Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Kunstmuseum, quoi de neuf aux murs, de Richter à Pissarro

Crédits: Kunstmuseum Basel/Succession Barnett Newman

Un musée est un contenant. Surtout aujourd'hui, où l'emballage compte un peu trop. Il s'agit cependant surtout d'un contenu. Alors, en quoi le nouveau Bâle diffère-t-il de l'ancien? 

Réponse simple. Aucun changement révolutionnaire. L'institution ne joue pas au brassage des cartes, comme les grands magasins changent leurs rayons de place afin de faire croire à un renouvellement. La peinture ancienne, des origines à 1900,reste donc au premier étage, le second se voyant réservé comme naguère aux années 1900 à 1970. L'entresol garde enfin le cabinet graphique et une partie de la Fondation Im Obersteg, obtenue de haute lutte sur Berne en 2004. Certaines œuvres clés de la fondation (Picasso, Modigliani, Chagall...) se retrouvent en effet le long du parcours.

Une place pour l'art bâlois

Le rez-de-chaussée offre cependant une respiration aux collections locales, au sens large. Parmi les Bâlois figure ainsi Jean Tinguely, aux côtés du méconnu Niklaus Stoecklin ou des expressionnistes Hermann Scherrer et Albert Müller, compagnons de route à Davos d'Ernst Ludwig Kirchner. La toile la plus étrange est ici «Le Narcisse suisse» de 1944, où un jeune homme nu se regarde dans le miroir d'une salle de bains, dont chacun des carreaux de céramique est orné d'une scène d'atrocité guerrière. Ce Paul Camenisch restait jusqu'ici en caves. 

La principale différence réside bien sûr dans l'étirement de la peinture moderne (le contemporain se trouvant au Museum für Gegenwartskunst voisin) entre le second étage du vieux musée et le premier de l'actuelle extension. Si ce dernier accueille avant tout la peinture américaine des années 60 et 70, dont Bâle possède l'un des plus riches ensembles hors des Etats-Unis ( de Frank Stella à Cy Twombly), le bâtiment de 1936 garde le reste, des Fauves à Gerhard Richter. Le gain de place a permis des sorties des réserves. Elles vont d'un magnifique portrait de Friedrich Ebert par Lovis Corinth (1924) à «Création I», un Yves Tanguy majeur de 1927.

Une fondation donne tout 

Une réouverture suscite des générosités. Il y a eu ici. Je rappelle que de (très) riches amis du musée se sont cotisés pour lui donner quatre versions de «L'Annonciation», où Gerhard Richter exécute des variations de plus en plus abstraites d'après Titien. Il manquait la cinquième toile de la série, conservée depuis belle lurette dans un musée américain. L'artiste en a donné un tirage numérique géant et unique, retouché. Le musée a acheté une sculpture de Charles Ray, sculpteur contemporain hyper-figuratif pour lequel il avait monté une rétrospective. Un grand Maria Lassnig est entré dans les collections en 2013, juste avant la mort de l'artiste. La fondation familiale de Barnett Newman a offert au Kunstmuseum une rare série d'aquarelles un peu baroques du peintre américain, exécutées en 1945-46 avant qu'il devienne le minimaliste bien connu. 

L'art ancien a été favorisé. Tout d'abord par une modification de statut, que seul le visiteur attentif remarquera en lisant les étiquettes jusqu'au bout. Déposée en 1920 , la Fondation Jakob Bachofen-Burckhardt a a transmis la propriété de ses tableaux au musée en 2015. Cela fait énormément de primitifs, dont le «Saint Jérôme» d'Hans Memling ou une ravissante «Nativité» allemande des années 1420, mais aussi deux Cranach («Vierge à l'enfant» et «Portrait de Frédéric le Sage») ou le célèbre autoportrait de Katharina van Hermessen (1548), la première femme peintre hollandaise. Une icône du «gender». Antoinette Fay-Clavel a, elle, légué Une «Vierge à l'enfant» de Maerten van Heemsbeck de 1930. J'ajouterai, pour les périodes plus récentes, «L'étang de Montfoucault, effet d'hiver» (1874) de Camille Pissarro. Un don.

Descentes en caves

En dépit du gain de place, certaines œuvres sont descendues à la cave. Pas pour toujours, sans doute. J'ai constaté la disparition de plusieurs Hubert Robert, d'une série de Delacroix ou d'un Ingres. Les quelques tableaux italiens du musée n'ont pas trouvé de place. Il faut dire qu'il s'agit ici d'ovnis. Notons cependant qu'un ex-Caravage, rejeté depuis longtemps de son catalogue (mais resté aux murs), aurait enfin trouvé son identité. Il possède désormais un passeport espagnol, puisqu'il serait dû à Juan Bautista Maino (1581-1649). Que voulez-vous? Tout bouge. 

Cet article intercalaire accompagne celui, immédiatement plus haut dans la liste, sur le nouveau Kunstmuseum.

Photo (Kunstmuseum/Succession de l'artiste): L'une des aquarelles de Barnett Newman récemment offertes au musée. Elles font l'objet d'une exposition jusqu'au 7 août.

 

 

 

 

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