Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ART ANCIEN / Le Louvre exhume Baptiste Pellerin

Aucune mention nulle part. L'exposition reste discrète, pour ne pas dire secrète. Le Louvre s'en tire avec une pirouette. Il s'agit d'un "accrochage". J'ignore comment le visiteur se montre capable d'établir la différence. Il y a, dans les deux cas, des œuvres présentées sur un mur, dûment pourvues d'étiquettes explicatrices. Une petite affiche ne coûte pourtant pas grand chose à imprimer pour un aussi grand musée. Quant au coup de téléphone informateur à "Pariscope", il demeure pratiquement gratuit. 

Bien des gens intéressés par la présentation des dessins de Baptiste Pellerin (actif en 1548, mort en 1575) risquent donc de manquer l'occasion offerte jusqu'au 22 septembre (j'ai tout de même fini par trouver une date en secouant Internet) au Pavillon de Flore. Il y a là 24 feuilles, dont sept font partie du fonds Edmond de Rothschild. L'une forme une série cohérente. Elle se compose de sept illustrations pour "L'isle sonnante", publié en 1562 sous le nom de Rabelais. Cette satire un peu osée ne pouvait plus faire de tort à l'auteur, mort en 1553. Aux achats du Louvre s'est joint le don du frontispice par le marchand londonien Jean-Luc Baroni, qui n'est pourtant pas un tendre.

Un fournisseur de modèles 

Qui est donc Baptiste Pellerin? Un parfait inconnu, sauf pour quelques spécialistes. "Il avait disparu, ou presque de la mémoire", explique le grand seiziémiste Henri Zerner. "Il n'est même pas mentionné dans mon livre de 1996 sur la Renaissance en France." Il faut dire qu'il a fallu y regarder de près! Une suite d'estampe d'Etienne Delaune précise qu'elles sont gravées d'après les modèles "de feu Baptiste Pellerin". Exit Delaune, à qui l'on attribuait quantité de feuilles! Elles semblent davantage revenir à ce Pellerin, connu à l'époque comme peintre, qu'à un monsieur uniquement cité dans les archives comme graveur et orfèvre. 

Il y a donc eu réattributions, puis adjonctions. Pellerin apparaît du coup comme un nouveau Jean Cousin, à qui le Louvre a récemment consacré une exposition (donc annoncée!). L'homme semble avoir très peu peint, au sens moderne du terme, mais donné des modèles pour tous les arts, du vitrail à la tapisserie, tout en concevant des décors de fête éphémères. "Lorsqu'on veut des tableaux ou des fresques, on fait alors venir des artistes de l'étranger, soit d'Italie, soit des Pays-Bas", rappelle Henri Zerner. Pellerin peintre se contente ainsi d'être l'un des derniers enlumineurs français, alors que cet art millénaire agonisait sous Henri II, victime du livre illustré.

Livre édité en parallèle

Soutenue par un spécialiste du calibre de Dominique Cordelier après avoir été émise par plusieurs chercheurs dont Sylvie Béguin, Valérie Auclair ou George Wanklyn, la proposition Pellerin ne convainc bien sûr pas tout le monde. C'est la règle du jeu. Il n'y a jamais unanimité. Notons cependant que tout se voit étayé dans un livre assez ardu (mais tout de même lisible) , publié aux Presses universitaires de Rennes. L'ouvrage est cosigné par Marianne Grivel, Guy-Michel Leproux et Audrey Nassieu Maupas. Il comporte de très nombreuses illustrations et compte 280 pages.

Pratique

"Baptiste Pellerin", Pavillon de Flore, Musée du Louvre, Paris, jusqu'au 22 septembre. Tél. 0033331 40 20 50 50, site www.louvre.fr (mais sans mention de l'exposition). Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h à 18h, les mercredis et vendredis jusqu'à 21h45. Le plus simple est d'entrer par la porte des Lions, qui reste fermée le vendredi. Photo (RMN): L'une des illustrations pour "L'isle sonnante", publié comme de Rabelais en 1562.

Texte intercalaire. Demain samedi 9 août, "Tiki Pop", comme promis.

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