Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Un Barnett Newman très graphique brille au Kunstmuseum

Crédits: Fred W. McDarrah/Getty Images

Il y a quelques prêts, bien sûr, mais la grande majorité des œuvres n'en appartient pas moins au Kunstmuseum de Bâle. Il s'agit là d'un de ses grands fonds. Barnett Newman (1905-1970) fait partie des artistes avec lesquels l'institution a instauré un durable compagnonnage. En 1959, lorsqu'un anniversaire suscita des largesses de la Schweizerische National-Versicherund-Gesellschaft, le musée fut le premier au monde à acheter une toile de l'Américain. En 2013 encore, l'institution (qui allait alors fermer pour agrandissement et rénovation) proposait une exposition associant Mondrian, Newman et Dan Flavin sous le signe du «moins». 

Newman, puis sa veuve, ont toujours gâté le Kunstmuseum depuis 1959. La fondation perpétuant leur mémoire a pris la relève. En 2015, elle donnait ainsi à Bâle de précieuses feuilles des années 1945-1946. Le peintre n'avait pas encore adopté ses positions abstraites, pour le moins radicales. Il pratiquait un art assez baroque. Il existe ainsi un Newman avant Newman, comme c'est le cas pour le Mark Rothko figuratif ou le Jackson Pollock expressionniste précédant les «drippings».

Un demi étage entier 

Le cabinet des art graphiques propose donc aujourd'hui «ses» dessins et estampes de l'artiste, complétés de quelques pièces extérieures. Le visiteur accomplit donc un parcours cohérent allant de 1945 à 1970. Un tableau assez ancien, de taille modeste, complète l'accrochage. Les autres sont dans la nouvelle aile. Il faut dire que nous sommes ici dans un entresol, à la hauteur de plafond limitée. C'est d'ailleurs le même que celui de naguère. Toujours avec le même type d'accrochages, un peu cliniques. Si celui-ci convient à la création moderne ou contemporaine, il se révèle en revanche catastrophique pour l'art graphique ancien, qui n'aime ni le néon, ni les murs blancs. 

Très réussie, cette présentation finalement abondante (on peut difficilement faire mieux pour Newman, qui demeure un artiste rare) occupe l'ensemble des salles de l'entresol qui ne sont pas prises par la Fondation Im Obersteg. Notons au passage qu'il n'est aujourd'hui plus possible de prolonger au besoin le parcours. Un escalier reliait jadis ce demi-étage au rez-de-chaussée. Il a été supprimé. Et pour cause! Nous sommes juste au dessus des degrés reliant aujourd'hui l'ancien bâtiment au nouveau.

Un livre essentiel 

Deux petites informations pour terminer. La première est un rappel. Les amateurs de Barnett Newman doivent lire ses «Ecrits», très lisibles, que Macula a regroupé en 2011 dans un livre comptant tout de même 544 pages. La seconde une annonce. Bâle aime ce genre de présentations monographiques, surtout au Museum für Gegenwartskunst, qui dépend du Kunst. Après Frank Stella et Cy Twombly, ce dernier montre jusqu'au 16 octobre Reinhard Mucha. Là je dois dire que j'ai un peu de peine.

Pratique

«Barnett Newman, Dessins et gravures», Kunstmuseum, 16, Sankt Alban Graben, Bâle, jusqu'au 7 août. Tél. 061 206 62 62, site www.kunstmuseumbasel.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18h.

Photo (Getty Images): Barnett Newman au travail dans son atelier, dans les années 1960.

Texte intercalaire.

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