Jurus Arthur NB

Chef économiste chez Landolt et Cie SA, Think tank BSI Economics

Diplômé de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, de l'Ecole d'Economie de Toulouse et formé au Centre d'études des politiques économiques (ENSAE), Arthur Jurus est chef économiste de Landolt & Cie après avoir évolué comme économiste au Crédit Agricole, à la Société Générale, à la Caisse des Dépôts, chez Mirabaud Asset Management, au sein du groupe Edmond de Rothschild et comme enseignant à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il est également contributeur pour le magazine Forbes, intervenant dans différents médias francophones et anglosaxons, contributeur au sondage des prévisionnistes professionnels auprès de la Banque Centrale Européenne et vice-président de l'association des stratégistes de Genève (ISAG). Arthur Jurus est secrétaire général et co-fondateur de BSI Economics.

Brexit: le moment propice

L’expérience britannique d’une sortie de l’Union Européenne est aussi inédite qu’expérimentale. Elle pourrait finalement bénéficier à l’ensemble des pays européens comme nous pouvons désormais l’observer.

L’intégration de l’Union Européenne pourrait se renforcer. Historiquement, le Royaume-Uni a joué un rôle de déstabilisation pour les instances européennes. C’était le cas dans les années 80 lorsque les Britanniques ont refusé, adhéré puis quitté prématurément le Système Monétaire Européenne. C’était également une situation observée dans les années 90 lors de la signature du Traité de Maastricht sans adhésion du Royaume-Uni à la monnaie unique. Et plus récemment, en 2011, lors du refus de leurs autorités de renforcer les règles de discipline budgétaire malgré la crise des dettes souveraines.

Depuis la sortie annoncée du Brexit, une décision inédite a ainsi déjà été adoptée: celle d’émettre une dette commune pour financer un plan budgétaire dont les ressources seront redistribuées par pays. Une proposition qui a fait face aux réticences des pays «frugaux» (Pays-Bas, Danemark, Suède, Autriche), autrefois dans le sillage de l’étendard britannique et qui ont cette fois usé de leur pragmatisme et de leur capacité de négociation pour aboutir à une décision consensuelle. Ce moment hamiltonien qui amorce des premiers traits de fédéralisme européen reste néanmoins insuffisant, mais il était probablement inenvisageable un an plus tôt.

A court terme, le modèle britannique pourrait servir certains pays, en particulier… la Suisse! Celle-ci est souvent citée par le Royaume-Uni comme «l’économie modèle», au cœur du marché unique européen mais disposant d’une forte autonomie politique. Cette situation a néanmoins couté des années de négociation sur l’accord-cadre institutionnel. Un accord mis en suspens par l’Union Européenne en raison de la primauté donnée au Brexit. Ce dernier étant désormais acté, les négociations avec l’Union Européenne pourront non seulement reprendre, mais également avancer plus rapidement. L’absence d’autorité reconnue de la cour de justice européenne, concédée par l’Europe aux britanniques mais actuellement refusée à la Suisse, sera par exemple un outil de pression non négligeable dans les prochaines négociations.

A moyen terme, les plus petites économies européennes pourraient être tentées de suivre le modèle britannique. L’expérience du «small is better» pourrait ainsi prendre son sens notamment si les bénéfices de l’intégration économique européenne était dépassée par les enjeux liés à la bipolarisation de l’économie mondiale entre les Etats-Unis et la Chine. Nombre d’entre eux sont déjà partie prenante dans les nouvelles «Routes de la Soie» élaborées par la Chine et qui est devenue fin 2020 le premier partenaire commercial de l’Europe. Une stratégie non privilégiée par le Royaume-Uni qui renouera avec son approche des années 60 en entamant des discussions pour un accord bilatéral avec son voisin américain.

La crise de 2020 a finalement créé un environnement économique et financier plus propice au Brexit. D’une part, la remise à zéro des économies rabat les cartes sur l’échiquier du commerce mondial qui nous pousse désormais à une nouvelle forme de démondialisation. D’autre part, les dépenses publiques décomplexées par la monétisation soutiendront la transition vers une économie plus autonome. La Banque Centrale d’Angleterre est l’une des premières à avoir assumé la monétisation temporaire de sa dette dès 2008. Enfin, la généralisation du nationalisme économique, illustrée par le durcissement de la réglementation et du protectionnisme, permettra au Royaume-Uni d’assumer pleinement sa volonté d’autonomie économique. Une disposition qui favorisera la concurrence fiscale à l’échelle mondiale au cours de la prochaine décennie.

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