Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ART CONTEMPORAIN / Montpellier a de gros appétits

Montpellier est une ville qui en veut. Mais, contrairement à d'autres (vous suivez mon regard genevois), elle se donne les moyens de ses ambitions. Deux réalisations récentes le prouvent. Il y a bel et bien une suite culturelle au Musée Fabre, rouvert en 2006, et à son annexe consacrée aux arts décoratifs.

La première est l'ensemble Pierresvives, inauguré le 13 septembre 2012 après dix ans de palabres et de travaux. Le chantier était confié à l'Anglo-Irakienne Zaha Hadid. qui avait gagné le concours en 2002. Une dame très problématique. Dans le milieu des architectes vedettes, qui ne brille pourtant guère par la modestie, elle est arrivée à se faire une réputation de diva. Spectaculaires, trop spectaculaires sans doute, ses œuvres font toujours fi de leur futur contenu. Les Romains se sont ainsi plaints de leur Maxxi. Ce musée d'art contemporain connaît la plus grande peine à accueillir les installations que comme les tableaux... Un détail, selon Zaha, qui avait déjà prévu il y a vingt ans à Weil am Rhein, près de la frontière suisse, une caserne de pompiers parfaitement inutilisable. Au feu! Au fou!

Un building énorme

Elevé face aux bâtiments de La Mosson, un peu hors du centre, Pierresvives possède le même caractère le building écrasé qu les autres réalisations de l'artiste. Tout se joue dans l'oblique, ce qui promet de jolies réparations dans l'avenir. Il s'agit d'une énorme chose. La façade mesure 195 mètres de long. L'immeuble a par ailleurs 45 mètres de large et 24 de haut. Du massif donc, pour ne pas dire du mastoc. Il fallait de la place pour les archives de l'Hérault, le département que coiffe Montpellier, Hérault Sports et la Médiathèque. Il s'agit officiellement d'une Cité du savoir et des Sports. La tête et les jambes, comme disait une très ancienne émission de TV. Le résultat ne plaît pas à tous. Même le très contemporain «Beaux-Arts» parle de «projet plus que discutable».

Il y a davantage d'unanimité (du moins d'unanimité favorable) autour de La Panacée, inaugurée le 22 juin 2013. Il faut dire qu'il s'agit là d'une restauration, assortie d'une réaffectation. Au cœur de la Vieille Ville de Montpellier, l'ancien Collège royal de médecine (fréquenté par les Genevois aux XVIIe et XVIIIe siècles) devait se trouver une nouvelle destination. Il s'agit aujourd'hui, après 13,6 millions d'euros de dépenses, de 4500 mètres carrés dédiés à l'art contemporain (absent du Fabre), à l'art numérique et aux nouvelles formes d'écriture. L'endroit, dont la direction se voit confiée à Franck Bauchard, sert à la production, à l'exposition et à l'accueil d'artistes. La Panacée comprend ainsi trois logements pour créateurs et 59 logis destinés aux étudiants «poursuivant des cursus artistiques».

Langage technocratique

Evidemment, le grand langage technocratique se voit déversé sur le site de la jeune institution. Il n'est question que de «lieu d'échanges et de métissages» de «transdisciplinarité» et autres balivernes. Mais il faut juger sur place, alors que se déroulent les premières expositions. Et admirer un tel dynamisme. Arles (dont j'ai déjà parlé) et Montpellier ont pris la vitesse TGV, même si le train du même nom s'arrête bien peu souvent dans la première des deux ville citées. Il aura parallèlement fallu à Marseille l'année 2013 pour qu'il s'y passe, enfin, quelque chose...

Pratique

«La Panacée», 14, rue de l'Ecole-de-Pharmacie, Montpellier, fermé du 14 au 18 août, tél. 00334 34 88 79 79, site www.lapanacee.org  Photo (DR): La façade (enfin une partie) de Pierresvives.

Prochaine chronique le vendredi 16 août. Le très cher Roy Lichtenstein se retrouve exposé à Paris et à Venise. C'est-y pas beaucoup?

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."