Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARCHÉOLOGIE / Les Vénètes à Padoue? Un peuple sans art

L'archéologie fait parfois penser aux arbres. Tout y ramène à des racines. C'est l'impression qui se dégage de l'exposition «Venetkens», proposée à Padoue dans une partie du Palazzo della Ragione médiéval. Son but apparaît nettement historique. Pédagogique. Qui étaient les Vénètes, dont le Veneto tire son nom? 

Ce n'est pas la première fois qu'une telle manifestation a lieu. Il s'agit de raviver la mémoire de ce peuple antique une fois par génération. Il y a trente ans, Padoue, «la plus belle des cinquante villes vénètes», abritait donc une présentation analogue. En trois décennies, des sites sont apparus, mais l'origine des Vénètes reste mal connue. Il s'agirait d'une population indo-européenne, vivant il y a trois mille ans en Pologne. Plusieurs tribus auraient ensuite émigré. Lentement. Une autre branche des Vénètes vivait en Bretagne. Pourquoi pas? Après tout, l'actuelle Turquie a bien accueilli ces Gaulois que l'on appelle des Galates. 

Problème de mise en scène

Les Vénètes connaissaient l'écriture. Ils n'ont pas produit pour autant de littérature. Ces voisins des Etrusques étaient des guerriers et des éleveurs de chevaux. Chez eux, peu d'architecture durable. Peu de ces manifestations qu'on qualifierait aujourd'hui d'artistiques. Parmi les peuples italiques peu à peu romanisés, les Vénètes n'ont rien donné à même de titiller le regard. Aucun de ces bronzes comme en ont produit les Sardes. Pas de vases à la manière des Iapyges. Le néant, quoi.

Pour les quatre commissaires, tous féminins, se posait donc le problème de la mise en scène. Comment amener le public dans un univers aux traces si peu spectaculaires? L'informatique a Dieu merci fait des progrès. L'équipe a donc opté pour de petits films en images de synthèse, assez réussis. Les purs sangs gambadent sur un écran, tandis qu'on enterre le chef sur un autre. Une allusion à de possibles sacrifices humains produit tout son effet. Il n'y a plus qu'à détailler ensuite les objets, souvent venus du Museo Atestino d'Este que nul, ou presque, ne visite jamais. Qui va se promener à Este? 

Parcours identitaire

Identitaire, l'exposition connaît ainsi un étonnant succès public. On y traîne les enfants et les vieillards, ce qui revient un peu au même. Les gens lisent avec application les textes, parfois bien longs. Ils s'émeuvent de descendre, de manière sans doute très indirecte, de ces hommes et de ces femmes qui vivaient dans une région alors périphérique et sous-peuplée. 

Le lieu, qui abrite sous forme d'un labyrinthe «Venetkens», se révèle lui aussi chargé d'histoire. Trop, sans doute. L'immense salle gothique est couverte d'extraordinaire fresques des années 1430. Le visiteur, du moins étranger, se surprend à les regarder à la place des humbles vestiges vénètes. Il y a, comme ça, des moments où la leçon d'histoire devient scolaire. Et toutes ces images,sur les murs font office de récréation. Un divertissement prématuré. Le travail d'abord!

Pratique

«Venetkens», Palazzo della Ragione, Padoue, jusqu'au 17 novembre. Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 9h à 19h. Site www.venetiantichi.it

Prochaine chronique le lundi 27 mai. "Au secours, les 50JPG sont de retour à Genève!"

 

 

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