Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BIENNALE / Lyon capitale du verbiage!

C'est reparti pour un tour! Créée en 1991 sur les ruines d'autres manifestations automnales consacrées à l'art contemporain, la Biennale de Lyon ouvre ses portes ce 12 septembre. Il y a en tout une dizaine de portes. Traditionnellement, cette manifestation éclatée se répartit sur cinq sites, allant de la place Bellecour, située en plein centre, à la périphérie.

Thierry Raspail, connu au musée d'art moderne, quand celui-ci logeait encore au Palais Saint-Pierre (là où se trouve le Musée des beaux-arts), préside toujours aux destins de cette biennale, confiée à un commissaire extérieur. Il s'agit cette fois de Gunnar B. Kvaran. Un Islandais né en 1955. L'homme venu du froid a donc choisi les artistes. La longue liste d'«Entre-temps, brusquement et ensuite» (c'est le titre) comprend quelques noms connus, allant de son compatriote Errò à la vieille Yoko Ono. Fabrice Hybert, gloire tricolore, se retrouve ainsi avec Jeff Koons. Mais il s'agit  là d'exceptions. On se situe davantage à Lyon dans l'émergent et l'expérimental. Du reste, le 80% des pièces est créé pour l'occasion.

Manques de séduction

Sur les champs de course, certains chevaux partent avec un handicap. Ce sont les plus doués d'entre eux. La Biennale de Lyon n'a pas cette bonne (ou mauvaise) fortune. Elle cumulerait plutôt les manques de séduction. D'abord, elle vient les années impaires, juste après Venise, qui a démarré en juin. Ensuite, les mois de novembre et décembre, où elle dure encore, peuvent se révéler un rien frisquets (et de toute manière peu lumineux) sur les bords du Rhône et de la Saône. Enfin, même s'il s'agit dans les deux cas d'un ancien bâtiment industriel recyclé, il y a un je ne sais quoi faisant que La Sucrière se révèle moins affriolante que les abords de l'Arsenale sur la lagune.

Mais le plus grand défaut de cette manifestation-ci reste tout de même le verbiage. Tout semble fait pour l'éloigner d'un quelconque public. Je vous propose ainsi une gâterie. Il s'agit du texte de présentation par Thierry Raspail de la biennale sur le site de cette dernière. Je promets de ne pas en avoir changé un seul mot.

Déclarations d'intention

«Depuis sa création en 1991, je propose aux commissaires que j’invite de réfléchir à un mot-clé. Celui-ci vaut pour trois éditions successives. Puisé dans l’actualité immédiate, à l’usage fréquent et aux amplitudes sémantiques incertaines, ce mot appelle une interprétation artistique autant que sociétale. Il y eut d’abord Histoire en 1991, puis Global en 1997,Temporalité en 2003 et enfin de 2009 à 2013: Transmission.

«Au mot Transmission que je soumets à Gunnar B. Kvaran, celui-ci me répond de façon littérale par Récit. Le terme n’est pas plus un sujet qu’un titre. Il est simplement le point de départ d’un dialogue à partir duquel nous construisons trois plate formes: d’abord, une Exposition, car, quel que soit le mode d’association des œuvres, leur lieu, leur choix ou leur absence, il s’agit bien de concevoir une exposition. Ensuite, Veduta, laboratoire de création et d’expérimentation visuelles dans lequel des artistes en résidence, la collection du Musée d’Art Contemporain de Lyon, des œuvres de l’expo et des amateurs de tous âges et de toute appartenance sociale construisent un nouveau rapport visuel au monde. Enfin, Résonance, vaste polyphonie créative dans laquelle des collectifs d’artistes, des jeunes galeries, des néo institutions ou tout simplement des aventuriers de la forme, dessinent en contrepoint de l’expo un hommage à l’irrationnel, au pluriel et au seul temps qui vaille: le présent car c’est le seul dépourvu de durée.

Question de pertinence

«Pour Gunnar B. Kvaran, poser récit à côté de transmission c’est par conséquent énoncer l’évidence de ce qui se passe («Le réel est ce qui se passe» dit le philosophe). Au néo-modernisme qui emplit nos murs et les patines d’une douce nostalgie, Gunnar B. Kvaran oppose une nouvelle attention à la forme. Car c’est une forme inédite de pensée. Et la forme de cette pensée est probablement ce qui dit le plus. Les histoires peuvent être bonnes, mais ce qui les distingue au bout du compte on le sait, c’est la pertinence de leur forme, car c’est elle qui crée le sens en formant le récit.

«Le Petit Prince a dit : «Raconte moi une histoire», et le poète l’a dessinée.»

Vous avez envie de voir la Biennale, vous, après voir lu ça?

Pratique

«Entre-temps, brusquement et ensuite», Biennale de Lyon, du 12 septembre au 5 janvier. Église Saint-Just, 41, rue des Farges, Chaufferie de l'Anticaille, face au 6, rue de l'Anticaille, Fondation Bullukian, 22, place Bellecour, La Sucrière, 47-49, rue Rambaud, Musée d'art contemporain, 81, quai du Général-de-Gaulle. Site (compliqué de consultation) www.biennaledelyon.com Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h, les samedis et dimanches de 11h à 19h. Photo (DR). Une image signée Ethridge qui sert à vanter la Biennale.

Prochaine chronique le vendredi 13 septembre. Le tour d'Europe des expositions de l'automne.

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