Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Cy Twombly au Museum für Gegenwartskunst

Crédits: Site du Kunstmuseum de Bâle

Il ne faut pas se faire d'illusion. Si la relance de l'exposition par l'intermédiaire d'une campagne d'affichage musclée semble annoncer la rétrospective du siècle, le «Cy Twombly» du Museum für Gegenwartskunst de Bâle (1) tourne autour de dix œuvres. Elles se trouvent au rez-de-chaussée de l'ancien moulin, en bordure du Rhin. L'ensemble occupe une immense salle, comme il se doit d'une blancheur virginale. Il s'agit de toiles et d'une sculpture. 

Les experts vous le diront. Il y a Twombly et Twombly. Cet Américain de Virginie, né en 1928, a trouvé sa voie en Italie. C'est là qu'il a vécu dès 1957, et ce jusqu'à sa mort en 2011. Si les années 1950 ont marqué la renaissance intellectuelle et artistique de la capitale italienne, il n'en s'agissait pas moins du chemin inverse à la logique de l'époque. Les yeux convergeaient alors vers l'Amérique, terre de tous les possibles. Ce sera encore davantage le cas durant la décennie suivante, où le «pop art» triomphera jusqu'à la Biennale de Venise.

Culture classique 

Il faut dire qu'il se sent une profonde culture classique chez Twombly. Il cite volontiers Homère, Virgile, Pan, Orphée ou Léonard de Vinci. La chose ne se remarque pas tout de suite dans ses réalisations. Les détracteurs de l'artiste, qui a débuté aux côtés de Jasper Johns ou de Robert Rauscheberg, considéraient ses premières toiles comme des gribouillis d'enfant. Et encore! D'enfant peu doué. Le fond blanc comme une feuille de papier y était sans doute pour quelque chose. «Mon fils pourrait faire pareil», était la phrase qu'on entendait le plus souvent à son propos dans les années 1960 et 1970, avant que les pièces de Twombly se mettent à coûter horriblement cher. 

Si j'ai dit qu'il y avait Twombly et Twombly, c'est néanmoins parce que l'artiste a beaucoup évolué depuis, même si ce n'est pas autant que son compatriote Frank Stella, précédemment montré au Museum für Gegenwartskunst. Il se fait juste que beaucoup d'artistes américains restent admirés pour une seule période, qui suit en général de peu leurs débuts. Après, ils se voient condamnés par le succès commercial à se répéter, ou à faire quelque chose de si possible plus tapageur. On peut comprendre que les amateurs de Stella, qui donnait à l'origine des toiles minimales noires avec des liserés blancs, aient été déconcertés par ses assemblages hyper-colorés ponctués de diamantine.

La bonne période

Rien de tel chez Twombly. Il n'en demeure pas moins que ses dernières toiles gigantesques (quand on n'a plus rien à dire, on augmente le volume), vues à la Fondation Lambert d'Avignon en 2007, marquaient un net appauvrissement de l'inspiration. Et que penser de son plafond pour le Louvre, couvrant près de 500 mètres carrés? Une décoration en forme de ciel bleu, avec un prétexte mythologique. Pas grand chose de plus. 

Le Kunstmuseum (dont le Gegenwartsmuseum forme une annexe) a évité ces errances. Le choix qu'il nous montre, et qui est aussi destiné à étaler sa puissance face à Zurich, où le Kunsthaus se révèle aussi très riche en Twombly, se concentre sur les débuts Il y a là une petite toile encore très noire de 1954. Puis viennent les créations liées à l'image que l'on garde de l'artiste. Il a tôt été acheté par le musée. La Fondation Emanuel (avec un seul «m») Hoffmann a pris le relais. Le Kunstmuseum peut en plus taper, comme la Fondation Beyeler, dans la gigantesque Collection Daros, qui a renoncé à entretenir un lieu permanent à Zurich. Comme dessert, l'institution bâloise propose enfin «Untitled» de 1969, réalisé au bord du lac de Bolsène. Une vaste toile donnée en 2013 par Katharina et Wilfrid Steib en prévision de la réouverture du «Kunst» agrandi.

Reinhard Mucha par la suite

Cette présentation ne sera pas la dernière avant l'inauguration à grands fracas du 17 avril. Il y en aura encore une autre. Elle se verra dédiée à l'Allemand Reinhard Mucha, qui fait aussi partie des amis de la maison. Puis la vie reprendra comme avant. En mieux. Je vous donne rendez-vous pour la suite, dans un article situé juste en dessous dans le déroulé. 

(1) «Le premier exclusivement consacré en Europe à l'art contemporain», rappelle une plaque rappelant son ouverture dès 1980.

Pratique

«Cy Twombly», Museum für Gegenwartskunst, 6, Sankt Alban Rheinweg, Bâle, jusqu'au 13 mars. Tél. 061 206 62 62, site www.kunstmuseumbasel.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Photo (Keystone): La salle Twombly. Blanc sur blanc.

Ce texte est immédiatement suivi par un autre sur la situation du Kunstmuseum à la veille (ou plutôt l'avant-veille) de sa réouverture.

Prochaine chronique le dimanche 14 février. Futurisme. Giovanni Lista signe un livre fondamental, mais long. Près de 1200 pages.

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