déjà un moyen de garder la main sur leur politique de rémunération.

En ce début d’année, l’indécence des bonus de la City a (encore) fait réagir l’opinion publique. Lloyds, sauvée par l’Etat en 2009, a notamment distribué à son CEO un bonus de 1.7 million de GBP. De son côté, Barclays, plongée dans un scandale de manipulation des taux interbancaires en 2012, étendait son bonus pot à 2 milliards de pounds.

Pourtant, selon les chiffres de Reuters et de Bloomberg, les rémunérations n’ont pas forcément augmenté en 2013 : sur l’ensemble des grandes banques ayant publié leurs résultats fin février, mis à par Barclays dont le salaire moyen s’est accru de près de 20%, le statu quo semble avoir été préservé.

Le bénéfice des grandes banques est du reste légèrement en hausse en 2013. Rien d’illogique, donc, dans le fait de maintenir les gratifications.

Une réduction massive mais partielle des coûts

Ce qui peut étonner, en revanche, c’est que les revenus sont en recul. Cela signifie donc que les bénéfices ont augmenté à travers une importante rationalisation des coûts - notamment via des licenciements massifs. Afin de maintenir les salaires et les bonus au même niveau, près de 3.5% des effectifs ont en effet été coupés en 2013 : il s’agit de près de 2’500 employés pour UBS, 4’000 pour Barclays, 8’000 pour Citigroup…

Cette réduction des coûts ne semble cependant pas toucher le top management, dont les salaires restent élevés, particulièrement dans les banques d’investissement. Le patron de Goldman Sachs reçoit 400 USD par employé (contre environ 100 USD en moyenne dans le secteur), soit une rémunération totale de 13.3 millions d’USD. Les CEOs d’UBS et de Crédit Suisse génèrent plus de 150 CHF par employé (respectivement 8.9 et 7.8 millions de CHF), alors que la Société Générale ne distribue à son patron « que » 10 EUR par employé (1.4 millions d’EUR).

Il est intéressant de noter, en outre, que les banques américaines acceptent une plus large différence entre le salaire moyen de leurs employés et celui de leur dirigeant. Aux USA, un CEO est payé 120 fois plus qu’un employé moyen. Le rapport est de 60 fois en Europe et de 34 fois pour UBS et Crédit Suisse.

Des pratiques qui tendent à être cadrées…

La structure de rémunération des cadres est marquée par deux tendances: aux USA, le salaire fixe correspond à 10% de la rémunération totale, le bonus à 15%, tandis que le 75% restant est payé sous forme d’actions; les patrons des banques européennes, de leur côté, reçoivent près de 55% en salaire fixe, 15% sous forme de bonus et 20% en actions ou équivalents.

La raison de cette différence réside dans les contraintes imposées par la directive européenne sur les exigences de fonds propres (CRD IV). Cette dernière permet que les actions distribuées comme bonus aux employés soient décomptées comme capital propre, dans le but d’améliorer les montants réglementaires requis par les accords de Bâle (ce qui incite les banques a participer à un plan d’intéressement plutôt que de verser un bonus en cash).

De plus, la directive prévoit que la partie variable du salaire ne corresponde pas à plus de 100% de la partie fixe, pour les banquiers gagnant plus de 500'000 EUR. Dans le cas contraire, une approbation spéciale des actionnaires est nécessaire.

Pas étonnant que le modèle européen soit donc en cours de changement : augmentation des salaires fixes, réduction maximale du bonus traditionnel et distribution discrétionnaire sous la forme d’instruments de capital.

… mais sans efficacité

Il est cependant possible de douter du fait que la réglementation limite efficacement les bonus.

A Noël déjà, l’EBA (European Banking Authority), en charge de donner des règles d’application à la CRD IV, mentionnait que seules les rémunérations des « preneurs de risques majeurs » au sein d’une banque devaient être plafonnées. Au départ, tous les banquiers gagnant plus de 500'000 EUR devaient être automatiquement affectés.

Dernièrement, HSBC a publiquement révélé comment elle comptait contourner la directive : afin de maintenir les rémunérations des ses cadres, la banque pourrait verser un complément de rémunération (allowances), sur une base mensuelle ou trimestrielle, en plus du salaire fixe et du bonus, et cela hors du périmètre des restrictions de l’EBA. HSBC avait licencié près de 15'400 employés rien qu’en 2013 et fermé plus de 60 filiales non stratégiques sur les quatre dernières années.

Une chose est certaine : les banques ne changeront pas facilement leurs pratiques de rémunération. Quant au banquier invisible, il y a peu de risques qu’il engendre la colère des foules : son bonus, lui aussi, est invisible.

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