Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

Audaces fortuna juvat.*

Nous sommes au sommet de la pyramide de Maslow. Nous avons à manger, à boire, un toit, un travail, une connexion internet, et du temps. Nous sommes tellement au sommet de la pyramide de Maslow que nous nous insurgeons quand on nous sert de la viande de cheval parfaitement saine dans nos lasagnes au bœuf, ou quand, en vacances, la taille du réservoir d’eau disponible ne nous permet que de prendre une douche fraîche au lieu de la tiède dont nous rêvions.

Tellement au sommet que les embouteillages, les files d’attente, l’attente tout court, nous insupportent. Tellement au sommet que nous envisageons de résilier notre abonnement mobile à la moindre défaillance du réseau, tellement au sommet que nous avons des wagons dédiés au silence dans nos trains et des places aux femmes dans les parkings. Nous avons des problèmes de pays (sur)développés, et c’est très bien.

Sur les réseaux, nous parlons de ce que nous mangeons, de ce que nous faisons et avec qui, parfois du comment nous le faisons, très rarement du pourquoi. D’habitude, lorsque je rédige ma chronique, j’utilise le « on » ou le « nous » (voir ci-dessus),  ceci pour plusieurs raisons :

  1. Ca permet au lecteur (vous) de s’identifier
  2. Ca évite de stigmatiser une partie de la population en s’associant à elle

 Comme on dit dans la communication, ça créé de la connivence…

Pourtant, pour une fois, je vais parler en mon nom puisqu’il s’agit d’un témoignage qui n’appartient qu’à moi et qui répond à la question que tout le monde se pose : pourquoi aller sur les réseaux sociaux ?

Mon aventure sur et avec les réseaux sociaux a commencé en 2009 (comme quoi !) à l’occasion d’une période de chômage fort instructive. J’avais du temps, une connexion internet, un compte Facebook, et pas de travail. Pas beaucoup d’argent, non plus. Mais, encore une fois, du temps. En parallèle, il paraissait évident que tous les emplois contenant le mot « digital » avaient le vent en poupe, et que, surtout, peu nombreux étaient les candidats possibles, en Suisse romande, pouvant justifier de compétences, et encore moins d’expérience. Pas vraiment de formations non plus (encore moins dispensée par l’ORP), mais un avantage énorme : apparemment, il s’agissait d’un processus itératif qui requérait « l’expérience de l’expérience » pour être validé. Les derniers ne seraient donc pas les premiers avec le 2.0, mais le peloton de tête pouvait être rattrappé par les poursuivants volontaires et désireux de pédaler.

LinkedIn, Tumblr, Storify, Twitter, puis Pinterest, Instagram, Foursquare, Path, et finalement Vine, Urturn, je me suis lancée à corps perdu sur chaque réseau passant sous mes yeux, ouvrant des profils, donnant autant de fois mon nom (jamais de pseudo, question de cohérence), mon adresse, ma biographie, mon âge, mes intérêts, un mot de passe (tiens, j’en ai perdus certains, d’ailleurs). J’ai lu Brian Solis et Malcolm Gladwell avec la même curiosité dévorante que j’avais eue à lire Bleustein-Blanchet et Dru en son temps (l’époque où les agences de publicité narguaient enfin, mais pour peu de temps, les agences médias), et j’y suis allée…

La Disruption-JM Dru

Passive, d’abord, je me suis très vite prise au jeu du dialogue virtuel en 140 caractères ou plus, au partage d’informations, d’images, de bonnes blagues, de connaissances. Et voilà que moi, Aline I., 34 ans (en 2009, je vous laisse calculer mon âge actuel et me l’envoyer par mail pour gagner un café chez Blackswan), publicitaire, mère, et fan de karaoké, je devenais, avec la dynamique des réseaux, une immigrante numérique. Tadaaa.

D’expérience en expérience, de tentatives étranges comme les Journées mondiales de l’absurde en passant par des blogs pour de « vrais » clients, des live-tweeting pendant Top Chef jusqu’aux accréditations officielles pour Lift ou TEDx, d’échanges avec des spécialistes du SEO, du SEA ou de RTB, de conférences en tables rondes, j’en suis venue à rejoindre le peleton de tête. Migros Magazine, PubliGroupe, Ouest-France, ou encore Bilan, je compte désormais quelques articles de presse relatifs à ma personne ou publiés par moi dans de « vrais » médias, ceux qui m’étaient fermés à l’époque où le web ressemblaient plutôt à ça, faute de licence en journalisme ou autre filière académique.

Si je vous raconte tout ça, ce n’est pas pour me faire mousser : à mon âge, les problèmes d’égo sont moins relevants que les problèmes de taxi liés aux enfants ou ceux liés aux affres du temps, non. Si je fais mon « coming-out » et assume mon néophytisme virtuel, c’est pour vous encourager à vous lancer, vous aussi. Vous dire qu’il faut oser car la prise de risque est, dans le digital comme ailleurs, bien plus grande à rester assis pour voir passer le train qu’à embarquer à son bord. Et que, de toutes les façons, un voyage reste un voyage, peu importe la destination.

PS : dans ma prochaine chronique, je vous parlerai de toutes les implications de ce choix : sus à l’angélisme !

*La fortune sourit aux audacieux

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