Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ART BRUT/Le Musée de Carouge présente le monde de Linda Naeff

Crédits: DR

Elle était devenue sur le tard un personnage genevois. Disparue en 2014 à 88 ans, Linda Naeff a ainsi fait l'objet de plusieurs expositions (notamment à la Ferme de la Chapelle), d'un film de Mario del Curto et même d'un roman. En 2012, Douna Loup a en effet sorti au Mercure de France, un strapontin de Gallimard, «Les lignes de ta paume». Elle y racontait ses visites dans l'appartement de la vieille dame, envahi de peintures et de sculptures soigneusement emballées sous plastique. On est en Suisse tout de même, à Genève! Même l'art brut doit y avoir l'air propre. 

C'est en effet bien à la «neuve invention», définie dans les années 1940 par Jean Dubuffet, que se raccroche la création de Linda Naeff, aujourd'hui présentée au Musée de Carouge. Cette grand-mère sur-agitée en offre toutes les caractéristiques. Une enfance très difficile entre quatre sœurs, un père illégitime très sévère et une mère suicidaire. Une adolescence perturbée par des abus sexuels soigneusement tus. Puis quatre fausses couches. S'il manque à ce tableau noir l'hôpital psychiatrique la misère et l'alcool, un tel début dans la vie se devait de la pousser à une création sous forme d'exorcisme à partir de la soixantaine. Compulsive et obsessionnelle comme de juste.

Une petite sélection sur une énorme masse 

Pour le Musée de Carouge Philippe Lüscher et Mario del Curto ont sélectionné quelques objets sur une énorme masse qui eut sans doute fini à la benne il y a cinquante ou cent ans. Il y a là largement de quoi restituer la somme de malaises et de peurs vécus par Linda. Tout ressort. Cela permet du coup de poser la question gênante. Faut-il un traumatisme de base pour devenir artiste? La réponse était positive, on le sait, pour Michel Thévoz, le premier conservateur des Collections de l'art brut à Lausanne. Les artistes de vocation ne seraient pour lui que des imitateurs. Une chose rassurante, tout de même. Thévoz voyait des névroses chez un peu tout le monde...

Pratique

«Linda Naeff, Les couleurs habillent la souffrance», Musée de Carouge, 2, place de Sardaigne, jusqu'au 28 août. Tél. 022 307 93 80, site www.carouge.ch Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h. Entrée libre.

Photo (DR): Linda Naeff dans son appartement.

Texte intercalaire.

 

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