Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARLES/Don McCullin reporter et paysagiste. Une exposition superbe

Crédits: Don McCullin/Hamiltons Gallery/Rencontre d'Arles, 2016

Arles l'avait déjà montré en 1992, puis en 2006. Légende vivante de la photographie, Don (comme Donald) MacCullin a fêté ses 80 ans en octobre dernier. Le Londonien méritait bien un troisième hommage. Il lui est rendu dans l'église Sainte-Anne, dont l'entrée fait face, sur la place de la République, au célébrissime portail sculpté roman de Saint-Trophime. La rétrospective couvre l'ensemble de sa carrière, de la fin des années 50 à aujourd'hui. 

Il fallait une nouveauté. McCullin reste, avec l'Américain James Nachtwey, le plus célèbre photographe de guerre vivant. Les commissaires Simon Baker et Shoair Mavlian ont donc décidé de montrer tout, sauf ses images d'Irlande du Nord, du Biafra, du Vietnam ou enfin du Cambodge, où le Britannique a été grièvement blessé. Ce tout se situe ici avant, en marge ou alors après, même si McCullin n'a pas pu résister à aller voir, en 2015 encore, ce qui se passait en Irak.

Un noir qui domine sur le blanc

Né dans une famille pauvre, McCullin a commencé par montrer (après avoir découvert la photo dans la Royal Air Force) un gang de jeunes de son quartier, les Guvnors. Puis il s'est enfoncé dans les poches de pauvreté d'un Londres qui n'avait pas changé depuis Dickens, alors même que l'Angleterre des années 1960 était en plein boom économique. Le vieux Spitalfields s'est vu depuis gentrifié. Plus tard, ce seront Liverpool, et surtout Bradford. Une misère noire photographiée en noir et blanc. Le sombre domine toujours, chez McCullin. Comme si l'épreuve était en négatif, le blanc vient juste souligner les contours d'une dure réalité.

En 1961, le débutant va à ses frais à Berlin. Les Allemands de l'Est y édifient en quelques jours le Mur coupant la ville. Son témoignage, que la qualité des cadrages rend très parlant, lui vaut un contrat fixe à «The Observer». Il dure jusqu'en 1965. Suit un long passage, jusqu'en 1987, au «Sunday Times». Ce sont eux qui feront de l'homme un photographe de guerre dans la lignée de Robert Capa. Avec un côté plus artiste, même si McCullin déteste le mot. Ce dernier le gêne, étant donné les sujets abordés. Comment peut-on faire de l'art avec la révolution, le conflit armé ou la famine?

Une nature un peu inquiétante

D'autres types d'images lui servent alors de soupapes. Le paysage, surtout. McCullin regarde le Somerset, comté où il s'est installé en famille (il en a eu plusieurs, recomposées). Ses images se révèlent proches de la gravure en manière noire, avec presque toujours un côté inquiétant. Avec McCullin la nature gronde, les eaux débordent, le soir tombe, la nuit approche. Il y a là des œuvres prodigieuses de beauté, même si l'idée même d'une esthétique semble désormais étrangère à Arles. 

Les «Rencontres» n'ont pas inclus dans ce florilège les natures mortes, devenues très abondantes chez McCullin avec le temps. Il s'agit là d'un genre traditionnel, un peu crépusculaire, qui tente souvent les photographes âgés ou malades. Ce fut ainsi le cas pour Robert Mapplethorpe, le plus classique des modernes, comme pour Horst P. Horst ou Irving Penn, lassés de la mode et de son agitation stérile. Mais peut-être ont-elles été gardées pour une autre fois... 

Cet article intercalaire suit immédiatement celui sur les «Rencontres de la photographie» à Arles. 

Photo (Don McCullin/Hamilton Gallery, Londres/Rencontres d'Arles, 2016): L'Angleterre encore industrielle du début des années 1960 vue par Don McCullin.

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