Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BIENNALE / Venise revisite un siècle d'architecture moderne

A la Biennale de Venise, les pavillons nationaux montrent normalement tout et n'importe quoi. N'importe quoi, de préférence. Est-ce par la vertu d'une nomination précoce à la tête de celle d'architecture, qui s'est ouverte le 7 juin dernier? Rem Koolhaas a pu influencer les choix de cette édition. Il existe une thématique. Le Néerlandais a suggéré que chacun, de l'Espagne aux Scandinaves (qui font à Venise ménage commun) se penche sur son XXe siècle. Comment ont-ils tous pu passer d'un mode de construction si ce n'est vernaculaire, du moins régional, au style international caractérisant ces septante dernières années? 

Les réponses divergent aussi bien dans leur forme que dans leur fonds. Les Etats-Unis ont catalogué les immeubles construits hors des USA par leurs architectes. Une liste qui confond, comme bien des choses à la Biennale, le livre et l'exposition. Toujours très politiques, les Allemands ont reconstitué un édifice de 1948, et donc d'après-guerre, dans leur pavillon vénitien, dont le péché originel demeure d'avoir été construit sous Hitler. Les Brésiliens ont opté pour un florilège où le nom d'Oscar Niemeyer (mort à 105 ans en 2012) revient un peu trop souvent.

Intellectualisme suisse 

Dans ce magma, qui se prolonge un peu partout en ville, à condition de dénicher les lieux et d'arriver au bon moment, se nichent bien sûr de bonnes choses. La Grèce réfléchit sur la manière dont le tourisme, via la construction d'hôtels notamment, a modifié son paysage. L'Argentine relit l'histoire de sa modernité, souvent contrariée. La France réussit à faire court et bon. L'irruption d'un nouveau mode de vie, dans les années 1950, se voit symbolisée par le décor de la Villa Arpel, imaginé par Henri Schmitt pour "Mon oncle" de Jacques Tati (1957-1958). Un film très critique. Il existe aujourd'hui une sourde nostalgie pour l'avant; la France désuète des photos de Doisneau. Même Koolhaas se permet d'être cette année (un peu) passéiste. 

Et la Suisse, dans tout ça? Eh bien, elle s'offre comme d'habitude deux installations. L'une remplit son consulat, à côté de l'église de La Pieta, décorée par Tiepolo. Il y est question de tunnel du Gotthard. L'autre occupe son pavillon, élevé dans les Giardini par Bruno Giacometti vers 1950. Il s'agit d'un hommage à Lucius Burckhardt et Cedric Price. La chose est co-produite par Pro Helvetia et la Fondation Luma de Maya Hoffmann, ce qui n'est pas bon signe. Les peu modestes Herzog & DeMeuron en signent le concept. Ils ont "dématérialisé" l'exposition. "L'Europe est un espace mental", dit l'un des textes du cataIogue. Il n'y a donc presque rien dans les salles. Des plans se consultent sur un chariot. Ou une étagère. De quoi donner l'envie aux visiteurs de dématérialiser au plus vite leur présence. Il apparaît cependant bienvenu de s'extasier devant tant d'audace.

Pratique 

"Biennale Architettura", Venise, jusqu'au 23 novembre. Certains pavillons, hors des Giardini ou de l'Arsenale, fermeront plus tôt. Pour des renseignements plus complets, voir le texte principal, situé immédiatement avant celui-ci. Photo (DR): La Villa Arpel, imaginée pour "Mon oncle" en 1957-1958.

Ceci est un article intercalaire, ou plutôt un "encadré". Demain samedi 14 juin, la Bibliothèque de Genève.  

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