Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARLES / C'est parti pour la tour de Frank Gehry

C'est parti! Les travaux ont commencé le 5 avril dernier. On ne peut pas dire qu'ils avancent en délicatesse. Les bulldozers ont démoli trois halles et demi sur les six servant naguère à présenter les découvertes photographiques d'Arles. Il s'agissait de faire place nette pour la tour de Frank Gehry. recouverte de titane (comme titanesque). La chose mesurera 56 mètres de haut. La même hauteur que la Tour de Pise. 

Il aura fallu du temps pour en arriver là. Créée en 2004, la Fondation LUMA marque le désir de la milliardaire suisse Maja Hoffmann de remodeler Arles, dans une perspective art contemporain. La dame est prête à mettre le prix. Le devis, initialement de 100 millions d'euros, a déjà grimpé à 150. Le projet se révèle énorme et l'architecte vaut se pesant d'or. Il s'agit de Frank Gehry, l'auteur du Guggenheim de Bilbao. A 85 ans, l'homme reste synonyme de réussite à la fois publique et médiatique.

Premier projet refusé 

Le premier projet a été refusé en 2011. Trop visible depuis les Alyscamps, le légendaire cimetière romain. Ce dernier se prolongeait du reste jusqu'au lieu fixé pour la tour, avant que les chemins de fer français (parlons ainsi, la SNCF date de 1938) viennent bouleverser les terrains au XIXe siècle. Il en a longtemps subsisté des bâtiments à demi ruinés. Leur première utilisation pour les Rencontres d'Arles avait créé un choc esthétique il y a une quinzaine d'années. 

Pourquoi ce rejet initial? Parce que la cité provençale est classée au Patrimoine de l'Unesco. Il fut dire que la ville, comptant aujourd'hui 54.000 habitants, demeure sans doute la seule de France à ne pas avoir subi d'urbanisation récente. Elle reste quasi dans son état du XVIIIe siècle, avec un nombre considérable d'édifices remontant à la Renaissance, voire au Moyen Age. Tel n'est pas le cas de sa voisine Avignon, taillée à la hache dans les années 1860-1900.

Une commune en quête d'emplois

Seulement voilà! Nous sommes à l'ère du "tout contemporain" et Arles fait partie des communes les plus pauvres de France. Son taux de chômage se situerait dans les 20 pour-cent. Un "effet Bilbao" a donc semblé souhaitable au maire, pourtant communiste. Hervé Schiavetti a vu arriver Maja Hoffmann comme le Messie. La Fondation LUMA allait à la fois apporter de l'argent et des emplois. Le 9 juillet 2013, les barrières se levaient à la vue d'un nouveau projet, avec une seule tour (il y en avait au départ deux), située un peu plus loin des Alyscamps. Et en avril, c'était parti pour le chantier du siècle, sans qu'à ma connaissance les archéologues aient eu leur mot à dire. 

Le Campus LUMA Arles devrait ouvrir ses portes en 2018. Tous les grands noms défileront, dans le genre consacré. Prévue jusqu'en octobre, l'exposition initiale "Solaris Chronicles", axée autour de maquettes de Gehry, offre ainsi une chorégraphie de Tino Sehgal sur une musique de Pierre Boulez avec des marquises lumineuses de Philippe Parreno. Impossible de se montrer davantage dans le "trend", et donc plus conventionnel!

Médias laudateurs 

Inutile de préciser que les médias suivent. Pas une fausse note. C'est le même discours du "Figaro" aux "Inrockuptibles", unis pour la bonne cause. Arles doit accéder à la modernité. Le Campus, dont on peut apprécier les lignes brisées évoquant le rocher, aurait pourtant davantage semblé mieux à sa place dans Marseille ou dans Toulon. 

Un bémol supplémentaire pour terminer. Il y a quelques années, la Fondation faisait clore par une belle grille un bâtiment des ateliers SNCF restauré. Le métal est déjà rouillé. Voilà qui n'augure rien de bon pour une tour entièrement revêtue de titane, même si ce dernier passe pour incorruptible. Il est vrai de les édifices de Gehry, qui multiplie les parois obliques et les surplombs, ont l'habitude des interventions de restauration fréquentes.

Pratique

"Solaris Chronicles" se donne jusqu'au 26 octobre aux ex-Ateliers SNCF d'Arles. Photo (Mairie d'Arles): Simulation avec la tour. La vue qu'on devrait avoir en 2018. 

Prochaine chronique le vendredi 1er août. L'Angleterre fête le tricentenaire de la montée sur le trône des Hanovre. Buckingham a monté une superbe exposition sur les premiers rois George.

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