Jurus Arthur NB

Chef économiste chez Landolt et Cie SA, Think tank BSI Economics

Diplômé de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, de l'Ecole d'Economie de Toulouse et formé au Centre d'études des politiques économiques (ENSAE), Arthur Jurus est chef économiste de Landolt & Cie après avoir évolué comme économiste au Crédit Agricole, à la Société Générale, à la Caisse des Dépôts, chez Mirabaud Asset Management, au sein du groupe Edmond de Rothschild et comme enseignant à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il est également contributeur pour le magazine Forbes, intervenant dans différents médias francophones et anglosaxons, contributeur au sondage des prévisionnistes professionnels auprès de la Banque Centrale Européenne et vice-président de l'association des stratégistes de Genève (ISAG). Arthur Jurus est secrétaire général et co-fondateur de BSI Economics.

L’année du dollar

Historiquement, la monnaie américaine s’apprécie après les élections présidentielles. Mais 2020 pourrait être l’exception.

La monnaie américaine a été un enjeu majeur en 2020 pour les investisseurs. Alors que la crise sanitaire avait conduit à sa raréfaction sur les marchés interbancaires, le dollar s’est depuis déprécié de 5%. Dans les deux situations, l’implication de la Réserve Fédérale Américaine a été prédominante. Mais l’issue des élections américaines, qui se tiendront ce mardi, représente un risque politique dont l’impact sur les marchés financiers pourrait essentiellement se concentrer sur le billet vert.

Son importance persiste depuis plusieurs décennies. A ce jour, 40% de l’endettement mondial est libellé en dollar et plus de 63% des réserves mondiales de change en sont constituées. En Suisse, celle-ci représente plus du 36% des réserves de la Banque Nationale (BNS) alors même que les exportations vers les États-Unis ne représentent que 12% de notre PIB. La majorité des échanges commerciaux et des transactions financières en sont tributaires. Ainsi, plus de 80% des 3000 milliards d’injections de liquidités réalisées par la Réserve Fédérale américaine cette année étaient consacrés à l’approvisionnement en dollars!

Alors qu’une seconde vague de la pandémie se dessine, couvrant un nouveau risque de liquidité et de crédit, les tendances sur les perspectives futures de la monnaie américaine sont contradictoires. D’une part, l’accumulation des émissions d’obligations par le Trésor américain, pour financer un déficit fédéral sans équivalent depuis la dernière guerre mondiale, justifie un surplus de demande exceptionnel en dollars américains qui impliquerait son appréciation. D’autre part, la faiblesse des taux américains et des perspectives d’endettement proches de 200% du PIB au cours des 30 prochaines années justifieraient sa dépréciation.

Le dénominateur commun à ces deux approches est la politique monétaire. Les interventions de la Fed ont contenu le stress de raréfaction au premier semestre, tandis que la baisse agressive de ses taux directeurs a conduit à rendre moins attractifs les investissements en dollars au second semestre. Le franc s’est ainsi apprécié plus que tout autre monnaie contre le billet vert. Une baisse largement freinée par les 120 milliards injectés par la BNS cette année et qui reporte l’appréciation inévitable du franc. Les fondamentaux économiques actuels entre les deux pays justifieraient une appréciation supplémentaire d’au moins 10% au cours des six prochaines années.

Face à ces facteurs fondamentaux, l’élection de mardi pourrait s’affirmer comme un trouble-fête pour les investisseurs. L’avance de Joe Biden sur Donald Trump est significative, se renforce et reste deux fois plus importante que l’avance observée d’Hillary Clinton en 2016 à cinq jours des élections. Mais la composition du prochain Congrès sera plus décisive. L’élection d’un président et d’un Congrès majoritairement démocrate, dont la probabilité serait de 50%, favoriserait une plus forte augmentation des dépenses publiques, une hausse de la pression fiscale et des risques de régulation dans les secteurs technologiques et de la santé. Cela pourrait réduire la profitabilité des entreprises et rendre moins attractives les actions américaines auprès des investisseurs étrangers. Cela signifierait aussi un apaisement des tensions diplomatiques, notamment avec les pays émergents, qui soutiendrait une nouvelle baisse du dollar américain.

Face à ce risque politique qui s’ajoute à un contexte économique volatile, il convient de se de se remémorer la réaction de Paul Singer à la question: «À quoi ressemblerait une perte de confiance dans le dollar?». L’or deviendrait complètement fou...

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."