Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARCHITECTURE/La Distinction romande sera décernée le 29 septembre

Crédits: Patrick Martin/24 Heures

D R A. Les trois lettres semblent léviter sur la couverture du dossier de presse. Se détachant du fond noir, elles se voient accompagnées de quelques gribouillis conçus par des élèves de la HEAD. Gribouillis nobles cependant, puisqu'il s'agit de «communication visuelle». Il fallait une grande école genevoise pour une manifestation organisée au bout du lac. L'actuelle édition de la Distinction Romande d'architecture, qui est une quadriennale, se voit en effet organisée par la ville de Calvin, Rousseau, Dunant, Nicolas Bouvier & Co. Nous sommes dans la logique des choses. Née dans le canton de Vaud, la DRA s'est intercantonalisée entre 2001 et 2003. Elle a du coup adopté un principe d'itinérance. A chacun son tour!

De quelle manière le bébé se présente-t-il? Comme après un accouchement difficile. Pour cette quatrième mouture, le concept a un peu changé. Il s'agissait de l'élargir. Le paysage et l'architecture d'intérieur ont ainsi trouvé leur place. Un prix du public s'est vu ajouté. «Son goût ne correspond pas toujours à celui des professionnels», a assuré la bouche en coeur François de Marignac lors de la conférence de presse. Heureuse litote! Parmi les vingt-six nominés, j'ai ainsi retrouvé le bâtiment de logements FVGLS construit sur le site d'Artamis. Or, récemment, je m'étais demandé avec un confrère journaliste comment on avait pu autoriser la construction d'une telle horreur, qui a coûté en plus 40 millions. Je sais maintenant qu'il s'agit de «la création d'un cadre de vie mixte et pluriel s'articulant autour d'une cour centrale, qui propose une interface de voisinage animée.» Mais pourquoi ne me l'avait-on pas dit plus tôt?

Genève et Vaud en tête 

Comme vous l'aurez compris, le dossier remis à la presse est écrit en architecte, une langue que seul celui-ci maîtrise pleinement. Ce sabir concerne heureusement aussi des constructions de qualité. Du moins à mes yeux. Genève et Vaud se taillent la part du lion au milieu de ces nominations («nous pensons pour le 29 septembre à une soirée dans l'esprit des oscars américains», a expliqué sans rire l'un des intervenants). Le premier canton cité proposait le 30,5 pour-cent des projets, tandis que le second atteignait le 31 pour-cent. Pourquoi est-ce que je parle maintenant en pour-cents? Elémentaire, mon cher Watson! Avant d'en arriver aux nominés, les jurés ont dû voir des centaines d'édifices. Trois cent treize, pour être précis. Présidente du jury, Yvette Jaggi (l'ancienne syndique de Lausanne) a expliqué que cet aréopage «s'était montré sensible à la dimension sociale des projets.» Une tendance dans l'air du temps. Il suffit de penser aux dernières Biennales d'architecture de Venise, l'actuelle se terminant le 25 novembre. 

Alors qui sont les nominés, qui assisteront en tremblant à la soirée où quelques noms sortiront d'une enveloppe comme le lapin du chapeau d'un prestidigitateur? Il y a de tout, avec l'absence remarquée des ouvrages d'art et des villas individuelles. Le dossier détaille aussi bien le MEG genevois que le Parlement vaudois, qui coiffe désormais la colline de la cathédrale avec un toit en forme de grand chapeau. Il y a autrement des écoles, la revitalisation de l'Aire, une maison pour migrants à Marin, le bâtiment de la police fribourgeoise ou la salle polyvalente de Le Vaud, qui se trouve en bonne logique dans le canton de Vaud. Une réussite, celle-là. J'ajouterai la revitalisation du Jardin alpin de Meyrin et la création, pour le prix exorbitant de 17,3 millions, de deux pavillons riquiqui sur la place de la Gare de La Chaux-de-Fonds. Je mettrai encore, pour faire bon poids, la rénovation de la Maison Farel de Bienne ou une surélévation à Sécheron. J'y tiens, à cette dernière! La DRA entend ainsi crier bien fort que toute rénovation ne constitue pas un crime architectural.

Des prix démentiels

Qu'y a-t-il de commun antre tous ces édifices et ces parcs? Pas grand chose. Le style se veut pourtant toujours contemporain, «mais sans geste architectural», a souligné Yvette Jaggi. Et le prix d'arrivée semble presque toujours délirant. Pourquoi tout coûte-t-il donc toujours aussi cher en Suisse romande? Le million est ici devenu une unité monétaire, un peu comme naguère le franc. Notons que toutes les sommes (sauf une) se voient indiquées. Le public pourra juger si le client (en général public) en a eu pour son argent. «Il y aura une importante tournée des réalisations nominées et primées», a expliqué Francesco Della Casa, l'architecte cantonal genevois. Première étape au Pavillon Sicli, où se déroulait la conférence de presse et qu'occupe par ailleurs la Maison de l'architecture. Puis viendront les autres cantons romands. «Nous prévoyons aussi des étapes à Barcelone et à Bruxelles.» Il est vrai que d'ici 2022, il y a tout le temps.

Pratique

«Distinction romande d'architecture», cérémonie au Pavillon Sicli le samedi 29 septembre dès 17h, «en présence de nombreuses personnalités». Exposition sur place du 30 septembre au 14 octobre. Ouvert du lundi au vendredi de 12h à 18h30. Visites guidées le 2 et le 10 octobre à 12h30. Conférences et rencontres avec les lauréats le 1er, 3 et 11 octobre à 18h30.

Photo (Patrick Martin/24 Heures): La Parlement vaudois, terminé en 2017.

Texte intercalaire.

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