Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Le musée présente ses Frank Stella des bonnes années

Il est moins vieux qu'on le croit. Frank Stella vient de fêter ses 79 ans. Le problème, c'est que l'essentiel de son œuvre remonte au début des années 60, voire à la fin de la décennie précédente. Le jeune homme venu du Massachusetts donnait alors de grandes peintures noires, rythmées par des bandes de largeur uniforme, séparées par une ligne lissée en blanc sur la toile. Il a ensuite passé à la couleur, puis aux supports de forme irrégulière (les fameux «shaped canvases»), avant de donner d'énormes hauts-reliefs aux couleurs «fluo» accentuées par des paillettes et de la diamantine. Le comble du «bling bling» pour nouveaux riches. Devenu une figure historique, l'homme n'a guère fait parler de lui pour des pièces nouvelles depuis bien longtemps. 

Dans les années 1960, le Kunstmuseum de Bâle se sentait très proche des nouveaux mouvements américains. Ses conservateurs d'alors en ont acquis des pièces essentielles pour des prix encore doux. Ainsi en est-il allé pour Mark Rothko, Morris Louis ou Barnett Newman. Stella a ainsi vite fait partie des collections. Il y a là des créations des débuts, ainsi que de gigantesques pièces colorées des années 70. L'intérêt s'est un peu tassé ensuite, ce qui ne semble pas un mal. Le musée est néanmoins resté en bon termes avec l'artiste, qui fait en quelque sorte partie de la famille.

Peintures et dessins

Frank Stella a donc fait des dons à l'institution, notamment des séries de dessins sur des feuilles de format surprenamment réduit. Il y a en plus une dizaine de projets différents sur chacune d'elles. Cet ensemble sur papier fait partie de l'actuelle présentation dédiée à l'artiste au Museum für Gegenwartskunst, qui l'accueille au rez-de-chaussée. Elle se situe dans une perspective de mise en valeur du fonds local, comme celles organisées en ce moment à l'Historisches Museum ou au Schaulager. Il s'agit de préparer le public à la réouverture du Kunstmuseum lui-même en avril 2016. 

Le Museum für Gegenwartskunst, création des années 80 dans un ancien bâtiment industriel, ne brille pas par sa chaleur humaine. Difficile de faire plus froid. Les grandes toiles supportent bien sûr le choc. Il n'en va pas de même pour la partie graphique, un peu perdue dans l'espace. Notons que l'accès de exposition reste gratuit grâce au mécénat. Un vrai mécène (et il y en a beaucoup à Bâle) se manifeste aussi par des actes modestes et discrets.

Pratique 

«Frank Stella», Museum für Gegenwartskunst, 60, Sankt Alban-Rheinweg, Bâle, jusqu'au 30 août. Tél. 061 206 62 62, site www.kunstmuseum.ch Ouvert du mardi au dimanche de10h à 18h. Photo (Kunstmuseum Bâle): L'immmense salle du rez-de-chaussée du Museum für Gegenwartskunst, avec les Stella.

Texte intercalaire.

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