Bennaim Yves

FONDATEUR DU THINK TANK 2B4CH

Yves Bennaïm est un pionnier du web qui est actif en ligne depuis 1992. Affichant 25 ans d'expérience dans les technologies digitales, le Genevois se profile aussi comme un expert en cryptomonnaies. Il a été chef de la délégation d'experts pour la Suisse au comité ISO de standardisation des technologies blockchain et grands livres distribués. Ce geek de la première heure est encore fondateur du think tank 2B4CH pour la promotion de Bitcoin et de la technologie blockchain en Suisse. A suivre sur Twitter: @ZLOK

Bitcoin et le FOMO

Vous allez penser “encore un article qui parle de Bitcoin”, mais l’amusante ironie de ce billet c’est que justement pour lancer cette nouvelle rubrique, il est sans doute utile de se pencher sur la déferlante grandissante de Bitcoin et des crypto-monnaies dans tous les médias, car faire le tri et comprendre deviennent plus facile lorsqu’on a pris un peu de recul et dégrossi qui dit quoi et pourquoi.

FOMO, c’est l'acronyme de "fear of missing out" (en Français, la peur de passer à côté, de rater le train), l'anxiété de manquer une nouvelle importante, exacerbée en général par les réseaux sociaux, qui transforme tout le monde en adolescent en quête d'acceptation sociale et de succès facile. Dans le contexte du marketing et de la vente, c'est la formule magique qui crée l'importance et l'urgence des phénomènes de mode. C’est ce qui crée des queues interminables dans les magasins lorsqu’un nouveau gadget à la mode sort enfin sur le marché.

En un an, Bitcoin est devenu le sujet de conversation incontournable, et tout le monde y va de son point de vue, du PDG d’une grande banque au chauffeur de taxi… Les avis sont très partagés, mais les faits indéniables: il ne se passe plus un jour sans qu’on en parle dans Financial Times, Wall Street Journal, ou Bloomberg.

Comment en est-on arrivé là aussi vite? Pour mieux comprendre, un petit historique résumé des neuf dernières années: L’idée de la première crypto-monnaie apparait en 2008, puis est implémentée en 2009. En 2010 a lieu le premier achat “réel” des fameuses pizzas à 10’000 BTC, mais Bitcoin reste un logiciel utilisé uniquement par un groupe très restreint d’initiés. En 2011, la crypto-monnaie fait son apparition dans les médias parce qu’elle est liée au marché de la drogue sur le “darknet”, certains geeks et politiciens commencent à s’y intéresser. En 2013, l’offre grandit et une petite bulle se forme puis éclate, la tension se calme mais les amateurs continuent d’affluer, et les investisseurs de la Silicon Valley se réveillent…

2017 c'est l'année où le cours du BTC a passé de USD 1’000 à près de 20’000, les nouvelles crypto-monnaies alternatives (“altcoins”) ont fleuri comme un printemps transgénique, des clones se prétendant “améliorations” de Bitcoin se sont lancées (et plantées) en fanfare, tout le monde y est allé de son ICO (les fameuses “Initial Coin Offering” équivalentes à une introduction en bourse pour une nouvelle crypto-monnaie) à la différence que le marché n’étant pas encore régulé, des sommes mirobolantes et injustifiées sont investies directement et internationalement par le grand public dans des promesses souvent vaporeuses.

La confusion est totale, et certains en profitent pour faire beaucoup d’argent sur l’ignorance et la naiveté d’autres. Faut-il acheter? Faut-il vendre? Attendre la correction? Est-il encore temps ou bien est-ce déjà trop tard? Mais pourquoi ça monte? Et pourquoi ça descend? Qui est en charge?

Forcément, quand on regarde en arrière dans le temps c'est facile de faire des projections astronomiques: il y a toujours quelqu'un pour dire "si j'avais investi 100 francs en 2009, maintenant j'aurais... 40 millions!" Oui c'est un fait, mais c’est beaucoup plus difficile de prévoir ce qu’il en sera dans 8 ans.

Bitcoin n'est pas plus un ponzi que l’or ou la bourse. Ce n’est pas non plus une loterie. C’est simplement un bien en quantité strictement limitée dont la demande grandit. Et l’offre n’arrive pas à suivre, alors le prix monte, donc forcément tout le monde en parle, ce qui a pour effet que la demande continue de croître... Pas besoin d'être prix Nobel d'économie pour comprendre la suite. 

J’aurai l’occasion de traiter de la valeur intrinsèque de Bitcoin et des grands livres distribués (la blockchain) dans de nombreux futurs billets, mais pour commencer, il fallait poser des bases équilibrées, afin d’aborder cette nouvelle révolution de manière saine et réfléchie.

Bitcoin n’est pas très compliqué ni mystérieux. Mais c’est quelque chose de complètement nouveau, comme l’était Internet dans les années 90, et puis petit à petit on a appris et on s’est habitué. À l’époque, on n’anticipait pas la facilité avec laquelle on accède aujourd’hui à Wikipedia et aux réseaux sociaux depuis un smartphone.

Bitcoin n’est pas une escroquerie. Il faut s’y faire. Mais l’incompréhension quasi générale permet à des escrocs de profiter de l’ignorance des débutants. Alors, comme avec tout ce qui est nouveau, la meilleure attitude à adopter c’est de prendre le temps de s’éduquer, comprendre, et ne pas se laisser presser par des offres “à durée limitée”… Et se rappeler les deux règles d’or de l’investissement: a) les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs, et b) ne risquer que ce qu’on peut se permettre de perdre.

Des questions? Postez vos commentaires en dessous, ou via twitter @ZLOK.

 

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