Aurore Bui

FONDATRICE DE SOFTWEB

Aurore Bui est la créatrice et la directrice de Softweb, une entreprise sociale dont le but est de favoriser la réalisation de projets sociaux, et qui conseille les ONGs et entreprises sur l'évaluation de leur stratégie et la mise en place de nouveaux programmes. Elle est formatrice et intervient dans des conférences sur le thème de l'innovation sociale, la responsabilité sociale des entreprises et l'autonomisation économique des femmes. Aurore a 15 années d’expérience dans le conseil stratégique, la gestion de projets informatiques et le management des organisations à but non lucratif. Elle possède un diplôme d’ingénieurs d’une grande école française, un master du Kings’ College London et un MBA en gestion des Organisations Internationales (IOMBA) de l’Université de Genève. Elle est membre du comité suisse de l'ONU Femmes.

Des parents entrepreneurs… Conciliation et défis quotidiens en action

Les mampreneurs (ou mompreneurs) sont un nouveau genre d'entrepreneures. En lançant leurs entreprises alors qu'elles ont des enfants (parfois en bas âge), ces créatrices d'entreprises tentent de résoudre une quadrature du cercle: développer une activité, en gardant si possible des horaires flexibles, le tout, bien sûr, devant faire vivre la famille.

Certaines mampreneurs choisissent de créer des boutiques en ligne. En tant que mamans, elles identifient des produits manquants sur le marché (produits bio/mode/bébé/femmes/...) et peuvent gérer l'ensemble depuis leur domicile: production ou approvisionnement, gestion du site, etc.

Mais les mampreneurs nouvelle génération créent aussi d'autres types d'entreprises: indépendantes, sociétés de service, coaches, etc. Tout en cherchant à dépasser le même défi au niveau de la conciliation vie familiale/vie professionnelle, ces « néo-indépendantes » et entrepreneures créent des activités qui portent des valeurs qui leur correspondent.

Les mampreneurs (ou mompreneurs) sont un nouveau genre d'entrepreneures. En lançant leurs entreprises alors qu'elles ont des enfants (parfois en bas âge), ces créatrices d'entreprises tentent de résoudre une quadrature du cercle: développer une activité, en gardant si possible des horaires flexibles, le tout, bien sûr, devant faire vivre la famille.

Certaines mampreneurs choisissent de créer des boutiques en ligne. En tant que mamans, elles identifient des produits manquants sur le marché (produits bio/mode/bébé/femmes/...) et peuvent gérer l'ensemble depuis leur domicile: production ou approvisionnement, gestion du site, etc.

Mais les mampreneurs nouvelle génération créent aussi d'autres types d'entreprises: indépendantes, sociétés de service, coaches, etc. Tout en cherchant à dépasser le même défi au niveau de la conciliation vie familiale/vie professionnelle, ces « néo-indépendantes » et entrepreneures créent des activités qui portent des valeurs qui leur correspondent.

Katell Bosser et Julia Litzen, membres du comité de l’association suisse des mampreneurs, nous disent ce qu’elles en pensent.

 

Qu’est-ce que l’association suisse des mampreneurs, et à quoi sert-elle?

L’association des Mampreneurs réunit des mamans qui ont en commun d’avoir créé leur entreprise. Cette association est basée sur l’entraide et permet à ses membres d’échanger des conseils, des connaissances, de pratiquer le réseautage, de s’entrainer à la prise de parole en public, de recueillir des avis sur un produit, une prestation, un pitch de vente et bien d’autres choses encore, selon la créativité et les propositions des membres elles-mêmes.

L’association est également un rempart contre l’isolement, elle offre un espace de dialogue qui aide les femmes à traverser les périodes difficiles inhérentes à leur choix. L’association informe régulièrement ses membres sur les risques de paupérisation, de carences en termes d’assurances et de surmenage auxquels ces femmes sont habituellement exposées.

Les mampreneurs sont-elles des entrepreneurs comme les autres?

Oui, dans la mesure où les difficultés sont les mêmes que pour tout autre entrepreneur. Les Mampreneurs doivent apprendre «sur le tas» dans les domaines qui ne concernent pas directement leur cœur de métier (législation, marketing, comptabilité, assurances sociales).

En tant que femmes, elles vivent également des freins qui leur sont propres, tels que: manque de réseau professionnel, manque de confiance en soi, etc. Elles vivent également des défis spécifiques dans le domaine de la conciliation vie professionnelle vie privée, qui une priorité des Mampreneurs. Ce qui est observé, c’est que la phase de rentabilisation de l’activité est plus longue, ce qui est souvent rendu possible grâce au soutien du conjoint. Les Mampreneurs sont encore trop souvent écartées par les structures de soutien à l’entreprenariat classiques, particulièrement sur les questions financières («revenez plus tard, quand vos enfants seront grands»). Il est fréquent que leur activité soit sous-estimée par leur entourage qui les assimile parfois à des mères au foyer ayant un hobby très vaguement lucratif et témoigne de ce fait un soutien relatif.

Est-ce que les mampreneurs innovent et si oui, en quoi?

 

Parfois l’innovation est corroborée à l’activité elle-même. La grossesse et la petite enfance sont des périodes de sensibilité aux questions de durabilité et d’éthique. Une partie des Mampreneurs s’en inspire pour positionner leur activité d’une manière nouvelle.

 

Les Mampreneurs ne cherchent (en général) pas «l’idée du siècle qui les rendra millionnaire», elles exploitent des niches suffisamment rentables pour leur permettre de concilier vie professionnelle et vie privée. De ce fait, elles reprennent à petite échelle des possibilités d’innovation négligées par des personnes plus ambitieuses.

 

« Créativité + Manque de ressources = Innovation ? »

 

Il faut aussi mentionner que le peu de moyens porte parfois à une créativité inattendue. Par exemple une Mampreneur a pensé à utiliser son robot de cuisine et ceux des femmes de son entourage pour produire ses produits cosmétiques à des quantités plus conséquentes. Ce levier lui a ensuite permis d’industrialiser sa production.

 

Souvent l’innovation est dans le fait de même de créer un modèle propre, unique et spécifique de conciliation entre vie professionnelle et vie privée.

 

L’innovation sociale, pour vous, c’est quoi?

 

L’innovation sociale selon nous, c’est créer de nouveaux modèles de relation entre les gens pour répondre d’une manière originale et spécifique à un besoin.

 

Est-ce plus difficile de créer une entreprise quand on est un parent?  

 

On pourrait imaginer que oui, car le projet de création d’entreprises n’est pas le seul point de gravité du créateur. Si on crée une entreprise à 20 ans, sans attaches, on peut s’y consacrer jour et nuit, corps et âme. En tant que parent, les moyens financiers ne sont parfois pas plus importants qu’à 20 ans, mais le temps à disposition est à partager avec celui consacré aux enfants. Le bon côté de la médaille, c’est que ça incite fortement à l’efficacité et qu’une forme d’équilibre s’installe ipso facto.

 

Mon ressenti est aussi que les enfants sont une source d’inspiration extraordinaire. Ils sont en apprentissage permanent, évoluent et doivent se remettre en question de manière continue. Lorsque j’apprenais à dépasser une de mes grandes terreurs, à savoir prendre la parole en public, je regardais ma fille apprendre à marcher. Elle est tombée mille fois, et chaque fois elle se relevait et elle recommençait. J’ai balbutié, bredouillé, bégayé, rougi, transpiré, mais j’y retourne toujours.

 

En tant que parent, on a un besoin profondément ancré de laisser à nos enfants un monde vivant et viable. De ce fait nos activités vont spontanément prendre une couleur durable et respectueuse. Ces aspects de notre activité économique ne sont pas le résultat d’une stratégie de positionnement par rapport à la concurrence, ils sont profondément ancrés dans nos valeurs.

 

A titre personnel ou collectif, quel est le plus gros succès que vous avez rencontré? Et le plus gros échec?

Le plus gros succès: lors d’un MamCafé (mini conférences données par l’association) sur le burn-out. Il a été possible à une partie des membres de «tomber les masques» et s’avouer qu’aucune de nous n’était une maman parfaite, une superwoman. Nous avions tous en commun de connaître l’épuisement, de douter parfois de notre choix, d’avoir peur d’être des mauvaises mères. Cette authenticité a créé une grande solidarité entre une partie des membres qui fonctionne désormais de manière plus proche, en prenant soin les unes des autres. Nous avons ce jour-là dépassé le simple cadre associatif pour nous ouvrir à une forme de fonctionnement presque communautaire.

Le plus gros échec: Nous jouons souvent des clichés véhiculés autour des femmes qui travaillent. Un cliché qui circule sur les Mampreneurs nous vient des Etats-Unis: celui de la mère au foyer qui devient millionnaire en commercialisant des cupcakes. Aux débuts de l’association, nous avons voulu participer à un marché rural pour nous faire connaître. Nous avons distribué des cupcakes avec l’intention de jouer de ce cliché. C’était un fiasco complet en termes de compréhension de notre message. Les badauds ne soupçonnaient pas une once de nos valeurs ni de la vocation de notre association. Nous avons appris dans la douleur que nous devions être extrêmement vigilantes sur notre communication, car nous naviguons entre plusieurs clichés fortement installés dans lesquels les gens cherchent à nous «caser» rapidement: la «working woman», la femme au foyer, la femme qui «se» vend. 

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