Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

AVIGNON/La Collection Lambert a doublé de volume

Ouf! Voilà qui est fait! La Collection Lambert a rouvert ses portes à Avignon le 11 juillet . Elle occupe désormais deux hôtels particuliers contigus du XVIIIe siècle, rue Violette. C'est l'aboutissement de plus de vingt ans de négociations, de palabres et d'embrouilles dans une ville réputée pour son immobilisme. Le Musée Calvet voisin, en chantier ou en suspension de travaux depuis les années 1990, n'en finit pas de se repenser (1). Il serait aussi temps de rafraîchir le Petit Palais, près de celui des Papes, voué à la peinture italienne médiévale (2). 

Derrière la Collection se trouve bien sûr un homme, Yvon Lambert. Né à Vence en 1936, il y a ouvert sa première galerie tout jeune. Dès 1966, cet ambitieux a compris qu'il lui fallait gagner Paris. Il y a occupé différents lieux du Marais, créant l'événement autour d'artistes novateurs, en général américains. S'il a beaucoup vendu, et cher, ce marchand a cependant réussi à conserver beaucoup d’œuvres pour lui. Peu à peu, ce patrimoine a focalisé son attention. Lambert a ainsi fermé sa succursale de New York en 2011, après huit ans d'existence. En juillet 2014, il annonçait qu'il cessait son activité de commerçant à Paris le 31 décembre suivant.

L'idée d'une fondation 

On peut le comprendre. Lambert avait alors 78 ans. L'idée d'une fondation le tarabustait depuis le début des années 90. Il avait l'accord de sa fille Eve, forcément lésée dans l'opération. L'homme a commencé par proposer la chose à Montpellier, où les tractations se sont vite embourbées. Yvon ne passe pas pour être facile. Le choix s'est alors porté sur Avignon. La Ville pouvait libérer l'Hôtel de Caumont, construit par l'architecte Jean-Baptiste Franque à partir de 1725. Un cadre à la fois parfait et contradictoire pour un ensemble tourné sur l'art minimal (LeWitt, Carl Andre...), abstrait (Schnabel, Barcelò...), ainsi que la photographie (Nan Goldin). La Collection a ainsi pu ouvrir en juillet 2000. Avignon formait cette année-là une des capitales européennes de la culture. 

On en a beaucoup entendu parler dans les années suivantes. Deux scandales y ont aidé. En 2007, une admiratrice aux lèvre peintes embrassait un tableau hyper-fragile de Cy Twombly. Quatre ans plus tard, l'exposition du «Christ Piss» d'Andres Serrano provoquait des émeutes intégristes. D'interminables tractations se poursuivaient par ailleurs. Déposée au départ pour vingt ans, la Collection allait finir en don à l'Etat français. Lambert a parlé de chemin de croix (ce qui va bien avec le Serrano...) devant les réticences de ce dernier, qui n'aime guère les fondations, surtout liées au marché. Il a failli quitter les négociations, voire la cité d'Avignon. Un accord était enfin trouvé en 2011. Le galeriste donnait 556 œuvres représentant une somme colossale. Il avait su choisir tout ce qui est devenu hors de prix.

Un second hôtel particulier

La place manquait, bien sûr. Pour permettre cette aventure liant l'Etat central, la Région et la Ville, cette dernière a décidé d'ajouter à la corbeille de mariage l'Hôtel de Montfaucon voisin, également du XVIIIe siècle. Il suffisait d'en expulser les étudiants artistes. Les travaux ont pu commencer. Il a néanmoins fallu fermer un an. La Collection Lambert est allée ce faire voir durant l'été 2014 à l'ex-prison Sainte Anne. Il y avait là «La disparition des lucioles». J'avoue avoir été assez choqué par cet étalage d'avant-garde chic et choc dans un établissement pénitentiaire récemment fermé pour insalubrité. Difficile d'inviter à davantage de voyeurisme... 

Ces derniers jours donc, tout était prêt pour l'inauguration des bâtiments historiques, adaptés par les architectes Cyrille et Laurent Berger à ce style «white box» qui commence à me porter sur les nerfs. Il y a là un espace immense. Les deux hôtels offrent une surface utile de 6000 mètres carrés. Une partie est vouée au roulement du fonds. L'autre est prévue pour les manifestations temporaires. Puisque nous sommes à Avignon en période de festival théâtral, la première de celles-ci est aujourd'hui vouée à Patrice Chéreau, mort en 2013. La suite à l'article prochain, situé immédiatement en dessous dans la file. Photo (AFP): Yvon Lambert en 2010.

(1) Le Calvet a un peu baissé les bras. Le site annonce encore ces jours une exposition prolongée jusqu'en mai 2013. 

(2) Elle correspond au temps ou les papes (et antipapes) étaient installés en Avignon.

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