Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARLES/Des photos d'Egypte et un bateau romain complet

Depuis un siècle, Arles ne cesse de décliner en importance, comme Vienne un peu plus haut sur le Rhône. Il n'en s'agit pas moins de deux cités romaines de première importance, qui ont encore joué un rôle considérable au Moyen Age. On a d'ailleurs parlé, du XIIe au XIVe siècle, de "royaume d'Arles" à propos des anciens territoires burgondes. Rappelons que Genève en faisait partie. 

Dans ces conditions, il semblait normal de créer un vrai musée dédié à Arelate, l'Arles antique. Le projet est né en 1968. L'architecte Henri Ciriani se voyait désigné en 1983. Le bâtiment, d'une forme étonnamment maçonnique, ouvrait en 1995 avec une façade bleu azur. "Le ciel est la seule chose à ne pas avoir changé depuis des millénaires." Il y avait largement de quoi le remplir, même si la ville pleure encore l'exil parisien de la "Vénus d'Arles", emportée par Louis XIV. Le Louvre aurait un joli geste en la prêtant, vu que ce marbre a pâti dans ses collections de l'arrivée, dans les années 1820, de la "Vénus de Milo". Le prestige des belles étrangères...

Un navire de 31 mètres de long 

Tout aurait pu s'arrêter là. L'édifice, aux circulations fluides, serait resté isolé au bout de la presqu'île, encore à fouiller, d'un cirque romain grand comme celui de "Ben-Hur". L'archéologie n'en continue pas moins à faire des découvertes, sur cette rive, sur celle opposée de Trinquetaille et dans le fleuve. C'est ainsi qu'une immense épave a été localisée dans le Rhône en 2004. En 2010 était prise la décision de la remonter afin de la montrer dans le cadre de "Marseille capitale culturelle européenne"en 2013. La chose fut faite. Il a fallu agrandir le musée pour abriter ce bateau des années 50-60 de notre ère, retrouvé pourvu de la cargaison de pierres, d'amphores et de barres de métal recyclé. Pensez! Trente et un mètres de long dans un état presque parfait. 

L'inauguration a donc eu lieu en octobre dernier. A la satisfaction de tout le monde, sauf d'Henri Ciriani. Le Péruvien n'avait pas été consulté au moment du projet d'excroissance. Une faute grave dans un pays où l'on ne plaisante pas avec le droit d'auteur. Un procès, qui eut été évitable et qui se révélera sans doute coûteux, reste donc pendant.

Des images simples, mais bien composées 

Le lieu s'associe parfois avec les "Rencontres d'Arles". C'est le cas cette année pour une exposition de photographies prises en Egypte entre 1850 et 1900. Ces "Trésors de l'Institut de France" se composent d'oeuvres rarement montrées sous forme d'originaux. Il s'agit de calotypes ou de tirages sur papier salé. L'invention de Daguerre, dévoilée en 1839, constituait en effet un cul-de-sac. L'idée était d'avoir une image indéfiniment reproductible, comme la gravure. Le daguerréotype est donc, par rapport aux perfectionnements ultérieurs, comme l'homme de Néandertal par rapport à l'homo sapiens. Une espèce sans postérité. 

Dès 1849, Maxime du Camp pouvait donc embarquer pour l'Egypte, avec un matériel qu'il faut estimer lourd. Le visiteur est frappé par la qualité de ses images, simples mais bien cadrées. Le propos se voulait égyptologique. Il en ira de même par la suite avec les expéditions de l'Américain de Paris John B. Greene, mort à 24 ans en 1856. On sent pourtant déjà ici un souffle poétique. Il n'échappe pas aux collectionneurs actuels. Un album de Greene, comprenant 43 tirages originaux, s'est vendu 482.000 livres sterling au enchères en mai dernier.

Premières productions pour touristes

Montée par Anne Lacoste, du Musée de l'Elysée à Lausanne, l'exposition se termine avec les premières réalisations destinées aux voyageurs remontant le Nil. Il y a notamment celles des Beato. Leur qualité reste haute. On était loin du tourisme de masse vers 1880. Même l'érotisme exotique demeurera longtemps haut de gamme. C'est après 1900 que le tandem Lehnert et Landrock développera ses studios du Caire. Leur production ne figure bien sûr pas ici. Hors du sujet et du cadre historique. Rappelons pourtant que les négatifs L & R sont déposés depuis longtemps à l'Elysée vaudois. Ils ne plairaient pas beaucoup aux intégristes...

Pratique

"Trésors de l'Institut de France", jusqu'au 24 août. Musée de l'Arles antique, presqu'île du Cirque romain, Arles. Tél. 00334 13 31 51 23. Site www.arles-antique.cg13.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h. Photo (Institut de France): Le Sphinx encore ensablé, photographié par Maxime du Camp en 1849.

P.S. Pour en terminer provisoirement avec Arles, je signalerai que l'exposition inaugurale de la Fondation Van Gogh, financée par Luc Hoffmann et dirigée par la Zurichoise Bice Curiger, se termine le 31 août. Le Musée Réattu propose jusqu'à la fin de l'année le magnifique accrochage "Revoir Réattu", sur lequel je reviendrai un jour. Quant au Musée Arlaten, fermé pour travaux depuis des âges, il joue décidément les Arlésiennes. Sa réouverture est désormais prévue pour 2018.

Prochaine chronique le mercredi 6 août. Le château de Prangins montre des découpage suisses récents. Il y a là des choses formidables!

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