Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ART MODERNE/Beaubourg va fêter ses 40 ans avec 40 expositions en France

Crédits: DR

Beauboug a quarante ans. Enfin, il va les avoir en 2017. Le 31 janvier 1977, le président Valéry Giscard d'Estaing, qui avait voulu interrompre les travaux de construction (1), inaugurait en effet le centre d'art moderne et contemporain voulu par son prédécesseur Georges Pompidou. Il n'y avait alors pas de ministre de la Culture, le poste s'étant vu supprimé. Françoise Giroud n'était que «secrétaire d'Etat». Elle en fera d'ailleurs à la fin de la même année 1977 un livre très méchant, «La comédie du pouvoir». 

L'ouverture, avec la présence de la veuve Pompidou, marquait la fin d'une longue aventure. L'idée remontait à 1969. Le président avait alors choisi le plateau Beaubourg, encore recouvert par des îlots décrétés insalubres (2) et un parking. En 1971 était choisi, sur passé 600 projets, celui d'un trio d'architectes italiens, Renzo Piano, Richard Rogers (né à Florence) et Gianfranco Franchini, qu'on a bien oublié depuis. Le Suédois Pontus Hulten était promu futur directeur en 1973. Les travaux avaient alors déjà commencé devant une population ébahie. Certains croyaient que la tuyauterie de la façade constituait en fait un échafaudage métallique.

Succès immédiat avec pic en 1990

Le succès public a été immédiat dans ce centre qui a très vite (en 1970-71) pris la triple forme d'un musée, d'une bibliothèque et d'un lieu pour la musique contemporaine, l'IRCAM. Six millions de visiteurs se sont pressés en 1977 dans Beaubourg, dont le musée se présentait alors sous forme d'immenses plateaux ouverts. Ce dernier reviendra vite à une forme plus classique avec deux étages transformés par Gae Aulenti (encore un apport de l'Italie!). La fréquentation a atteint en 1990 au pic de 8,2 millions, avant de redescendre. Depuis la réouverture du 1er janvier 2000, après trois ans de fermeture pour travaux, elle tourne autour de 5 millions. Notons à ce propos que l'antenne de Metz, lancée en 2010, ne sort pas des chiffres rouges. Quant à la fameuse tente mobile, qui devait amender l'art moderne hors des grands centres urbains, elle a été abandonnée après quelques stations seulement dans la France profonde. Notons à ce propos qu'on n'a guère de nouvelles non plus du «Voyageur» lancé par le Mamco genevois depuis l'arrivée au pouvoir de Lionel Bovier... 

En quarante ans, Beaubourg a présenté 325 expositions. Il s'est créé divers recoins, dont le plus récent demeure une galerie pour la photographie (entrée gratuite) au sous-sol, lancée en 2015. Le Centre a aussi connu d'innombrables querelles de personnes et d'affirmations de pouvoir. Sa réputation de panier de crabes n'est plus à faire. A côté, le monde politique français pratique l'amour universel. Ce paquebot surchargé de monde se retrouve ainsi périodiquement agité par des conflits débordant jusque dans la presse. Quand ce n'est pas une éviction, c'est une phénoménale note de taxi. Le dernier épisode fort (à ma connaissance) est l'élimination de son très autoritaire président Alain Seban, remplacé par Serge Lasvignes en 2015.

Plus d'une année de festivités 

De tout cela, il ne sera bien sûr pas question lors de l'année festive qui s'annonce. Le Centre Pompidou a en effet décidé de créer hors les murs (ou plutôt hors la tuyauterie) 40 manifestations pour ses 40 ans. Elles seront partout, même à Paris où il y aura des visites au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, au Jeu de Paume ou à l'Opéra Comique. Le Théâtre d'Arles et les «Rencontres» coiffent ainsi une impressionnante liste alphabétique. Le lecteur du dossier de presse de 71 pages, comprenant une introduction d'une rare platitude signées par la ministre de la Culture Audrey Azoulay, y découvre bien sûr des villes comme Toulouse (aux Abattoirs), Bordeaux (CACP), Lyon (Musée des beaux-arts et Biennale), Rennes (Musée des beaux-arts et Théâtre national de Bretagne), Dijon (Consortium), ou Rouen (Musée Le Secq de Tournelles voué à la serrurerie, puisque le thème en sera Picasso et le sculpteur sur métal Julio Gonzales). 

Mais il reste un désir d'aller vers de petites communautés urbaines ou rurales, après l'échec de la tente. Si la Corse a été complètement oubliée (mais se situe-t-elle vraiment en France?), il y a la Martinique, Saint Yrieix-La-Perche, Ivry (en banlieue), le Mont-Saint-Michel ou le château de Chambord. Ce dernier accueillera une manifestation au propre fondamentale, puisqu'il s'agit de la collection personnelle des époux Pompidou. De la même manière, Hyères rendra hommage, dans la Villa Noailles dessinée par Robert Mallet-Stevens, à Marie-Laure et Charles de Noailles, les grands mécènes des années 1920 et 1930. Marie-Laure était alors une véritable ministre (privée) de la culture. Et cultivée, elle!

Débuts à Grenoble 

Tout n'aura bien sûr pas lieu en même temps. Les festivités commenceront le mois prochain pour se terminer début 2018, sous le règne (puisque la France constitue une monarchie républicaine) d'un monsieur ou d'une dame restant à élire. Les feux seront ouverts près de Genève, au Musée de Grenoble. Début somptueux, mais très classique. Il s'agira de montrer, du 29 octobre au 29 janvier 2017 les années parisiennes de Wassili Kandinsky, qui vécut de 1933 à 1944 dans Neuilly. Un artiste dont Beaubourg possède un fonds particulièrement opulent grâce au don, puis au legs, de Nina Kandinsky, la veuve de l'artiste assassinée à Gstaad en 1980. Mais ceci est une autre histoire, non élucidée d'ailleurs... 

(1) C'est Jacques Chirac qui lui a forcé la main.
(2) On y a aussi construit l'immonde Quartier de l'Horloge, en faux vieux, avec un béton qui se délite aujourd'hui.

Photo (DR): L'ouverture au public le 1er février 1977. Il y a eu 80 000 visiteurs les deux premiers jours. Vigipirate n'existait heureusement pas encore.

Prochaine chronique le mercredi 28 septembre. Ouille! J'ai du retard. J'aurai mis tout ce temps pour vous parler d'"Images" à Vevey.

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