Andreas Ruhlmann

PREMIUM CLIENT MANAGER À IG BANK

Andreas Ruhlmann, diplômé de la John Molson School of Business à Montréal et détenteur du CAIA (Chartered Alternative Investment Analyst), a évolué plus de 10 ans au cœur des salles de marchés de Saxo Bank et de la Banque Nationale du Canada. Il rejoint IG Bank en février 2014 afin de mettre son expérience au profit des clients Premium de la banque.

Spécialiste du marché des devises, des actions et en analyse technique, Andreas développe également de nombreuses formations sur les stratégies de trading, l’analyse graphique, la gestion de risque et la psychologie du trader. Découvrez les formations sur ig.com

Les opinions exprimés dans ce Blog sont celles de Andreas Ruhlmann et non de son employeur.

Bitcoin – bulle ou avenir ?

D’un point de vue performance/volatilité, le Bitcoin a tous les signes d’une bulle. En effet celui-ci s’est envolé de plus de 1000% en 2017, parcourant en une année ce que l’indice du Nasdaq a fait en dix ans durant la bulle des Dotcoms. Le bitcoin bouge facilement de 20% dans une journée, avec une volatilité sur 21 jours annualisé atteignant près de 140% comparé à 50% sur le Nasdaq 100 alors proche du sommet en l’an 2000. Historiquement ce genre de volatilité à toujours mené à un crash dont le premier cas connu fut celui des tulipes hollandaises.

Aujourd’hui, la grande majorité des acheteurs le font à titre spéculatif ou dans l’espoir de faire fortune rapidement ; alimenté par des medias sans relâche sur le sujet et une offre grandissante des acteurs financiers. Aux multiples échanges non-régulés viennent se rajouter plateforme de trading, des certificats OTC ou encore des fonds cryptos offshores.

La bourse du CBOE et la semaine prochaine, le CME débutent un contrat à terme sur la valeur du bitcoin, qui est la première offre à travers un marché régulé, ouvrant ainsi l’accès à une nouvelle demande institutionnelle. C’est un premier pas dans le monde régulé, avec potentiellement les ETFs qui suivront et rendrons la première crypotomonnaie encore plus accessible. L’arrivée des fonds institutionels pourrait donner un second élan au Bitcoin dans les prochains mois qui intègre déjà le top 20 des plus grosses sociétés américaines en termes de capitalisation boursière. Difficile de dire jusqu’où cette frénésie peut mener le cours du Bitcoin. A $60000 le bitcoin passerait la barre de 1 trillion, ce qui équivaut à plus de 12% de la valeur du marché de l’or.

Une confiance aveugle dangereuse

Pour l’instant les investisseurs ont une confiance aveugle au bitcoin, et tant que ça monte tout va bien. Mais au premier évènement négatif majeur, la confiance pourrait rapidement disparaître entrainant une réaction en chaine.  Etant donné le peu d’expérience et l’opacité de certains échanges dont plusieurs offrent même du levier de 3 à 5 fois; des faillites en masse ne seraient pas surprenant en cas de vente panique sur les cryptos.

Le Bitcoin est exposé à des risques multiples comme le risque de hacking ou de changement de régulation. Le risque de manipulation de cours par le nombre concentré de détenteur de bitcoin est également préoccupant. Selon un article de Bloomberg, 40% des bitcoins en circulation sont détenus par moins de 1000 personnes (sachant qu’une personne peut avoir plusieurs comptes), dont beaucoup se connaissent probablement entre eux.

Pour prendre de la valeur, un actif/une ressource doit soit être rare soit être utile

L’un des arguments majeurs de la communauté Bitcoin est qu’il y a un nombre fini de bitcoin qui seront créé (21 millions). Cependant le fractionnement du bitcoin (Fork) questionne sérieusement la validité de cet argument. Lors du fractionnement entre le bitcoin et bitcoin cash, cela a créé de la valeur telle un dividende sauf que le bitcoin ne produit pas de richesse. De plus cela donne naissance à une nouvelle monnaie avec autant de coin et en compétition directe avec le bitcoin original puisqu’il est censé répondre au même besoin.  A plus long terme les faibles coûts et obstacles à la création d’une nouvelle cryptomonnaie vont également diluer la valeur des monnaies virtuelles. Deplus rien n’empêche un géant comme Google, Apple ou Facebook de developper sa propre blockchain ou cryptomonnaie.

A quel besoin répond le bitcoin ?

Un système de paiement peer to peer?  C’était en tout cas le but initial de son créateur Satoshi Nakamoto. Sauf qu’à ce jour, le système bitcoin n’est pas évolutif à l’échelle d’un système comme Visa/Mastercard qui a pris des années à se développer. A titre de comparaison la blockchain Bitcoin peut traiter environ 100 transactions par seconde contre 50000 par seconde pour Visa. Le coût elevé des transactions (2.4$ pas transaction en moyenne au premier trimestre 2017 selon coindesk) et la consommation énergétique du système de minage pose également des interrogations.

Une classe d’actif ? Le bitcoin est souvent comparé au métal jaune comme valeur refuge. Il est vrai que depuis leur création, les cryptomonnaies évoluent de façon indépendantes des actifs traditionnels, cependant du fait de leurs courtes histoires on ne sait comment elles réagiront lors d’une crise comme celle de 2008. En revanche l’or a largement passé l’épreuve du temps avec plusieurs milliers d’années d’histoire. Ce dernier est également bien moins volatile et donc moins risqué. Les cryptomonnaies doivent plutôt être vue comme valeurs spéculatives que valeurs refuges.

Une monnaie d’échange ? Avec la volatilité actuelle, le bitcoin peux difficilement être utilisé pour acheter ou vendre des biens ou des services. A titre d’exemple, vous imaginez vous acquérir une maison dont la valeur changerait de 20% du jour au lendemain ?

Conclusion

Une bulle sur le Bitcoin et les cryptos est évidente et vu l’étendu de l’exubérance, je ne donnerait pas plus d’une année avant qu’elle n’éclate. En ce qui concerne l’avenir des cryptomonnaies, elles occuperont probablement une place grandissante dans l’économie. En revanche c’est moins sûr pour le Bitcoin pour lequel on peine à trouver une réelle fonction. A long-terme, le Bitcoin devra de plus en plus rivaliser face à des technologies plus jeunes comme le Bitcoin Cash ou le Litecoin censé être plus évolutif, l’Ethereum permettant les « smart contract », l’IOTA moins cher et facilitant les micros paiements de plus en plus fréquent avec l’internet de l’objet, le Ripple qui a une réelle gouvernance, ou encore une cryptomonnaie pas encore née. Le CEO de Blackrock Larry Fink le résumait lors d’un entretien sur Bloomberg : « les cryptos ont du potentiel avec des opportunités immenses, mais à ce jour cela représente surtout une plateforme de spéculation »

 

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