Aurore Bui

FONDATRICE DE SOFTWEB

Aurore Bui est la créatrice et la directrice de Softweb, une entreprise sociale dont le but est de favoriser la réalisation de projets sociaux, et qui conseille les ONGs et entreprises sur l'évaluation de leur stratégie et la mise en place de nouveaux programmes. Elle est formatrice et intervient dans des conférences sur le thème de l'innovation sociale, la responsabilité sociale des entreprises et l'autonomisation économique des femmes. Aurore a 15 années d’expérience dans le conseil stratégique, la gestion de projets informatiques et le management des organisations à but non lucratif. Elle possède un diplôme d’ingénieurs d’une grande école française, un master du Kings’ College London et un MBA en gestion des Organisations Internationales (IOMBA) de l’Université de Genève. Elle est membre du comité suisse de l'ONU Femmes.

Un procès grandeur nature pour appréhender l'intelligence artificielle

Le 17 janvier aura lieu à Genève le « Premier procès d’une intelligence artificielle ». Orchestré par Leila Delarive, avec Marc Bonnant en « guest star », cet ovni entre le théâtre, le procès et l’action de sensibilisation présente une expérience inédite : se projeter dans un cas judiciaire entre une personne et une intelligence artificielle (AI) et être nous-même les juges de ce procès hors norme.

"Lorsque nous avons joué la pièce à Pully en octobre dernier, le public a continué à débattre sur la pièce une fois le rideau tombé."

Crédits: Photo transmise par Leila Delarive

Derrière ce projet ambitieux et décalé, une envie : celle de mieux comprendre les enjeux de l’Intelligence Artificielle dans notre société. De nous en faire notre propre opinion, argumentée. J’ai interrogé Leila Delarive sur la genèse de ce projet.

Pourquoi la forme théâtrale/artistique pour traiter un tel sujet. Quelle a été votre inspiration?    

Au-delà de la forme théâtrale, c'est la forme du procès qui est à mon sens importante. Un procès implique que l'on oppose toujours deux points de vue, ici, la défense d'un robot, qui est produit par une société basée en Chine, et dont le processus d'apprentissage (machine learning) aboutit à un drame. Et la défense des intérêts de la famille de la victime, et de fait de l'intérêt public. La Présidente du Tribunal mène l'instruction, en interrogeant des experts, qui vont aussi apporter un éclairage particulier sur l'usage, respectivement le développement de l'intelligence artificielle, afin que sur la base d'un exemple concret, le public saisisse réellement les enjeux et la portée de l'IA. Le plus important dans la forme du procès, c'est que c'est in fine le public qui va voter sur la culpabilité du robot et de la société qui l'a produit. Lorsque nous avons joué la pièce à Pully en octobre dernier, le public a continué à débattre sur la pièce une fois le rideau tombé. et c'est pour moi le but de notre action: éveiller les consciences pour développer l'esprit critique face au développement de la technologie.

L’AI est un sujet « à la mode ». De quelle manière ce sujet interroge-t-il notre fonctionnement en tant que société? 

L'IA est le pilier/moteur de la quatrième révolution industrielle en cours. Ce qui importe à ce stade, c'est que le public saisisse les enjeux de l'IA et décide en connaissance de cause des conséquences de cette technologie. Nous pouvons, comme individus, saisir les opportunités liées à cette avancée technologique, ou la subir. C'est un choix de société et il est urgent que le législateur décide de réguler aussi la question du développement de l'IA. C'est donc bien plus qu'un phénomène de mode. C'est une révolution avec une redéfinition du monde dans lequel nous vivons. Je veux croire au côté vertueux de l'IA et lutter contre les dérives qui se profilent.

Comment voyez-vous le rôle de l’ai d’ici dix ans?

    L'IA fera partie intégrante de nos vies d'ici dix ans. Nous ne nous en rendrons même plus compte. L'évolution exponentielle de la technologie fait qu'elle devient de plus en plus imperceptible. Prenons le cas de l'assistant Google qui fait une réservation au restaurant et qui arrive à tenir un dialogue avec une employée de restaurant chinois. On ne se rend même plus compte que c'est une intelligence artificielle à laquelle nous avons affaire. La société sera profondément changée dans 10 ans. Et c'est aujourd'hui que nous devons, comme individus, intervenir et faire valoir notre libre arbitre: Quelle société voulons-nous à la lumière de l'intelligence artificielle? Personnellement, je suis d'avis que la révolution digitale amorcée il y a des dizaines d'années a déjà profondément modifié les structures/fondements de notre société. Nous sommes dans une phase d'adaptation: il y a une horizontalisation de la structure sociale, avec une répartition du pouvoir, et j'espère à terme, une décentralisation, pour donner réellement le pouvoir à chaque individu. 

    Le robot qui m'aimait, premier procès d’une intelligence artificielle
    Jeudi 17 janvier 2019 à 19h au Bâtiment des Forces Motrices
    Plus d’informations : https://www.facebook.com/events/355860038523429/

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