Banquiers anonymes

Bud Fox et ses acolytes dévoilent les dessous de la place financière genevoise. Ce collectif de banquiers anonymes a décidé de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Arlette Ricci, ou comment créer un dangereux précédent

La première victime des données volées par Hervé Falciani est tombée (à lire, l’excellente critique du polar d’Hervé Falciani): Arlette Ricci, 73 ans, héritière de la maison de couture Nina Ricci, a été condamnée par la justice française à trois ans de prison, dont deux avec sursis, un million d’euros d’amende. Elle s’est vu confisquer une maison à Paris et une propriété en Corse estimée à quatre millions d’euros. Elle devra payer 100'000 euros au fisc, sous oublier arriérés et pénalités. L’estimation de la dette fiscale se situerait à environ 10 millions d'euros, et ceci pour avoir dissimulé 18 millions d’euros.

C'est la parfaite occasion pour la justice d'apaiser les tensions sociales, en faisant de la condamnation d'une fraudeuse âgée et riche un exemple.

Le tribunal a estimé que Madame Ricci avait fait « preuve, pendant plus de 20 ans, d’une volonté particulièrement déterminée » de cacher au fisc français sa fortune sur des comptes en Suisse et que « la gravité porte atteinte à l’ordre public et au pacte républicain ». On découvre ainsi deux nouveaux motifs qui, à n’en pas douter, seront repris dans les 50 et quelques jugements de fortunés à venir. La nouveauté de ce procès: la reconnaissance de la culpabilité de son avocat fiscaliste, coupable de complicité d’organisation frauduleuse d’insolvabilité, condamné à un an de prison avec sursis et 10'000 euros d’amende.

Les juges ont estimé que le dossier est certes issu de données volées, mais que les soupçons avaient été corroborés par les investigations menées par la police fiscale.

En réalité, s’il n’y avait pas eu de Falciani, et s’il n’y avait pas eu de vol, il n’y aurait pas eu de liste, ni d’enquête.

Certes, la fraude, de quelque nature qu’elle soit n’est pas acceptable. Mais le fait que des enquêtes soient menées sur la base de preuves acquises illégalement n'est pas acceptable non plus. Or, le précédent est désormais créé.

La Suisse a accueilli ces derniers jours le chef de l’Etat français, qui avait déclaré en 2012 qu’il ne viendrait en Suisse que lorsque tout serait réglé… J’avais pourtant l’impression qu’il restait des dossiers à régler, non ?

Pour expliquer cette visite un peu précoce, il semblerait que le Rhône soit l’enjeu caché. En effet, la gestion du fleuve par la Suisse pose un problème aux Centrales Nucléaires françaises. La Suisse viendra-t-elle en aide à son voisin sur un choix de politique énergétique dépassée, un choix devenu encombrant et embarrassant aujourd’hui, comme l’était devenu pour la France le secret bancaire suisse?

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