Aurore Bui

FONDATRICE DE SOFTWEB

Aurore Bui est la créatrice et la directrice de Softweb, une entreprise sociale dont le but est de favoriser la réalisation de projets sociaux, et qui conseille les ONGs et entreprises sur l'évaluation de leur stratégie et la mise en place de nouveaux programmes. Elle est formatrice et intervient dans des conférences sur le thème de l'innovation sociale, la responsabilité sociale des entreprises et l'autonomisation économique des femmes. Aurore a 15 années d’expérience dans le conseil stratégique, la gestion de projets informatiques et le management des organisations à but non lucratif. Elle possède un diplôme d’ingénieurs d’une grande école française, un master du Kings’ College London et un MBA en gestion des Organisations Internationales (IOMBA) de l’Université de Genève. Elle est membre du comité suisse de l'ONU Femmes.

Les Moocs: Une innovation sociale dans le domaine de l'éducation

Parmi les nouvelles tendances dans le domaine de l’éducation, les MOOC – ou Massive Open Online Course / Cours en ligne ouvert aux masses en français dans le texte – représentent une opportunité de redéfinir les modes d’apprentissage et la formation des individus. 

Formation ouverte et à distance, les MOOCs permettent à des participant-e-s, enseignants et élèves de participer à une même session via Internet - dans le monde anglophone, il peut arriver que plus de 100 000 personnes soient réunies pour un cours[1]. Ces cours, gratuits, composés pour l’essentiel de vidéos et de QCM peuvent permettent de se former en continu sur des notions diverses et de tester ses connaissances au fil du temps. Certaines prestations additionnelles (telles que la certification) peuvent en revanche être payantes, dans le cadre d’un nouveau business model de l’éducation.

Dans le domaine de l’entrepreneuriat social par exemple, différentes plateformes proposent des cours qui permettent avec deux à six heures de travail hebdomadaire, d’appréhender les bases de ce nouveau modèle entrepreneurial[2] ou encore de maîtriser des outils essentiels aux entrepreneur-e-s[3].

Yves Zieba[4] est consultant en innovation et spécialiste des nouvelles méthodes éducatives. Nous lui avons demandé quelles perspectives il voyait pour les MOOCs.

Yves, dites nous en quelques mots qui vous êtes

Je suis avant tout un passionné d’innovation, de sport et d’éducation, un père qui observe ses enfants grandir et évoluer dans le système éducatif actuel. J’ai eu la chance de pas mal voyager et de vivre dans différents pays, ce qui me permet de connaître des bonnes méthodes de plusieurs origines, et dans une certaine mesure de comparer plusieurs systèmes.

Je me suis toujours intéressé à mon développement personnel, et j’ai toujours incité mon entourage à en faire de même. Sans éducation, sans culture, c’est difficile de construire ou de décider quoi que ce soit. Les MOOCs sont une opportunité d’apprendre plein de choses à un très bon niveau de prix, de faire des rencontres en ligne pertinente, j’y ai rencontré un associé.

Qu’est-ce que les Moocs? A quoi çà sert?

C’est le buzzword du moment dans l’éducation. Il s’agit des cours en ligne massivement ouverts, dans lesquels des millions d’apprenants peuvent s’inscrire, accéder à du contenu pédagogique multimédia, et échanger sur ce contenu - ça permet d’accéder à un immense catalogue de cours de chez vous - ou ailleurs-, pour peu que vous soyez connectés ou que vous ayez téléchargé les cours.

Pensez-vous que le domaine de l’éducation va être réformé par l’arrivée de nouvelles technologies telles que celles des Moocs?

L’arrivée des nouvelles technologies de l’éducation permettent notamment d’étudier ce qu’on veut, quand on veut, où on veut. Lorsqu’elles sont bien adoptées, elles complètent grandement la qualité de l’enseignement, le rendent plus interactif et participatif. Certaines technologies permettent aussi un enseignement personnalisé. Les MOOCs utilisent une partie de ces technologies pour les mettre à disposition des étudiants hors campus. Cela permet de ne plus dépendre de la présence physique sur un lieu ou de la capacité d’accueil d’une salle de cours.

De façon générale, l’apprenant a plus la main, il a le choix de ses cours, il peut les quitter si les cours ne le passionnent pas, et moduler son niveau d’implication selon ses besoins et ses envies. Cela transforme certains rapports de force entre enseignants et apprenants.

Cela dit, les institutions existantes sont en excellente position pour bien figurer dans les MOOCs, car elles possèdent une marque, une ingénierie pédagogique, un corps professoral, une capacité de recherche, qui leur permettent d’avoir un coup d’avance sur les nouveaux entrants. Elles ont aussi souvent un business existant - les cours “traditionnels” - qu’elles hésitent à cannibaliser.

Certaines barrières d’accès à la connaissance, financières, géographiques, tombent. L’évolution des usages en la matière va vite, il ne faut pas hésiter trop longtemps.

Peut-on apprendre aussi bien à l’aide d’une plateforme en ligne qu’en face d’un professeur?

Oui, on peut apprécier une bonne histoire en lisant un livre, en allant dans un théâtre de quartier, en allant dans un multiplex de cinéma ou en regardant le film en streaming devant son home cinéma.

La plateforme en ligne n’est qu’un outil, un média, il y a toujours un professeur derrière avec ses qualités pédagogiques, son aptitude à transmettre des connaissances et animer un contenu. La différence avec la plateforme en ligne, c’est que le professeur va pouvoir faire 20 prises, et garder la meilleure. Il ne sera pas enroué, malade, de mauvaise humeur, ou énervé par un élève dissipé.

On apprend quand c’est intéressant et quand un dialogue apprenant-enseignant se crée.

En quoi cela constitue une innovation dans le domaine de l’éducation?

Il y a plusieurs types d’innovation qui se croisent, c’est ce qui créée la disruption et rend bon nombre de systèmes existants obsolètes : des innovations technologiques pour recréer en ligne à peu près tout ce qu’on fait en classe et pour gérer de très larges cohortes d’apprenants ; des innovations de modèles économiques et en propriété intellectuelle, puisqu’il faut réinventer comment les revenus sont générés et une innovation sociale indéniable, qui combine ces effets pour inventer de nouveaux modes d’apprentissage.

 

 



[1] http://www.france-universite-numerique.fr/france-universite-numerique-enjeux-et-definition.html#outil_sommaire_1

[2] http://mooc.ticketforchange.org

[3] https://strategyzer.com/academy/course/business-models-that-work-and-value-propositions-that-sell

[4] http://yveszieba.me

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