Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Bernard Tapie, série à succès

Né poussière, tu redeviendras poussière. Tel pourrait s’intituler le dernier épisode de la saga Tapie, qui s’est tramé jeudi à la cour d’appel de Paris. Condamné à reverser les 404 millions (dont il ne dispose plus) attribués en 2008 par une inhabituelle, et selon toute vraisemblance frauduleuse, procédure d’arbitrage, le millionnaire parti de rien se retrouve de nouveau à terre. Ruiné. Enième rebondissement d’une série française à succès, au scénario ubuesque, aussi irréaliste que tristement réel.

Epilogue? Le mot est lâché, peut-être un peu rapidement. Bien sûr, le verdict, très motivé et d’une sévérité sans pareille, laisse peu de place à l’écriture d’une nouvelle saison. D’autant plus que, comme derrière chaque lourde défaite, s’inscrit en creux une éclatante victoire. Celle d’un journaliste, Laurent Mauduit, opiniâtre à l’instar de ces flics obsessionnels, qui passent et repassent à longueur de nuits blanches les éléments d’un dossier clos, persuadés que le crime n’est pas élucidé. Que derrière l’erreur judiciaire se cache un scandale d’Etat. Il triomphe aujourd’hui au yeux de tous, dans une morale happy end, prétendument vendeuse d’espoir à des populations désabusées.

La difficulté, c’est que les Français s’attachent davantage aux personnages controversés, qu’aux héros à l’américaine. Bien sûr, personne ne croit réellement au «déni de justice» dénoncé jeudi par l’avocat de l’homme d’affaires. «D’affaires», justement, c’est bien de cela qu’il s’agit. Pas l’affaire Dreyfus, comme aurait certainement aimé faire croire l’intéressé, qui manie à l’envie la victimisation et la cabale politico-médiatique dont il serait la cible. Mais force est de reconnaître que Bernard Tapie sait apparaître comme un pion, incarnation des liens inextricables entre milieux d’affaires, Etat français et justice soumise.

Porté aux nues par un mitterrandisme déclinant, soucieux de rajeunir son image, il incarnait fin des années 80 le «milliardaire populaire», de milieu modeste et pourtant si décomplexé. L’assemblée de droite vota dans les années 90 la levée de son amnistie parlementaire, qui devait le mener à la banqueroute et à la prison, avant de rebondir sous la Sarkozie triomphante, et se voir encore déchu la semaine dernière, une fois la gauche, revancharde, revenue aux affaires. Pour l’indépendance de la justice, on repassera.

Tantôt égérie, tantôt repoussoir d’une classe politique versatile, qui aura fait sa gloire et sa chute, Bernard Tapie réalise ainsi le tour de force d’apparaître plus manipulé que manipulateur. Avec en toile de fond, le soupçon d’un rejet «de classe» par un establishment, qui ne l’aurait jamais accepté vu ses origines, ce qui le rend sympathique auprès de beaucoup de Français.

Enterré Bernard Tapie? On ne peut être certain de la fin d’une bonne série que si le public s’en lasse vraiment. Personnification de l’inoxydable, sa capacité à rebondir de tout a, dans le fond, quelque chose de rassurant. On se prendrait à vouloir un énième retour, un dernier pied de nez aux autorités, contre tout bon sens, contre toute justice. Simplement par goût quasi-malsain du spectacle. Car bien plus qu’un businessman condamné, c’est un acteur médiatique hors pair qui a été jeté hors des planches.

Pourtant, tant qu’il respirera, difficile d’imaginer Bernard Tapie loin du devant de la scène.

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