Jurus Arthur NB

Economiste stratégiste chez Oddo BHF, Think tank BSI Economics

Diplômé de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, de l'Ecole d'Economie de Toulouse et formé au Centre d'études des politiques économiques (ENSAE), Arthur Jurus est Stratégiste chez ODDO BHF, après avoir évolué comme chef économiste de Landolt & Cie, économiste au Crédit Agricole, à la Société Générale, à la Caisse des Dépôts, chez Mirabaud Asset Management, au sein du groupe Edmond de Rothschild et comme enseignant à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il est également contributeur pour le magazine Forbes, intervenant dans différents médias francophones et anglosaxons, contributeur au sondage des prévisionnistes professionnels auprès de la Banque Centrale Européenne et vice-président de l'association des stratégistes de Genève (ISAG). Arthur Jurus est secrétaire général et co-fondateur de BSI Economics.

La Chine gagne de l’influence

La présidence de Donald Trump n’est pas encore terminée mais ses conséquences sont déjà observées. Le démantèlement du multilatéralisme s’est traduit cette semaine par l’accord de libre-échange entre quinze pays d’Asie du sud-est et d’Océanie. Sa signature acte la régionalisation du commerce mondial. Plus du tiers de l’activité mondiale, des échanges commerciaux et de la population mondiale seront ainsi concernés par la suppression des tarifs douaniers d’ici 20 ans. Un niveau supérieur à l’accord de 2019 entre l’Union Européenne et le Japon.

Son impact sera positif pour l’économie mondiale. Le gain estimé est de 190 milliards de dollars ou 0,2 point supplémentaire de croissance mondiale par an. Par ailleurs, les implications sont doubles pour les pays signataires. D’une part, l’activité interrégionale progressera de 428 milliards d’ici 10 ans et effacera les pertes liées aux tensions commerciales. D’autre part, les investissements directs en provenance des pays non-membres de l’accord augmenteront. Car la clé de l’accord porte sur la règle d’origine. Seulement les composants produits dans la zone régionale seront exemptés de tarifs douaniers. Dit autrement: les implantations d’entreprises non-asiatiques dans cette région vont croître exponentiellement ces prochaines années.

Ce partenariat économique régional permettra à la Chine d’asseoir son empreinte régionale en opposition à la Chine. Selon les estimations de Kenichi Kawasaki de l’Université de Tokyo, les bénéfices commerciaux seraient asymétriques entre les pays. Les grands gagnants des prochaines années seraient le Cambodge, la Thaïlande et le Vietnam avec une progression du PIB réel sur la prochaine décennie de…10% ! Ce chiffre atteindrait 5% pour la Corée du Sud et 1,5% pour le Japon. Surtout, l’économie chinoise verrait son activité progresser, tandis que l’économie américaine reculerait de 0,2 point.

Car ne nous y trompons pas, cet accord régional renforcera la bipolarisation du commerce mondial. La Chine tisse son réseau international. Plus de 10'000 de ses entreprises sont déjà implantées en Afrique. Le développement de la nouvelle route de la Soie reprendra son développement en 2021 et le nouvel accord inter-régional renforcera son omnipotence en Asie du sud-est. En face, la stratégie juridico-économique américaine, qui s’oppose au multilatéralisme, devra démultiplier les accords bilatéraux pour compenser le manque à gagner. Il est peu probable de voir le prochain président américain inverser une tendance vieille de 30 ans, marquée par la sortie des États-Unis de Doha sous sa propre vice-présidence, et accélérée sous le gouvernement Trump par le relèvement agressif des tarifs douaniers.

Surtout, l’histoire nous enseigne que l’approche chinoise fait écho à l’approche américaine au début de la construction européenne. Il y a 80 ans, les États-Unis ont initié le plan Marshall au motif de corriger la fragmentation économique de l’Europe, favoriser la stabilité monétaire et contenir le développement des partis communistes à l’est. Désormais, la Chine finance le développement de la route de la soie pour assurer ses sources d’approvisionnement et dispose dorénavant d’une zone de libre-échange régionale. Une somme d’influence qui permettra de préserver son leadership régional, favoriser l’internationalisation du yuan et contenir la stratégie économique américaine.

La Chine occupe ainsi le terrain. Si le mandat de Donald Trump prendra probablement fin en janvier prochain, les conséquences de sa politique sont déjà visibles et durables. La bipolarisation de l’économie mondiale va s’accentuer. Une dynamique qui s’imposera à la prochaine présidence américaine.

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