<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Avant et apres DSK

Bizarrement, nous sommes souvent portés à accepter des comportements déviants sur la place de travail. Des comportements que nous ne tolérerions jamais dans la vie privée.

Un ami dans une soirée qui se montre beaucoup trop lourd avec une jeune femme, vous le remettez en place spontanément. Au bureau, vous réfléchirez à deux fois avant d’intervenir, quand bien même vous vous trouvez en présence d’un salaud ordinaire.

L’affaire DSK, sans préjuger de l’issue du jugement, pose une multitude de questions au-delà des faits extrêmement graves qui sont reprochés au patron démissionnaire du FMI. Pourquoi personne n’a dit un jour à cet homme aux fonctions si importantes qu’il se comportait de manière totalement inadéquate avec les femmes? Les langues se déliant désormais en France, il apparaît que tout le monde savait dans son entourage qu’il avait un problème à ce sujet, comme on dit d’un alcoolique qu’il a un problème avec la boisson. Sommes-nous en présence d’un fait culturel très français qui ferait se confondre séduction et viol caractérisé?

C’est plutôt un effet de la constitution d’une aristocratie du pouvoir dans ce pays où la politique, le monde des affaires et les médias entretiennent des relations beaucoup trop proches. Aucun de ces pouvoirs n’est plus capable de challenger les autres, le système en devient totalement sclérosé et le chaud duvet de l’impunité recouvre de manière égale tout ce petit monde en cas de problème. Raison pour laquelle les images d’un Dominique Strauss-Kahn menotté et traité comme un quidam suspecté de crime choquent tellement dans les colonnes et les talk-shows des médias français. A son époque à l’Elysée, le général de Gaulle payait lui-même sa note d’électricité. En 2011, celui qui paraît le mieux placé pour emporter la présidentielle dort dans une suite à près de 3000  euros et semble trouver normal – si les accusations à son encontre se confirment – d’exercer son droit de cuissage sur la femme de chambre.

Au niveau beaucoup plus terre à terre de la vie de bureau de chacun d’entre nous, plus rien ne sera comme avant, après l’affaire DSK. De la même manière que Fukushima a posé une borne dans le débat sur le nucléaire qui signale qu’il y a un «avant» et un «après» cet événement, cette affaire de mœurs va cristalliser cet instant précis à partir duquel certains comportements et propos nous seront tout simplement insupportables.

Si personne n’avait osé stopper les écarts du salaud ordinaire qu’était DSK avec les femmes bien avant l’affaire de New York, tout le monde aura par contre désormais en tête cette sale affaire. Les harcelés et témoins de harcèlement se sentiront légitimes à intervenir en cas de problème. Et il ne servira alors à rien de s’élever contre l’américanisation de la société ou le retour d’un nouveau puritanisme, l’adoption d’un nouveau standard de vie en société se fera spontanément par tous. Espérons-le, sinon la loi se durcira comme outre-Atlantique, alors que dans ce domaine comme tant d’autres, l’autodiscipline est préférable.

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