Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ART CONTEMPORAIN / Yverdon entre dans la danse

Et de trois! Ouvert en juin dernier, le Centre d'art contemporain d'Yverdon-les-Bains en est arrivé début novembre à sa troisième présentation. "Move Movies" répond à son titre, en anglais puisque nous situons dans la création actuelle. Il s'agit bien de mouvement et de cinéma. Deux choses irrémédiablement liées. "I like the word movie", aimait à rappeler le réalisateur de westerns Raoul Walsh. "It means everything haves here to move fast." 

Sur les murs de l'Hôtel de ville, qui abrite le Centre, mais aussi sur le sol ou dans des moniteurs, les images défilent donc. Simultanément. Des casques permettent d'entendre le son, s'il existe. Il s'agit d'illustrer la danse contemporaine en lien avec la Suisse romande. Faut-il d'ailleurs continuer à préciser? La danse classique, avec chaussons et tutus, semble résiduelle sous nos latitudes, à part comme discipline formatrice. 

Afin de parler d'oeuvres d'une exposition s'accompagnant de présentations hors les murs au Théâtre Benno Besson et à celui de L'Echandole, logé au Château, je vous propose Karine Tissot. La Genevoise d'adoption est la créatrice du Centre. 

En moins de six mois, Karine Tissot, vous avez monté trois expositions à Yverdon. Est-ce le désir le marquer un grand coup?
C'est beaucoup, mais il fallait bien se lancer et je suis assez gourmande. En 2014, il n'y en aura que trois, étalées sur l'année. J'entends moins donner une ligne, partant dans une seule direction, qu'indiquer une couleur. Aucune manifestion ne doit ressembler à une autre. "Bulb Fiction", qui a fait l'ouverture, restait une présentation générale. "Traits papier", par la suite, se concentrait sur le dessin... sans qu'il y ait forcément de papier. 

Comment "Move Movie" est-il né?
Il s'agit d'une collaboration. J'ai travaillé avec l'AVDC, autrement dit l'Association vaudoise de danse contemporaine. Elle avait monté en 2008 une brève exposition à l'Arsenic lausannois. Il lui en était resté une envie de prolongation. J'ai choisi, avec ma co-commissaire Raphaëlle Renken de l'AVDC, des gens liés à la création romande. Certaines vidéos ont été réalisées spécialement. Il ne devait s'agir en aucun cas de spectacles captés dans l'intention d'en garder une trace d'archive. Je voulais illustrer la manière dont deux arts se rencontrent. 

Alors, que montrer?
Nous avons observé d'emblée trois voies. Il y a d'abord les plasticiens utilisant des danseurs. Le Genevois Jérôme Leuba a pris deux d'entre eux, en 2005, pour "Battlefield#9 / Washington Sniper". Il leur a demandé d'appliquer les consignes données par la police face à un tueur en série. Sa bande montre ce que peut être une paranoïa sécuritaire. Pour "Fallbeispiel", la Bernoise Gabriela Löffel a donné une consigne à ses neuf comédiens. Il leur fallait tomber et se relever jusqu'à l'épuisement. La vidéaste a ensuite gommé les chutes pour garder les seules traces de fatigue progressive. 

Seconde voie...
Des œuvres nées de spectacles, mais repensées pour l'écran. Le réalisateur apporte son regard. Il y a un vrai travail de la caméra chez le Français Frédéric Lombard, devenu l'interlocuteur privilégié de chorégraphes d'ici. Le Centre propose de lui trois films très différents. Lombard montre "Dry Fish" de la Lausannoise d'adoption YoungSoon Cho Jaquet en un seul plan. Il lui faut restituer le moment où la Coréenne s'habille de seiches séchées. "Durée déterminée" inspiré d'un spectacle de la compagnie 7273, se voit déplacé sur une mer de glace en Finlande. Le film ressemble du coup à de la peinture sur fond blanc. 

Et la troisième...
Des collaborations. En résidence cette année à New York, Marion Tampon-Lajarriette et Rocio Molina ont établi des connivences. Je leur ai proposé de développer un projet. Il s'est concrétisé sur une improvisation de flamenco dans une vieille discothèque. Marion a filmé cinq fois cinquante minutes avec cinq caméras. Elle en a gardé d'un quart d'heure, que nous montrons sur le sol, rythmé à New York par Rocio Molina. Le son a été placé de manière à ce que le visiteur l'entende partout de manière identique. Pour la projection, nous avons eu des problèmes à résoudre. Le plafond reste bas et il nous est interdit de planter un clou dans ce bâtiment classé. 

Une publication est-elle prévue?
Non. Question de temps, car je suis seule avec une secrétaire à mi-temps. Question de moyens financiers aussi. J'aimerais faire plus tard un livre sur nos deux premières années. 

Pour terminer, un premier bilan.
Je n'aurais jamais pensé, il y a un an, me retrouver dans la situation actuelle. Nous avons une fréquentation de 3000 personnes par exposition. Je la dois en partie au lieu, et à sa situation sur la grande place. Les écoles ont bien suivi. C'est une base pour l'avenir.

Pratique

"Move Movie, Danse et arts plastiques", Centre d'art contemporain, place Pestalozzi, Yverdon-les-Bains, jusqu'au 26 janvier. Ouvert du mercredi au dimanche de 12h à 18h. Tél. 024 423 63 80, site www.centre-art-yverdon.ch Présentations parallèles au Théâtres de L'Echandole et Benno-Besson. Photo (DR): La Ribot, qui fait bien sûr partie des invités. Une image de sa vidéo, filmée d'en haut.

Prochaine chronique le lundi 23 décembre. Le Grand Palais de Paris déroule le tapis rouge pour Cartier. Une exposition qui pose de petits problèmes d'éthique.

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