Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BERNE/Nina Zimmer va mettre de l'ordre dans les grands musées bernois

Crédits: Lukas Lehmann/Keystone

En voilà une qui a du courage! Nina Zimmer sera dès le mois d'août prochain la première surintendante du Kunstmuseum et du Zentrum Paul Klee (ZPK) de Berne «synergisés». La «Berner Zeitung», qui a consacré le 21 mars un long article à l'intronisation de cette historienne de l'art de 43 ans, n'hésite pas à titrer: «Die Monsteraufagabe der Superdirektorin». Je traduirai la formule par «les tâches monstrueuses de la super-directrice». Selon le quotidien, Nina n'aura pas douze travaux à accomplir, comme Hercule. Mais il y en a tout de même la moitié, soit six. 

Lesquels? Je vous résume en quelques phrases. D'abord, il lui faudra définir le chantier sur le plan structurel. «Le problème, c'est que tous les problèmes se posent en même temps», a expliqué Nina, choisie sur des dizaines de candidats à un poste pourtant périlleux. «Nous aurons vraiment besoin des forces d'une équipe finalement réduite.» La lauréate s'est félicitée d'avoir à ses côtés Matthias Frehner, directeur du Kunstmusuem. Une formule polie, sans doute. Ce monsieur à l’ego assez développé devra se voir mis au pas.

Rendre à Klee sa place centrale 

Nina Zimmer devra bien sûr réaliser des économies. Certains postes pourraient sauter. On n'en sait pas davantage. Il faudra aussi «affiner», mot ambigu s'il en est, «le profil artistique des deux institutions». Il faut dire que l'ex-directeur du ZPK Peter Fischer, envoyé relever ailleurs d'autres défis, comme on dit dans ces circonstances, a exposé tout et n'importe quoi. Spécialiste des classiques modernes au Kunstmuseum de Bâle, d'où elle vient (l'exposition Renoir, c'était elle), Nina Zimmer devra remettre non pas l'église au milieu du village, mais Paul Klee au centre des préoccupations. «C'est pour lui que viennent les touristes.» La super-directrice pense aussi que le Kunstmuseum doit se concentrer sur ses collections, régulièrement mises en caves, en organisant des expositions qui leur soient liées. 

Où installer ces présentations temporaires? Très simple. Le cinéma du musée est déjà parti. L'Institut d'histoire de l'art s'en va en 2018. Voilà qui laisse de la place libre, qui pourra se voir adaptée à de nouvelles exigences. Le chantier prévu coûtera 10 millions (on n'est pas à Genève où l'on aime les millions par centaines). Nina Zimmer ne l'aura pas sur ses épaules. Elle sera ici épaulée par l'Autrichien Thomas Sorrapera, qui s'occupera de la partie financière de deux musées mariés de gré ou de force. Berne cherche évidemment des mécènes.

Le problème Gurlitt 

La communication des deux musées est à revoir complètement. C'est déjà un problème. Mais il faudra aussi résoudre celui, plus aigu, de la succession Gurlitt dont je vous ai souvent parlé. Gurlitt, c'est cet Allemand qui a légué au Kunstmuseum ses tableaux, sans doute en partie spoliés pendant la guerre. Il y a aussi des attaques du testament par la famille du donateur. Un vrai sac d'embrouilles. Il devrait cependant y avoir à la fin 2016 (donc tout bientôt) une exposition Gurlitt, à laquelle Nina Zimmer participera. Je vous l'avais dit. C'est une courageuse. 

Si je vous raconte tout ça, c'est pour vous dire qu'à Berne, ville sinistrée sur le plan muséal (il y a en plus tous les problèmes de la Kunsthalle...), on se retrousse les manches. On va chercher la personne idoine. Nina Zimmer est peut-être Allemande de naissance, mais elle sait comment fonctionnent les différentes instances suisses. Elle travaillait tout de même au Kunstmuseum de Bâle depuis 2006. En plus, l'affaire Gurlitt se traite avec l'Allemagne. Il y a une logique. On aimerait bien voir cette logique s'étendre jusqu'à Genève.

Photo (Lukas Lehmann/Keystone): Nina Zimmer lors de la conférence de presse marquant sa nomination. Elle entre en fonction le 1er août.

Texte intercalaire.

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