Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Le Kunstmuseum présente les autoportraits de Maria Lassnig

Crédits: Succession Maria Lassnig/Kunstmuseum Bâle 2018

Ce n'est pas un grand nom médiatique. Il ne s'agit pas non plus d'une star des ventes aux enchères. La réputation de Maria Lassnig, décédée en 2014 à 95 ans, reste confidentielle. Son nom se limite aux amateurs d'art contemporain distingués. En 2013, l'Autrichienne a pourtant reçu un Lion d'or à la Biennale de Venise pour l'ensemble des son œuvre. Le Padiglione des Giardini abritait alors une impressionnante de tableaux dus à une nonagénaire totalement libérée. Plus que jamais Maria y explorait son corps, vu comme sujet et comme objet, avec l'acceptation du vieillissement que la chose suppose. S'il fallait comparer l'artiste à l'une de ses consœurs, ce serait avec la Finlandaise Helene Schjerfbeck (1862-1946). Mais là, je sens que je m'avance dans des terres complètement inconnues. A tort, du reste...

Maria Lassnig se retrouve ce printemps au Kunstmuseum de Bâle. L'institution ne salue pas la femme peintre, qui commence une curieuse carrière internationale posthume (1). Elle s'incline devant la dessinatrice. L'exposition actuelle, au sous-sol du «Neubau», prend la place de la présentation graphique de Georg Baselitz ou, plus lointainement, de l'étonnante présentation sur la femme germanique autour de 1500. Le musée s'est réservé beaucoup de place pour un cabinet des dessins. L'idée initiale était bien sûr de montrer prioritairement les siens. Rien de tel pourtant avec Maria. Les œuvres proviennent de sa succession ou de l'Albertina de Vienne. Pas une seule n'appartient à Bâle.

Paris et New York

Le parcours reste chronologique. Thématique aussi, mais par la force des choses. Depuis son premier autoportrait de 1942, Maria explore sans relâche son corps, sous des formes parfois détournées. Il y a ainsi aux murs un «Autoportrait en citron» (1949), en phallus (1958), en bouquet de roses (1969) ou même en paysage (1987). Si l'inspiration demeure la même, les techniques et le style varient cependant constamment. Maria a évolué au fil des ans et de ses voyages. Après avoir vécu à Paris entre 1960 et 1968, elle s'est établie à New York, Elle ne revient en Autriche comme enseignante qu'en 1980. Il faut dire que sa création ne rencontre aucun succès critique, ni commercial. La consécration vienr à partir de 2000, alors que Maria est déjà octogénaire. Le MoMA la présente ainsi à New York en 2014 seulement. 

On pouvait craindre la monotonie devant un ensemble aussi monocorde. Ce n'est pas le cas. Il y a aux murs la variété dans la similitude. Des pics créatifs et des moments un peu faibles. De la figuration comme une défiguration allant jusqu'à la quasi abstraction. Une forte personnalité lie la gerbe. Maria Lassnig devrait encore faire (discrètement) parler d'elle longtemps. 

(1) Je l'ai vue en 2017 au Palazzo Pitti de Florence.

Pratique

«Maria Lassnig, Dialogues», Kunstmuseum, 16, Sankt Alban-Graben, Bâle, jusqu'au 26 août. Tél. 061 206 62 62, site www.kunstmuseumbasel.ch Ouvert du mardi au dimanche de 0h à 18h, le jeudi jusqu'à 20h. Dès le 1er juillet le mercredi jusqu'à 20h.

Photo (Succession Maria Lassnig/Kunstmuseum, Bâle 2018): L'un des multiples autoportraits de l'artiste autrichienne.

Texte intercalaire.

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