Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Banquiers centraux: Chevaliers Blancs sans destrier?

Jeudi, Draghi a produit son effet sur les marchés, comme à sa plus belle époque. Tous les commentaires ont été unanimes sur le côté “dovish” de son discours.

Pour moi, Draghi ressemble plutôt à un chevalier sans destrier devant un ralentissement économique généralisé et surtout l'inaptitude des dirigeants européens à lancer des réformes structurelles. Or, si la Fed, dans quelques mois, voire quelques semaines, devrait débuter son cyle de hausse de taux, les banques centrales émergentes de leur côté semblent entrées dans un mouvement de réduction de leurs réserves de changes. Cette action, si elle prend de l'ampleur, peut être considérée comme un resserrement monétaire (ou Tightening en anglais).

Si Draghi n’a pas allongé officiellement la durée de son QE (Quantitative Easing), il a clairement laissé la porte ouverte à une extension. La principale nouvelle concerne la modification du fonctionnement du QE. Désormais, la banque centrale pourra racheter jusqu’à  33% d’une émission de titres, contre 25%, si elle ne dispose pas d’une minorité de blocage. Le montant de rachat mensuel n’est pas élargi et aucun membre de la BCE n’a même évoqué cette éventualité…

Mais le plus important fut la révision à la baisse des prévisions de croissance et son commentaire plus que mitigé sur la croissance européenne au Q3. Les équipes de la BCE prévoient donc une croissance de 1.4% pour 2015 et 1.7% en 2016. A ceci il faut ajouter la prévision de l’inflation qui est ramenée à 0.1% pour 2015 et 1.1% pour 2016… Or l’inflation est le seul mandat de la BCE.

Le lancement du QE a eu l’effet voulu sur la devise européenne, mais la croissance ne repart pas franchement (pas assez pour réduire le chômage). L’inflation est aux abonnés absents et surtout nous n’avons pas de détails qualitatifs sur la croissance de prêts bancaires.

Si l’on intègre l’atonie de la croissance au Q2, les prêts bancaires ont surtout bénéficié aux renouvellements de prêts hypothécaires, aux prêts à la consommation pour les ménages en difficulté et surtout aux sociétés voulant restructurer leur dette, lancer des rachats d’actions et autres cadeaux aux actionnaires… Bref, une faible portion, me semble-t-il, est allée à l’investissement productif.

Mario Draghi a insisté sur l'incertitude de la situation, jugeant qu'il est trop tôt pour dire si la crise des émergents est « temporaire » ou « durable ». Mais il a reconnu que la reprise allait se poursuivre à un rythme moins soutenu qu'auparavant (rythme qui n'était déjà guère soutenu) et que les risques principaux étaient ceux d'une dégradation. Le scénario consensuel d’une belle reprise européenne va avoir du plomb dans l’aile… Surtout, si les dévaluations dans les pays émergents s'enchaînent, financées par l'utilisation des réserves de changes. D'ailleurs la réduction des réserves de changes peut s'accompagner de ventes d'actifs liquides telles que les obligations étatiques occidentales.

La volatilité de l'Eurostoxx50 (le V2X) reste sur des niveaux bien trop élevés pour être rassurants. Certaines stratégies d'investissement vont souffrir de ce régime élevé et elles pourraient générer de forts volumes de ventes de Futures indiciels...

En fait, alors que nous parlons de mondialisation économique, n'entrerions-nous pas dans une phase de dé-mondialisation des politiques monétaires? Les grands blocs que sont la Chine et les USA semblent privilégier des politiques monétaires centrées sur leurs propres intérêts.

 

 

 

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