Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARCHITECTURE / Nouvel vend la moitié de son Atelier

C'est écrit dans "le Monde". Cela doit donc être vrai. Le quotidien de référence (enfin celui qui restait tel il y a une trentaine d'années) a repris dans son édition du 12 mars une information déjà parue la veille sur Leséchos.fr. Une nouvelle que m'avait fait parvenir, par je ne sais trop par quel hasard, des gens s'intéressant de près du Musée d'art et d'histoire de Genève. 

Or donc, Jean Nouvel n'est plus vraiment maître des AJN, autrement dit les Ateliers Jean Nouvel. L'architecte a été amené à vendre le 50% de ses parts (il avait le 100%) au Groupe Hugar, fondé en 2003 à Montpellier. François Fontès, son président, lui fournira des cannes anglaises. "L'homme a besoin d'un appui financier et technique pour assurer le développer de son agence à l'international."

Retrait douloureux en 2013 

Ce passage de témoin suit plusieurs crises. En 1993, Nouvel était pris dans le projet mégalomane de la "Tour sans fin" à La Défense. L'immeuble ne s'était, Dieu merci, jamais construit. Sa société déposait du coup son bilan. L'architecte avait été remis en selle par son association avec Michel Pélissié. Il pouvait jouer à l'artiste, tandis que son alter ego tenait la caisse enregistreuse. Le chiffre d'affaires passait ainsi de 30 millions d'euros (on comptait alors en francs) en 1995 pour plafonner à 84 en 2008. Des turbulences financières ont suivi. Il ne rentrait que 31 millions en 2011 et Nouvel devait admettre une "légère perte" en 2012, après avoir longtemps différé la publication des chiffres. 

En mai 2013, "Le Monde", toujours lui, publiait un article fort peu aimablement intitulé "La maison Nouvel vacille sur ses fondations". Le lecteur y apprenait que le tandem se séparait. Chacun reprenait ses pédales. Pélissié vendait ses 50% de parts à Nouvel, qui ne s'était jamais voulu gestionnaire, pour 3 millions d'euros. Il voulait une "retraite paisible". Et, sans vouloir avoir l'air de démolir son ancien associé, il décochait ses flèches. Les deux hommes auraient été "mutuellement fatigués l'un de l'autre". Pélissié souhaitait bon courage aux collaborateurs de Nouvel, qui emploie entre 120 et 150 personnes. "Jean a besoin d'une personnalité forte pour le contrer."

Un refus de déléguer 

Le lecteur apprenait ainsi, ce qu'il devinait déjà, qu'il s'agit d'un monsieur autoritaire, dont la modestie ne forme pas la qualité dominante. Nouvel n'est en plus jamais là. Pékin un jour. Saint Paul-de-Vence un autre. Fâcheux pour un homme se refusant à déléguer. D'où semble-t-il, les malfaçons dont la plupart des immeubles Nouvel souffrent, que ce soit à Paris, à Lyon, à Lucerne ou ailleurs. JN a d'ailleurs reçu en 2013 un Gérard, couronnant la plus mauvaise architecture, pour Les Docks du Havre. "Comment faire ressembler un beau projet quelques années plus tard en une chose évoquant la Bosnie, la Syrie, Beyrouth et le Bronx réunis".

L'homme n'en reçoit pas moins toujours des commandes, en dépit du couac financier de la Philharmonie parisienne, dont le devis de construction a triplé en 2013 pour atteindre 386 millions d'euros. Il y a l'Ile Seguin, qui ressemble pour l'instant frappée par un bombardement. Les Tours Duo dans le XIIIe. Une aiguille de verre en adjonction au MoMa (Museum of Modern art) de New York. Un musée au Qatar. Le plus gros projet reste cependant chinois. Le Musée national de Chine devrait apporter 40 millions d'euros aux caisses de l'Atelier. Seulement voilà! Il y a quelques mois du moins, les Chinois n'avaient pas payé un centime.

De Portzamparc à Perrault, la débâcle française

Nous en sommes là. N'accablons cependant pas Nouvel. Les constructions de Dominique Perrault, l'homme de la Grande Bibliothèque, sont pires. Après avoir été desséchés par le soleil dans les tours, des livres se sont retrouvés inondés en janvier 2014 dans les caves. La Cité de la musique de Christian de Portzamparc, à la Villette, a déjà été restaurée. L'Opéra Bastille de Carlos Ott tient de la ruine. L'architecture est devenue folle en France. Je vous recommande d'ailleurs, à ce sujet, le pamphlet rédigé pour une autre star du béton, Rudy Ricciotti (Le Mucem, le nouveau stade Jean-Boin...). Titre? "L'architecture est un sport de combat" (Textuel, 2013). Formé à Genève, cet architecte y flingue à tour de bras. Ses confrères, de préférence. Photo (Thomas Samson/AF): Jean Nouvel, bien sûr!

Prochaine chronique le dimanche 16 mars. Comme prévu, il s'agira de "Terres d'islam" au Musée Ariana genevois.

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."