Mark Ditlli

RÉDACTEUR EN CHEF DE FINANZ UND WIRTSCHAFT

Mark Dittli a étudié l'économie d'entreprise à la HES de Winterthour et le journalisme à la New York University. Il rejoint le magazine économique alémanique Finanz und Wirtschaft en 2000 en tant que rédacteur à la rubrique suisse. Il devient ensuite correspondant aux Etats-Unis pendant cinq ans en charge des affaires économiques et financières. Mark est nommé rédacteur en chef du magazine en 2011.

Ben Bernanke joue avec le feu

The hero. Le héros. C’est ainsi que, début 2012, le magazine américain The Atlantic a choisi d’intituler sa photo de couverture de Ben Bernanke. Une deuxième une, alternative, a été imprimée, elle aussi avec une photo du président de la Banque centrale. Elle portait le titre de «The Villain». La canaille.

Le président du conseil d’administration de la Réserve fédérale polarise l’opinion comme aucun autre banquier central avant lui. Les conservateurs de droite le diabolisent en tant que fossoyeur du papier-monnaie.

Les marchés financiers, en revanche, l’aiment: la Bourse a salué avec des envolées des cours chacune de ses annonces de mesures de politique monétaire. Comme à mi-septembre, lorsque, contre toute attente, il n’a pas réduit le programme d’assouplissement quantitatif.

Incontestablement, Ben Bernanke tente la plus vaste expérience monétaire de tous les temps. Comment l’Histoire le désignera-t-elle? Comme le sauveur qui aura su préserver les Etats-Unis d’une deuxième Grande Dépression?

Ou comme la version moderne de Rudolf Havenstein, figure tragique de président de la Reichsbank, responsable de l’hyperinflation qui a frappé la République de Weimar de 1922-1923? Héros ou canaille?

Pour comprendre qui est Ben Bernanke, examinons son parcours. Sa carrière académique à Stanford et Princeton l’a conduit à étudier la Grande Dépression des années 1930 et  les erreurs commises à l’époque.

Il est ainsi parvenu à la conclusion que la déflation dans une économie sur laquelle pesait un niveau élevé d’endettement privé était dangereuse et devait impérativement être évitée.

Dans une série de discours prononcés entre 1999 et 2002, Ben Bernanke a démontré comment une Banque centrale devait travailler avec des moyens non conventionnels afin d’empêcher que l’économie ne s’écrase dans une déflation.

Il a alors esquissé avec précision le scénario qu’il suit aujourd’hui. L’achat d’obligations, le programme d’assouplissement quantitatif, tout ça, il l’avait déjà prôné à l’époque. Aucune des mesures non conventionnelles qu’il a annoncées et mises en œuvre depuis novembre 2008 n’était une surprise.

Mais étaient-elles vraiment nécessaires pour éviter un dérapage de l’économie vers une dépression? Dans une certaine mesure, oui. Car à fin 2008 l’économie mondiale se trouvait effectivement en chute libre. La situation était exactement la même qu’au début des années 1930.

Durant les deux années qui ont suivi, il était évident aux yeux de Ben Bernanke que la dynamique de l’économie américaine avait fondamentalement changé. Les ménages privés, qui s’étaient surendettés durant les années précédant la crise, se sont mis en mode «réduction de la dette».

La consommation et les investissements se sont recroquevillés, la demande dans son ensemble a reculé. Ce que Ben Bernanke a vu entre 2008 et 2010 ressemblait furieusement à ce qui s’était passé entre 1931 et 1933.

Obstination dangereuse

Les actions qu’il a entreprises entre 2008 et 2010 étaient tout à fait judicieuses. Mais est-il nécessaire de poursuivre le programme d’assouplissement quantitatif maintenant que l’économie et le marché immobilier américains ont repris pied.

L’obstination de Ben Bernanke est dangereuse. Est-il en train de provoquer une grave inflation? N’oublions pas que le patron de la Fed a, à plusieurs reprises, mentionné explicitement que son objectif était de relancer l’immobilier et le marché boursier. Il invite pour ainsi dire les investisseurs à spéculer.

Depuis vingt-cinq ans, la politique de la Fed consiste à ouvrir les vannes lorsque les marchés financiers s’effondrent. 1987, 1990, 1998, 2000, 2008: ce fut à chaque fois le même scénario. A chaque fois, cette politique s’est traduite par la formation d’une bulle encore plus grosse.

Ce n’est pas une inflation au sens classique que nous devons craindre aujourd’hui, mais de nouvelles exagérations sur les marchés financiers. Ben Bernanke recrée une nouvelle bulle. Elle aussi finira par exploser. Comme toutes les bulles de l’histoire des marchés financiers.

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