Jurus Arthur NB

Economiste stratégiste chez Oddo BHF, Think tank BSI Economics

Diplômé de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, de l'Ecole d'Economie de Toulouse et formé au Centre d'études des politiques économiques (ENSAE), Arthur Jurus est Stratégiste chez ODDO BHF, après avoir évolué comme chef économiste de Landolt & Cie, économiste au Crédit Agricole, à la Société Générale, à la Caisse des Dépôts, chez Mirabaud Asset Management, au sein du groupe Edmond de Rothschild et comme enseignant à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il est également contributeur pour le magazine Forbes, intervenant dans différents médias francophones et anglosaxons, contributeur au sondage des prévisionnistes professionnels auprès de la Banque Centrale Européenne et vice-président de l'association des stratégistes de Genève (ISAG). Arthur Jurus est secrétaire général et co-fondateur de BSI Economics.

L’Instant Inflationniste sans Lendemain

L’inflation accélèrera temporairement au second trimestre. Celle-ci atteindre 3% aux États-Unis, 2% en zone euro et redeviendra positive en Suisse.

Source : Pexels, Gabby K

Ce redressement est principalement expliqué par la hausse des prix de l’énergie. Le baril de pétrole coûte désormais 60 dollars contre seulement 20 dollars en mars 2020, soit une hausse de… 200% ! Outre-Atlantique cette contribution exceptionnelle s’ajoutera à la hausse des prix des soins médicaux. En Allemagne, ce sera la fin de la réduction de la TVA, et en Suisse la fin de la déflation dans le secteur touristique qui seront des facteurs positifs, mais temporaires.

Le risque d’une surchauffe durable des économies inquiète pourtant les analystes. D’une part, la normalisation des prix dans les secteurs les plus affectés par la crise, comme le tourisme et le transport, augmentera mécaniquement l’inflation. D’autre part, l’accumulation d’épargne par les ménages au cours des périodes de confinement offre désormais un potentiel de choc sur la demande proche des 1000 milliards de dollars aux États-Unis. De plus, l’incapacité des entreprises à augmenter à court terme leur capacité de production pour accompagner la reprise et leurs difficultés à s’approvisionner en raison de la hausse des coûts de transports pourrait impliquer une inflation plus élevée.

Mais ce contexte s’inscrit dans un cycle économique particulièrement volatile. Si le choc négatif sur nos économies a été sans comparaison avec les précédentes crises, la normalisation de l’économie mondiale pourrait être d’autant plus brutale, d’où le risque de surchauffe des économies. Surtout, si la reprise est une condition nécessaire à l’inflation, elle n’est pas toujours suffisante. La Chine, où la croissance a redémarré depuis le second semestre 2020, peut en attester. Son activité progressera de près de 10% cette année mais connait actuellement…la déflation !

La proactivité des décideurs pour limiter le choc négatif de la crise ne sera pas source d’inflation. Le nouveau plan budgétaire américain voté fin février représentera près de 10% du PIB et soutient principalement la demande, au dépend de l’offre. Pourtant, sa capacité à stimuler l’inflation devrait rester limitée car son objectif est de stabiliser les économies soit compenser l’absence d’activité. Ainsi, deux tiers des bénéficiaires américains des chèques de 1400 dollars ont déjà l’intention de l’affecter à une épargne de précaution, tandis que près de la moitié des 1900 milliards de dollars du plan financeront la vaccination, des crédits d’impôts aux plus vulnérables, et des aides aux collectivités locales. Autant d’éléments qui ne seront pas retranscrits dans les dépenses privées et ne justifieront pas une hausse des prix.

Il est donc probable que la tendance désinflationniste reprenne en 2021. A court terme, plus de 150 pays connaitront un revenu par tête inférieur à celui de 2019. Le pouvoir d’achat à l’échelle mondiale devrait ainsi se réduire et ne contribuera pas durablement au renforcement de la conjoncture. A moyen terme, une décennie de politique monétaire ultra-accommodante nous enseigne que l’expansionnisme monétaire de 2020 ne suffira pas à stimuler l’inflation. Pour les entreprises, la digitalisation plus rapide de nos économies est plus probable de créer un choc d’offre positif et des économies d’échelle. Deux facteurs sources de désinflation et qui rendront les conditions financières à moyen terme toujours plus favorables et dans la continuité des 40 années de baisse structurelle des taux d’intérêts.

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