Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARLES/La Fondation LUMA propose tout Gilbert & George ou presque

Crédits: Avec l'aimable autorisation de Gilbert & George/Rencontres d'Arles 2018

La Fondation LUMA de Maja Hoffmann expose bien sûr de la photo dans les ex-ateliers de la SNCF d'Arles. Enfin un peu. Et avec si possible un cautionnement reconnu. La jeune Lily Gavin peut ainsi montrer ses images du film du film de Julian Schnabel sur Vincent van Gogh (encore un!) parce qu'il s'agit de la figure tutélaire d'Arles et parce Schnabel, alors peintre, était la coqueluche du marché dans les années 1980. Autrement, il y a surtout de l'art avec un grand A, même si le résultat ne casse pas toujours des briques. La Grande Halle présente donc, dans une grosse boîte noire construite à côté d'une maison de Jean Prouvé transformée en librairie (comme c'est chic!), l'inamovible Pipilotti Rist. Les boules lumineuses de «Pixel Forest» ne dépareraient pas une vitrine de grand magasin à Noël.

Il y a fatalement aussi de la photo dans l'énorme exposition Gilbert & George, montée en collaboration avec Stockholm et qui voyagera dans toute la Scandinavie. L'image argentique, puis numérique, reste indissociable de l’œuvre des duettistes anglais (même si l'un d'eux est né en Italie). Le couple fête les 60 ans de son association, sur la scène artistique comme à la ville. Il fallait marquer le coup avec une sélection de travaux partant des années 70 pour arriver jusqu'à aujourd'hui. Le tout avec la tendance habituelle. G & G ont commencé tout petit, puis ils ont passé à des composition de plus en plus vastes, qui ont la gentillesse de se démonter en petits panneaux. Les thèmes, eux, ne changent guère comme d'ailleurs les auteurs et protagonistes. Habillés à la manière de petits fonctionnaires des années 1960, avec une cravate et un costume étriqué, Gilbert & George n'ont jamais arrêté de s'attaquer aux tabous du monde bourgeois, puis de la bien-pensance actuelle.

Sculpture vivantes 

Formés à Saint Martin's School of Art en tant que sculpteurs, Gilbert & George n'ont en fait jamais utilisé comme matière que leur corps, se transformant en «living sculptures», puis la photo. On pourrait dire également qu'il s'agit de créateurs de vitraux. Chacune de leur production, dont le thème se révèle pourtant le sida, la guerre ou la violence, se voit ainsi composé comme une verrière avec ses aplats colorés de couleurs primaires et se gros cernes noirs. Il en faut ainsi seize pour composer «Thongue Fuck», dont je doute qu'il finisse dans une église consacrée. Aucune scatologie ne fait en effet peur à G & G, qui construisent parallèlement leur compositions avec la plus grande rigueur. C'est sans doute ce qui a fait passer la pilule. En Grande-Bretagne, puis ailleurs, ces deux hommes n'en faisant qu'un sont devenus très populaires auprès de gens variés. Ce n'est pas Pierre & Gilles, qui sont leurs cadets d'une dizaine d'années, mais presque. 

L'espace offert aux Anglais se révèle immense. Un seule salle, presque carrée, qu'il a fallu subdiviser. C'est le Suisse (la Suisse apparaît très présente à Arles, et a fortiori à la LUMA) Hans Ulrich Obrist qui s'est chargé du commissariat avec le Suédois Daniel Birnbaum. Il y a au final un peu trop de choses, mais il fallait bien remplir. Je ne pense pas que G & G gagnent à cette surabondance. Elle donne l'idée d'une répétition, et non d'un renouvellement. Trop d'agressivité lasse en plus, une fois le choc émoussé. Surtout quand il se greffe un effet mode. Comme avec Gucci dan les années Tom Ford, nous sommes ici souvent dans le «porno-chic», pour ne pas dire le «porno-bourge». Une version resserrée produirait paradoxalement une impression plus forte.

Pratique

«Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016», Mécanique Générale du Parc des Ateliers, 45, chemin des Minimes, Arles, jusqu'au 6 janvier 2019. Site www.luma-arles.org Ouvert jusqu'à la fin des «Rencontres» le 23 septembre de 10h à 19h30.

Photo (Avec l'aimable autorisation de Gilbert & George): La religion est très présente chez les eux artistes, alors même qu'il s'agissait d'un sujet démodé dan les années 1970 ou 1980.

Texte intercalaire.

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