Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BERNE/Le Kunstmuseum sacrifie trop ses collections aux expositions

Crédits: Ernst Ludwig Kirchner/DR/Kunstmuseum Bern

Dans l'exposition «Moderne Meister», j'ai vu un beau Max Liebermann acheté en 1938. Impressionniste tardif, Liebermann était jugé «dégénéré» par les nazis parce que Juif. J'ai également remarqué un important Max Slevogt, acquis en 1941 à une Américaine qui l'avait déposé à Lucerne. Elle ne savait plus comment le rapatrier à Los Angeles. Il y a aussi des œuvres allant d'Albert Müller à Alexander Archipenko en passant par Johannes Itten, André Derain ou Heinrich Campendonk. Des découvertes. Elles figurent rarement, si ce n'est jamais, aux murs du musée. 

Il faut dire que depuis l'entrée en fonction il y a quatorze ans de Mathias Frehner, le Kunstmuseum n'en a plus que pour les expositions temporaires. Elles sont jusqu'à cinq en même temps, comme si nous étions au Metropolitan Museum of Art de New York. «Moderne Meister» cohabite ainsi avec une présentation d'artistes mexicaines contemporaines de la Collection Daros. Il y a quelques jours encore, les deux étages supérieurs se voyaient occupé par «Chinese Whispers». Une nouvelle présentation de la collection d'art chinois actuel d'Uli Sigg, qui a du reste connu un beau succès de fréquentation. Il demeure rare d'avoir une file d'attente dans une institution suisse.

Un fonds en caves

Du coup, le fond du musée reste pour l'essentiel en caves. Il n'y a parfois que quatre ou cinq salles du Kunstmuseum à leur rester dédiées. Or un musée vit de sa collection, même si les visiteurs viennent avant tout pour consommer ici de l'événementiel. Lionel Bovier, qui vient de reprendre à Genève le Mamco, l'a bien compris. Et Bâle s'est récemment agrandi pour ne pas toujours décrocher des murs les œuvres anciennes et modernes faisant sa réputation. Les donateurs à venir y sont par ailleurs sensibles. Faut-il voir un hasard dans le fait que les grandes largesses se soient arrêtées à Berne après le don de Livia Klee en 2001? 

Vous me direz qu'on peut à nouveau agrandir. Le Kunstmuseum y pense déjà depuis des années. En mai dernier, il devenait ainsi question de gagner de l'espace dans le bâtiment même, d'assainir l'ancien édifice du XXe siècle et d'éventuellement annexer en ville une caserne de police. Encore des grands projets, alors que le Kusnt et le Zentrum Paul Klee en déroute devront désormais faire ami-ami sous la supervision d'une Nina Zimmer promue surintendante.

Une opinion ravageuse 

Or cette dernière a publié dans le «Bund» du 23 avril une opinion tenant du pavé dans la mare. «Wie viel Museum brauchen wir?» Autrement dit «de quelle quantité de musée avons-nous besoin?» Selon elle, dans notre civilisation du «toujours plus», nous avons atteint la cote d'alerte. Pourquoi tant de créations, d'extensions et de transformations? Il y a même trop d'expositions. Là, je confirme. J'ajouterai cependant «d'expositions inutiles». 

C'est là le début d'une sage réflexion. Mieux vaudrait mettre en valeur des collections. Les faire tourner. Créer de petits événements. Et je reviens ici à «Moderne Meister». Après avoir acheté à Kirchner un énorme tableau en 1933, le Kunstmuseum a reçu comme cadeau de l'artiste les esquisses de ce magnifique paysage alpestre avec personnages. L'Allemand a aussi fait au moins un tableau et une aquarelle représentant Berne. Tout cela figure ici, serré. En passant. Mais c'était déjà là, avec un ou deux compléments que pouvait fournir le Museum Kirchner de Davos, le sujet d'une exposition!

Photo (DR): Fragment du paysage d'Ernst Ludwig Kirchner acquis en 1933.

Ce texte intercalaire suit imméditement la critique de "Moderne Meister" au musée de Berne.

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