Andreas Ruhlmann

PREMIUM CLIENT MANAGER À IG BANK

Andreas Ruhlmann, diplômé de la John Molson School of Business à Montréal et détenteur du CAIA (Chartered Alternative Investment Analyst), a évolué plus de 10 ans au cœur des salles de marchés de Saxo Bank et de la Banque Nationale du Canada. Il rejoint IG Bank en février 2014 afin de mettre son expérience au profit des clients Premium de la banque.

Spécialiste du marché des devises, des actions et en analyse technique, Andreas développe également de nombreuses formations sur les stratégies de trading, l’analyse graphique, la gestion de risque et la psychologie du trader. Découvrez les formations sur ig.com

Les opinions exprimés dans ce Blog sont celles de Andreas Ruhlmann et non de son employeur.

BNS et franc fort: et maintenant?

Sur les 22 analystes interviewés par Bloomberg, aucun ne l'avaient anticipé. Clairement, la BNS n'a rien laissé présager citant à maintes reprises l'importance de maintenir le taux plancher. Peut-être était-ce une stratégie pour dissuader les spéculateurs d'acheter du franc, une chose est sûre c'est que la BNS n’a pas su gérer les attentes avec brio et l’effet de surprise a créé une volatilité encore jamais expérimentée par une devise majeure.

Quel sont les raisons d’un abandon si soudain?

Le déclin de l'Euro face aux devises majeures a également entraîné la faiblesse du Franc et ainsi augmenté la valeur des réserves en dollar US, en or et autres de la BNS, leur permettant de réaliser un profit de 38 milliards en 2014. Sachant qu’une sortie leur coûterait cher, ce gain a sûrement pesé sur la balance. En outre, on ne peut que remarquer le timing de la BNS qui intervient juste une semaine avant la réunion majeure de la BCE. Cette dernière, en lien étroit avec la BNS, l’aurait possiblement avertie de la magnitude du QE à venir, et donc des coûts colossaux en conséquences. Avec un bilan déjà élevé à 85% du PIB, les risques d’attendre devenait simplement trop gros et le niveau plancher indéfendable. De toute manière à la base le taux plancher devait être temporaire, jusqu’à ce que l’économie européenne se relance, or 3 ans plus tard, la situation n’a fait qu’empirer.

Quel en est l’impact ?

L’effet de surprise a eu l’effet d’une bombe, avec un gap de plus de 30% en l’espace de quelques minutes. Bref, du jamais vu sur le marché des changes. A court terme, la volatilité extrême est clairement négative pour la Suisse, effaçant 100 milliards de la capitalisation boursière du SMI et générant une perte non-réalisée estimée à plus de 70 milliards pour la BNS. En bonus, une énorme perte de crédibilité de la Suisse et sa banque centrale sur la scène internationale.

Fin des interventions ou changement de stratégie?

Le contexte de déflation reste le même qu’il y a 3 ans, voire pire. 60% des exportations vont dans la zone Euro qui est toujours en grande difficulté ; de plus, la chute brutale du prix du pétrole n’aide pas. Si la BNS est bien moins active qu’auparavant, elle continuera à surveiller les mouvements du franc et réagira de façon plus ponctuelle en cas de mouvements excessifs. Des interventions moins importantes, mais imprévisibles, auront pour avantage d’être plus efficaces. Elle s’est également donnée les moyens de réduire encore ses taux jusqu’à -1.25%.

Et maintenant ?

Généralement, la volatilité est appréciée par les traders, mais jusqu’à un certain point. Dans un cas aussi extrême, le marché des changes devrait voir le niveau de liquidité s’assécher résultant en une volatilité prolongé. La réunion imminente de la BCE et le vote de la Grèce accentue également cet effet. A plus long terme, le franc reviendra à ses fondamentaux à savoir une valeur refuge. La valeur du franc dépendra donc de l’appétit pour le risque. 

Dans le cadre d'un marché stable, les investisseurs chercheront du rendement et vendront le Franc pour acheter les devises à taux élevé. Avec les taux négatifs de 0.75%, le franc se retrouve avec un différentiel de 1% avec le dollar US, 1.25% avec la livre, 3.25% avec le dollar Australien et 4.25% avec le Kiwi. En ce qui concerne la monnaie unique, un QE accentuera sa chute d'autant plus que la BNS n'est plus là pour acheter, donc il ne faut pas espérer revoir le niveau de 1.20 de sitôt. Par contre, la baisse du taux EUR/CHF sera également limité, car un large QE aura également pour effet de nourrir l'appétit du risque, et l'échange d'Euro se fera plutôt en faveur de devises à taux d'intérêt positif. Le pire des scenarios pour la Suisse serait une forte instabilité des marchés par des évènements géopolitiques majeurs tels que la sortie potentielle de la Grèce de la zone Euro. On en saura plus dès la semaine prochaine.

 

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