Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Dürer et son cercle au Kunstmuseum. Un classique!

"Back to the basics". Le Kunstmuseum de Bâle sait depuis longtemps nous montrer l'art du XXe siècle. Le Museum fur Gegenwartskunst, son strapontin, donne depuis 1980 dans l'expérimental. Un nouveau Kunstmuseum sera inauguré en avril 2016, avec une politique tournée vers l'avenir. Il n'en reste pas moins que les collections historiques de l'institution demeurent importantes. Il convient de le faire savoir à de nouvelles générations. 

Là, il faut le reconnaître. Berhard Mendes Bürgi, qui est au départ un homme du contemporain, joue bien le jeu. Il sait panacher son programme, en proposant aussi bien les vidéos de Josef Beuys (qui commencent il est vrai à dater!) qu'un dossier sur la redécouverte, dans les caves, d'un tableau d'autel médiéval provenant d'une église de Paris. Caspar Wolf peut donc succéder aujourd'hui sans peine à "Piet Mondrian, Barnett Newman et Dan Flavin". Le Kunstmuseum constitue une institution globale, comme il existe encore (de moins en moins, hélas) des médecins généralistes.

Une collection historique 

L'entresol du musée peut ainsi accueillir aujourd'hui un ensemble graphique le ramenant à l'origine des collections, au XVIIe siècle. "Albrecht Dürer und sein Kreis" (Albert Dürer et son cercle) comporte nombre de dessins du "Cabinet Amerbach", acquis par la Ville en 1661. Ce fonds humaniste contenait des œuvres essentielles de la Renaissance allemande, dont des feuilles de Holbein. Il y en avait aussi du grand homme de Nuremberg (Dürer, donc), et de quelques-uns de ses disciples. Rien là que de très logique. Dürer a passé par Bâle, même si l'on ne sait pas grand chose de ce séjour de jeunesse, à la fin du XVe siècle. 

Universellement célèbre de son vivant grâce à ses gravures, Albert Dürer (1471-1528) n'a jamais subi depuis de réelle éclipse. Il a connu un "revival", avec des imitateurs, à la fin du XVIe siècle. Les collectionneurs lui attribuaient au XVIIe quasi tous les tableaux primitifs, volontiers pourvus d'un faux monogramme AD. Au XIXe, l'homme a incarné le génie allemand. Il en subsiste d'ailleurs quelque chose. A la récente exposition Dürer de Nuremberg, les visiteurs attendaient désespérément leur tour, qu'ils aient on non un billet pré-acheté, pré-payé et pourvu d'une heure d'entrée fixe.

L'étrange Hans Baldung Grien 

De Dürer, Bâle ne possède bien sûr pas l'équivalent des énormes ensembles conservés à Vienne ou à Berlin. Il y a nuit numéros, dont une lettre autographe et un ensemble considérable de dessins sur bois destinés aux illustrations d'un livre sur les comédies de Térence. Certaines de ces pièces sont arrivées plus tard. Au XIXe siècle, il y a eu l'apport du Museum Faesch. En 1959, un don important à l'occasion du jubilé de CIBA. 

Il en va de même pour l'ensemble, numériquement plus important, de feuilles d'Hans Baldung Grien (vers 1485-1545). Un créateur plus étrange, parfois jusqu'au dérangeant. On comprend que la National Gallery de Londres ait choqué, vers 1870, en acquérant de la peinture allemande ancienne. Visiblement, les critères esthétiques ne sont ici pas les mêmes au nord qu'au sud des Alpes... Il n'empêche que la "Tête de jeune homme" (un autoportrait?) sur papier vert, ou que le "Putto chevauchant un centaure" demeurent des pièces admirables. Quant au "Portrait funéraire d'Erasme" (le monsieur est déjà semi décomposé), il reste d'une puissance terrifiante.

Don récent

D'autres créateurs (Hans Leu, Hans von Kulmbach, Hans Schäufelein...) complètent l'accrochage. Le visiteur reste saisi par la cohérence du parcours, dans des salles par ailleurs sinistres. Bâle aurait besoin de s'offrir une fois les services d'un véritable décorateur. On voit mal comment une telle série de chefs-d’œuvre pourrait aujourd'hui se voir complétée, vu l'assèchement du marché de l'art. Et pourtant! Présentée jusqu'au début janvier dans une autre exposition du musée, il y a une autre feuilles d'Hans Baldung, représentant cinq femmes. Elle vient de se voir offerte au Kunstmuseum. Il s'agit d'un don des époux Dreyfus-Best. Le moins qu'on puisse dire est que le cadeau tombe à pic.

Pratique 

"Albrecht Dürer und sein Kreis", Kunstmuseum, 16, Sankt Alban Graben, Bâle, jusqu'au 1er février. Tél. 061 206 62 73, site www.kunstmuseumbasel.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Photo (Kunstmuseum Basel): L'une des 126 illustrations conservées pour Térence, vers 1492.

Prochaine chronique le mercredi 14 février. Paris honore Viollet-le-Duc, l'architecte qui restaura la cathédrale de Lausanne. Il est né en 1814! 

P.S. Rappelons que le Musée Jenisch de Vevey présente parallèlement, jusqu'au 1er février aussi, l'exposition de gravures "La passion Dürer".

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