Jurus Arthur NB

Economiste stratégiste chez Oddo BHF, Think tank BSI Economics

Diplômé de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, de l'Ecole d'Economie de Toulouse et formé au Centre d'études des politiques économiques (ENSAE), Arthur Jurus est Stratégiste chez ODDO BHF, après avoir évolué comme chef économiste de Landolt & Cie, économiste au Crédit Agricole, à la Société Générale, à la Caisse des Dépôts, chez Mirabaud Asset Management, au sein du groupe Edmond de Rothschild et comme enseignant à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il est également contributeur pour le magazine Forbes, intervenant dans différents médias francophones et anglosaxons, contributeur au sondage des prévisionnistes professionnels auprès de la Banque Centrale Européenne et vice-président de l'association des stratégistes de Genève (ISAG). Arthur Jurus est secrétaire général et co-fondateur de BSI Economics.

Taxe Carbone: le pari européen

L’Europe entame les négociations pour l’instauration d’une taxe carbone.

Source : Adobestock

L’Europe entame les négociations pour l’instauration d’une taxe carbone sur les biens importés. L’objectif est d’inciter les entreprises à réduire leur émission carbone et instaurer de nouvelles normes sur les biens vendus sur le marché européen.

Mais la transition énergétique aura un coût et imposera des choix politiques et fiscaux à l’Union Européenne. Les conséquences seront défavorables pour de nombreux acteurs économiques.

  • Pour les acteurs institutionnels, cela signifie moins de multilatéralisme sur le commerce mondial et des économies plus inflationnistes. En discriminant les pays partenaires selon leur volume d’émission, les principes de l’Organisation Mondiale du Commerce seront remis en cause. L’Union Européenne devra donc choisir entre le bilatéralisme, qui favorisera l’application de sa taxe carbone, ou le multilatéralisme, qui imposera une coordination avec l’ensemble des membres de l’organisation. Les pays exportateurs nets de matières premières seront ainsi les plus pénalisés dans la course à la décarbonisation.
  • Pour les banquiers centraux, la taxe carbone augmentera le prix des biens importés et favorisera l’inflation. Dans le cas de la Banque Centrale Européenne, il est peu probable que la taxe modifie significativement sa politique ultra-accommodante. Néanmoins, elle pourrait la contraindre à affiner sa communication et réagir à un indice d’inflation à taxation constante en excluant les prix de l’énergie et de l’alimentaire.
  • Pour les entreprises, les secteurs les plus polluants seront pénalisés. Les industries de l’acier, de l’aluminium, du ciment et de l’électricité seront les plus affectés négativement. Au sein de l’Union Européenne, les exportations allemandes, belges ou néerlandaises seront les plus affectées car davantage tributaires des produits pétroliers et des activités liées à la Chimie. Par ailleurs, les entreprises pourraient connaitre un renchérissement des prix des inputs qui pénaliseraient leur marge.
  • Pour les particuliers, l’impact pourrait être une hausse des prix à la consommation pour les biens importés, notamment ceux non substituables c’est-à-dire non produits en Europe.

Pour compenser ces couts économiques, les recettes fiscales liées à la taxe carbone pourraient être redistribuées. Dans le cas des pays les plus polluants et non-européens, les recettes fiscales pourraient être réallouées pour rendre leur production neutre en carbone mais l’impact économique restera négatif à court-terme. Pour les entreprises, les aides s’assimileront à des mesures protectionnistes et tarifaires. Enfin, dans le cas des ménages, cela pourrait se matérialiser par des baisses d’impôts pour compenser la hausse des prix à la consommation.

La transition énergétique souhaitée par l’Union Européenne, via la taxe carbone, imposera donc des choix discriminants entre ses partenaires commerciaux, et des choix de redistribution entre les acteurs économiques. A l’image du Brexit, les négociations seront donc complexes entre les Etats européens puis avec les autres partenaires commerciaux. La transition énergétique conduira au renforcement du protectionnisme qui contribuera, même temporairement, à la démondialisation.


Tribune corédigée avec Marielle Wittlich

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